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Il bâtit les plus grosses usines du monde

Un Québécois établi en Chine a participé à la construction des usines de Tesla, de BMW et d’Evergrande

SOPREMA - Chine
Photo courtoisie Installé en Chine depuis 14 ans, Olivier Brault a étudié en génie informatique à l’Université McGill avant de devenir directeur général pour l’Asie-Pacifique chez Soprema. On le voit ici devant l’usine de Tesla de Shanghai.

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Un Québécois construit les plus grosses usines du monde en Chine, dont celle de Tesla, avec des matériaux de l’entreprise Soprema fabriqués à Drummondville, dans le Centre-du-Québec.

«On a construit des toitures de la méga-usine de Tesla, à Shanghai, avec des produits faits ici et d’autres de nos usines québécoises de Drummondville», raconte au bout du fil Olivier Brault, directeur général pour l’Asie-Pacifique du géant français Soprema depuis huit ans.

BMW (140 000 mètres carrés), Tesla (56 000 mètres carrés) ou la chinoise Evergrande (315 000 mètres carrés) qui ambitionne de battre Elon Musk avec ses voitures électriques... Olivier Brault est de tous ces projets stratégiques.

«Ça se construit super vite. Tout est monté avec des pièces préfabriquées en acier. Ça se monte comme des blocs LEGO ces méga-usines-là. La première section de celle de Tesla a été bâtie en neuf mois», confie Olivier Brault.

Sans surprise, ces projets monumentaux ont des échéanciers serrés parce que les puissantes multinationales qui se font la guerre en sol chinois s’attendent à ce qu’on livre la marchandise.

«Ça met beaucoup de pression sur nous par contre. Il faut que l’on produise vraiment vite et qu’on installe vraiment vite aussi. Tout le monde est stressé, mais nos équipes sont bien rodées maintenant», confie l’homme originaire de Montréal.

Au quotidien, Olivier Brault constate chaque jour la différence entre les investisseurs chinois, qui investissent énormément au début, et les étrangers, qui ont tendance à être plus prudents.

«Depuis un an, la loi s’est assouplie. Le lendemain, Tesla a commencé à construire son usine. Les étrangers ont le droit d’être propriétaires à 100 % d’usines de voitures. Il reste seulement 13 types d’industries où ils ne peuvent pas être à plus de 50 %», souligne-t-il.

«Pas de réticences»

Malgré sa puissante machine industrielle, la Chine a soif de produits spécialisés comme ceux de Soprema. Ses membranes sont recherchées. On s’arrache ses produits enrobés de bitume.

Quand on lui demande comment il fait pour ne pas s’ennuyer de sa famille, Olivier Brault prend une pause, puis souffle que sa vie est là-bas.

«Je suis marié depuis 13 ans avec une Chinoise. J’ai un petit garçon ici. J’ai fait ma vie ici. Je suis quand même entouré de beaucoup de Québécois», partage celui qui porte le chapeau de directeur de la Chambre de commerce canadienne à Shanghai.

Et l’affaire Huawei ? L’arrestation de Meng Wanzhou et des deux Canadiens emprisonnés ? Le froid politique entre la Chine et le Canada ? Le Québécois préfère ne pas s’en mêler. 

«Sur le terrain, il n’y a pas vraiment de réticences à travailler avec nous parce qu’on est Canadiens. Les municipalités chinoises veulent attirer plus d’étrangers pour venir travailler chez eux», explique-t-il.


L’an dernier, les échanges commerciaux de marchandises entre le Québec et la Chine s’élevaient à 16,3 G$, et la valeur des exportations de marchandises du Québec à destination de la Chine se chiffrait à 3,3 G$, selon le ministère de l’Économie et de l’Innovation (MEI).

«En Chine, ou ailleurs, ça prend du temps» 

En entrevue au Journal, Richard Voyer, vice-président et directeur général de Soprema – Amérique du Nord, raconte comment le géant français a réussi à se tailler une place à l’international.

Comment avez-vous fait pour percer le marché chinois ?

En Chine, ou ailleurs, ça prend du temps. En soi, le marché là-bas est compliqué. C’est long. Brasser des affaires n’est pas facile. Ce sont des gens qui sont très intelligents. 

Ce sont d’excellents hommes d’affaires. La compétition est féroce et importante en Chine. Alors on arrive avec des spécialités pour se démarquer.

À part la Chine, dans quel pays êtes-vous ?

On vient d’acheter l’entreprise LAMA, à Abou Dhabi, au Moyen-Orient. On est là-bas depuis huit ans. C’est un Canadien qui dirige les opérations. Une Québécoise de Drummondville vient d’être embauchée pour aller travailler là-bas en marketing et développer ce marché.

Quel gros projet avez-vous fait là-bas ?

On a fait l’Hôtel Atlantis, à Dubaï. C’est un projet magnifique. On a fait tout le cuvelage avec des produits développés au Québec. 

Là-bas, les constructions se font sous le niveau de la mer, alors si on n’emballe pas comme il faut la fondation, ce n’est pas compliqué, l’eau rentre. On a fait l’étanchéité.

Comment faites-vous pour percer malgré les conflits politiques ?

On ne fait pas de politique. Il ne faut surtout pas s’en mêler. Ça ne nous regarde pas. En Chine, si vous commencez à parler de Huawei et de Hong Kong, et les juger, c’est clair que ce n’est pas winner

Même chose partout. Si vous commencez à critiquer Donald Trump [aux États-Unis], les gens n’aimeront pas ça. Si vous souhaitez aller en politique, allez en politique. 

SOPREMA AU QUÉBEC  

  • Siège social : Drummondville 
  • Employés : 660 
  • Bureaux : 3 
  • Usines : 8  

(Source : Soprema)