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Est-ce la fin de la fête sur les marchés boursiers?

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Les marchés boursiers sont animés par la peur. La peur de perdre de l’argent, comme au mois de mars, mais aussi la peur de rater quelque chose, comme ces derniers temps. Il y a un terme connu pour décrire ça : le syndrome FOMO (pour fear of missing out).

Je sais de quoi je parle, une sorte d’anxiété s’emparait de moi encore récemment chaque fois que je jetais un coup d’œil à la cote d’Apple. Ç’aurait pu être Tesla, mais c’était Apple.  

C’est que j’ai longtemps détenu des actions du fabricant d’iPhone, acquises avant qu’elles ne soient divisées par sept, en 2014. 

Je les ai affectionnées plus que tous les bidules estampés de la pomme que j’ai pu acheter depuis mon Mac Classic. Un de mes bons coups (je vous parlerai un jour des mauvais).

Je les ai toutes vendues au printemps quand j’ai décidé de confier mes affaires à meilleur gestionnaire que moi. Au moment de les liquider, non sans un pincement au cœur, elles valaient quelque 290 $ US chacune, soit pas très loin du sommet historique atteint avant le début de la pandémie.

Chers, les tickets d’entrée pour le party

Le titre a fracassé la barre des 500 $, avant d’être fractionné une nouvelle fois par quatre lundi dernier. Comme l’ensemble du marché, il vacille depuis jeudi, mais quand même, en moins de cinq mois, il s’est apprécié presque autant que durant toutes les années que je l’ai possédé. 

Encore au début de la semaine, je me sentais tel un grand ado que ses parents auraient forcé à rentrer avant 10 h 30 un samedi soir, juste avant que le party de sa vie n’entre dans son climax. 

Je n’étais pas le seul. 

Toutefois, pendant que je me morfondais dans ma chambre en regrettant ce que j’étais en train de rater, d’autres n’ont pas hésité à payer le gros prix pour se joindre à la fête.

Si l’action s’est échangée à 500 $, c’est qu’il y a des gens qui ont déboursé cette somme pour entrer. 

Les émotions et le prix des actions

Des performances comme celles des titres technos soulèvent la question : qu’est-ce qui détermine le prix des actions ?

Il y a d’abord ce qu’on appelle « les fondamentaux », soit les performances financières de l’entreprise. Celles-ci se mesurent par la croissance des profits et des dividendes. C’est du concret.

L’autre élément qu’il faut regarder est le ratio cours/bénéfice (C/B). De quoi s’agit-il ? D’une formule assez simple qui permet de comparer sur une même base la valeur des actions d’entreprises différentes, ou le même titre à des périodes diverses. Il faut prendre le prix de l’action, le diviser par les profits eux-mêmes divisés par le nombre d’actions. 

C’est aussi une mesure de la confiance des investisseurs envers une entreprise. Plus le ratio est élevé, plus le titre est cher par rapport à ses profits. Les investisseurs achètent à des ratios élevés quand ils croient en la croissance des bénéfices futurs. C’est pourquoi les actions des entreprises technologiques se négocient à des ratios cours/bénéfices bien plus élevés que des sociétés manufacturières.

Quand je me suis départi du titre d’Apple, son ratio cours/bénéfice tournait autour de 23. Tout le temps que je l’ai possédé, il a oscillé entre 12 et 19. Un de mes anciens collègues, expert des marchés boursiers plutôt prudent, se méfiait dès qu’un titre, même d’une société technologique, approchait la barre du 20. « Vendez », disait-il.

C’est chaud ! 

Le ratio cours/bénéfice d’Apple a tapé les 40 récemment. La dernière fois qu’il s’était approché de cette marque, à un peu plus de 38, c’était en 2007, avant le krach.

Le party n’était pas pris seulement chez les actionnaires d’Apple. C’était chaud aussi du côté de Google et de Facebook, où le thermomètre a monté là aussi près de 40. Ce n’est rien encore en comparaison d’Amazon, qui a vu son ratio C/B frôler 130 encore en début de semaine et de Tesla, avec un ratio C/B délirant de... 1060 (non, il n’y a pas de coquille : mille soixante) !

Serait-on en train d’ouvrir les lumières pour dire aux gens de rentrer à la maison, que le party est fini ?