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Des tourbières menacées par la cueillette abusive de chicouté

Le cueilleur Alex Beaudin montre les traces des véhicules tout-terrain qui écrasent la mousse fragile des tourbières. Des tourbières de la Côte-Nord sont menacées par la cueillette abusive de la chicouté, cette petite framboise nordique orangée devenue très populaire.
Photo GENEVIÈVE QUESSY Le cueilleur Alex Beaudin montre les traces des véhicules tout-terrain qui écrasent la mousse fragile des tourbières. Des tourbières de la Côte-Nord sont menacées par la cueillette abusive de la chicouté, cette petite framboise nordique orangée devenue très populaire.

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Des tourbières de la Côte-Nord sont menacées par la cueillette abusive de la chicouté, cette petite framboise nordique orangée devenue très populaire.

Alex Beaudin est cueilleur professionnel. Avec ses collègues du Grenier Boréal, qui commercialise des plantes sauvages de la Minganie, il déplore les ravages causés par la cueillette abusive dans certaines tourbières de Rivière-Saint-Jean et de Longue-Pointe-De-Mingan.

«La chicouté est devenue tellement populaire que les gens sont prêts à tout pour en récolter», a-t-il dit, découragé.

Dans cette tourbière de Rivière-Saint-Jean, le sol est compacté à plusieurs endroits.

«Ici, on voit que quelqu'un est passé et a tout ramassé, même les fruits qui n'étaient pas à maturité. Ce n'est pas bon, ça affaiblit les plants.»

Le cueilleur Alex Beaudin montre les traces des véhicules tout-terrain qui écrasent la mousse fragile des tourbières. Des tourbières de la Côte-Nord sont menacées par la cueillette abusive de la chicouté, cette petite framboise nordique orangée devenue très populaire.
Photo GENEVIÈVE QUESSY

Les nombreux passages de véhicules écrasent le lichen, qui sèche et meurt.

«La chicouté pousse en quelque sorte suspendue dans cette mousse. Quand tout est écrasé, on le voit, les feuilles sèchent et elle s'affaiblit. Et ça menace aussi la sarracénie pourpre, cette plante carnivore rare qui ne pousse qu'ici», a déploré Alex Beaudin.

Le président de l'Association pour la commercialisation des produits forestiers non ligneux (ACPFNL), François-Xavier Fauck, est bien conscient de cet enjeu.

«On aimerait un encadrement plus strict ou, du moins, un guide des bonnes pratiques de cueillette. Il y a une façon de cueillir adéquatement pour assurer la pérennité de la ressource. On fait face à ce problème avec le thé du Labrador, qui fait l'objet d'une exploitation grandissante, et maintenant la chicouté est très populaire et les gens se jettent dessus.»

La chicouté ne serait pourtant pas une espèce menacée, selon lui.

«On calcule que 10% du territoire du Québec est accessible pour la cueillette, donc en général, la ressource est sous-exploitée, a-t-il relaté. Il s'agit davantage de zones restreintes bien précises où la cueillette est abusive.»

Traditionnellement utilisée par les Autochtones, la chicouté est importante dans la culture culinaire de la Côte-Nord.

La chicouté est une grosse framboise jaune orange qui pousse suspendue dans la mousse des tourbières nordiques. Des tourbières de la Côte-Nord sont menacées par la cueillette abusive de la chicouté, cette framboise nordique orangée devenue très populaire.
GENEVIÈVE QUESSY/AGENCE QMI
Photo GENEVIÈVE QUESSY
La chicouté est une grosse framboise jaune orange qui pousse suspendue dans la mousse des tourbières nordiques. Des tourbières de la Côte-Nord sont menacées par la cueillette abusive de la chicouté, cette framboise nordique orangée devenue très populaire. GENEVIÈVE QUESSY/AGENCE QMI

La chicouté, aussi appelée plaquebière ou cloudberry en anglais, est un petit fruit ressemblant à une framboise jaune orange. Son nom signifie «feu» en montagnais. Sa tige, qui ne porte qu'un seul fruit, pousse dans la mousse des tourbières nordiques et seuls les plants femelles portent des fruits.

Sa cueillette s'est amplifiée depuis quelques années avec une demande mondiale grandissante. Très populaire dans les pays du nord de l'Europe, elle est utilisée pour aromatiser viandes, poissons et desserts. Son goût, un peu musqué, rappelle celui de la mangue.

Dans l'espoir de répondre à cette demande, le Centre d'expérimentation et de développement en forêt boréale (CEDFOB), affilié au cégep de Baie-Comeau, mène une étude en vue de favoriser la mise en culture de la chicouté, pas encore cultivée au Québec.

«Notre projet vise entre autres à protéger la ressource sauvage», a dit la chercheuse Ève-Catherine Desjardins. D'ici cinq ans, l'organisation compte avoir développé des méthodes de culture adaptées pour ce petit fruit, ce qui devrait le rendre plus disponible sur nos marchés.