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Voici ceux qui manœuvrent les navires qui traversent le Québec

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Ils ont des horaires atypiques et passent en moyenne de six à neuf mois par année sur l’eau, aux commandes de navires de plus de cent mètres de long. Le capitaine et ses trois officiers de navigation ont sur leurs épaules une grande responsabilité: la moindre déviation de leur bateau peut être fatale. 

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Nous avons suivi durant 14 jours un capitaine et deux officiers de navigation du Groupe Desgagnés pour comprendre leur réalité durant un quart de travail.  

Michel Duplain / Capitaine / 41 ans d’expérience 

Michel Duplain travaille comme marin depuis 41 ans et dirige aujourd’hui l’équipage du Sedna Desgagnés.
Capture d'écran Agence QMI, Matt Joycey
Michel Duplain travaille comme marin depuis 41 ans et dirige aujourd’hui l’équipage du Sedna Desgagnés.

«Je m'étais toujours dit qu’un beau jour, j'allais être capitaine», affirme Michel Duplain. Après avoir «occupé à peu près tous les postes sur un navire» et cumulé les trois grades d’officier de navigation, il dirige aujourd’hui l’équipage du Sedna Desgagnés, un navire-cargo qui dessert le Grand Nord canadien et québécois de juin à novembre.  

Le Sedna Desgagnés transporte à peu près de tout: matériaux de construction, meubles, véhicules, etc. Il doit souvent affronter des conditions météorologiques capricieuses (tempêtes, glace, pluie abondante, etc.)  

«Être psychologue» 

Lorsqu’il dirige le Sedna, Michel Duplain n’est pas derrière une «roue de bateau», comme le pensent la plupart des gens, avance-t-il. Il supervise les opérations de navigation, mais ne touche pas directement aux commandes.  

«Et il y a tout le temps quelque chose à côté. Tu peux être psychologue, tu prends soin de l’équipage et du bateau», ajoute-t-il.  

Capitaine Duplain travaille cinq mois de suite par année sur le Sedna Desgagnés et profite de sept mois de congé. Au début de sa carrière, il lui arrivait par contre d’œuvrer pendant huit, neuf mois par année.  

À toute heure de la journée 

Au jour le jour, il supervise habituellement les opérations de 6h à 18h, mais il reste par la suite sur appel. Il peut donc se lever à toute heure de la nuit, si son aide est demandée.

Même s’il cumule plus de 40 ans d’expérience, Michel Duplain affirme qu’il en apprend encore tous les jours sur son métier grâce aux jeunes marins, de plus en plus nombreux parmi les équipages. 

Un capitaine gagne entre 90 000 et 150 000$, selon le Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie maritime.  

Antoine Bouchard / Premier officier de navigation / 3 ans d’expérience 

Antoine Bouchard, 25 ans, est premier officier de navigation et a 3 ans d’expérience.
Capture d'écran, Courtoisie Maxime Ouellet-Allard (Vaudeville Groupe Créatif)
Antoine Bouchard, 25 ans, est premier officier de navigation et a 3 ans d’expérience.

À 26 ans, Antoine Bouchard est conscient qu’il est très jeune pour être le bras droit d’un capitaine. Il occupe le deuxième poste le plus haut gradé parmi ceux qui manœuvrent le navire.  

«Le fait que j’[aie] commencé assez jeune comme premier officier, c’est sûr que c’est un peu plus challengeant parce que mes supérieurs vont être plus méfiants à mon égard du fait que je n’ai pas une expérience énorme», explique-t-il. 

Sur chaque navire, il y a une seule personne qui possède le titre de premier officier. C’est lui qui dirige normalement l’équipage lors des complexes opérations de chargement et déchargement. Il a aussi des quarts de travail à la navigation, durant lesquels il supervise un timonier, la personne en charge de manipuler les manivelles qui font bouger le navire.  

Antoine Bouchard travaille sur le Damia Desgagnés, un asphaltier-pétrolier qui vogue sur la voie maritime du Saint-Laurent et les Grands Lacs. M. Bouchard supervise donc le transbordement des produits pétroliers à bord du navire, une opération très délicate en raison de la nature de la cargaison.  

Rêver d’être capitaine 

Le premier officier a su gravir les échelons rapidement, entre autres, en raison de la pénurie de main-d’œuvre qui frappe l’industrie maritime présentement. Son rêve est, bien sûr, de monter un échelon de plus pour devenir capitaine.  

Un officier de navigation peut gagner entre 70 000 et 120 000$, selon le Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie maritime.  

Marie-Rose Lespérance / troisième officière de navigation / Première année 

Marie-Rose Lespérance est troisième officière de navigation et en est à sa première année d'expérience.
Capture d'écran Agence QMI, Matt Joycey
Marie-Rose Lespérance est troisième officière de navigation et en est à sa première année d'expérience.

Le monde maritime est traditionnellement masculin et cela s’observe encore aujourd’hui, selon Marie-Rose Lespérance. «Sur les navires, il y a encore un nombre restreint de femmes versus le nombre d’hommes. Comme en ce moment, je suis la seule femme qui travaille sur le pont à bord du Bella», explique-t-elle.  

Par contre, elle note qu’à l’Institut maritime du Québec, la proportion de femmes augmente «parce qu’ils essaient d’aller en chercher plus et de faire de la promotion», ajoute l’officière de navigation. 

Première rotation 

Marie-Rose Lespérance entamait sa première rotation sur un navire comme troisième officière de navigation quand nous l’avons rencontrée sur le Bella Desgagnés.

Durant ses quarts de travail, l’officière de navigation doit manœuvrer le navire. Elle s’assure ainsi de suivre une trajectoire optimale en fonction des conditions météorologiques. Puis, lorsque le navire a accosté, elle se rend sur le pont où elle agit comme liaison entre le premier officier de navigation qui est à terre et les matelots qui sont à ses côtés lors des opérations de chargement et de déchargement de la cargaison.  

Le Bella Desgagnés est un navire-cargo mixte qui transporte à la fois des marchandises, des habitants ainsi que des touristes dans la région de la Côte-Nord et de la Basse-Côte-Nord. D’avril à février, il dessert 12 municipalités, dont une majorité n'est accessible qu’en avion ou en bateau, semaine après semaine. 

*Le Groupe Desgagnés a payé les coûts d’hébergement de l’équipe de tournage sur les navires, de même que le transport de l’équipe.