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Un café qui change le monde

Un café qui change le monde
Photo Courtoisie Café l'Accès

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Il y a des gens et des endroits sur terre capables de faire ressortir ce qu’il y a de plus beau dans chaque être humain. C’est le cas de Manon Girard et du café communautaire L’Accès, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Gros plan sur le 409, rue Collard Ouest, à Alma.

La première fois que j’ai entendu parler de ce lieu, c’était par un article partagé sur les médias sociaux en 2015. Le café venait d’ouvrir ses portes. Depuis, chaque fois que je vais dans la région, je fais un détour pour m’y imprégner d’amour inconditionnel. J’y recharge ma batterie d’humanité en prenant un bon café bio équitable et surtout en y rencontrant des gens exceptionnels.

Chacun paie en fonction de ses moyens. «Quand tu arrives au café, ce qui compte c’est ce que tu as dans le cœur, pas dans les poches. Tout le monde est bienvenu. Si tu n’as pas une cenne, tu donnes un peu de ton temps», dit toujours Manon avec son grand sourire et ses yeux noirs pétillants.

Amoureuse des êtres humains

Avant de vous décrire ce lieu magique, je dois vous présenter Manon Girard qui l’a fondé. Elle est pour moi l’incarnation de la bonté dans sa manière d’être avec chacun, sans jugement aucun. Si son amour pour les humains pouvait être transformé en électricité, il suffirait pour éclairer la planète entière. Lorsqu’elle se promène dans la rue, il n’est pas rare qu’elle se fasse crier de loin: «On t’aime Manon!» Une vraie rock star.

Formée en éducation spécialisée et en théâtre, Manon a d’abord travaillé avec des jeunes de la rue à Québec avant de revenir dans sa région natale pour diriger Accès conditions de vie Lac-Saint-Jean-Est. Cet organisme communautaire lutte depuis quarante ans pour améliorer les conditions de vie des plus démunis, réduire la pauvreté autant que les préjugés. On y fait croître de la dignité.

Manon Girard, directrice du café L’Accés à Alma

Manon Girard, directrice du café L’Accés à Alma
Photo Courtoisie Café l'Accès
Manon Girard, directrice du café L’Accés à Alma

Manon se trouve ainsi sur la première ligne de défense des droits des personnes assistées sociales et à faibles revenus. Des histoires tristes et compliquées, elle en a vu et entendu. Elle est témoin au quotidien des souffrances que nos systèmes de santé et de sécurité sociale ne parviennent pas à soulager. Voilà pourquoi elle n’hésite pas à mettre régulièrement ses gants de boxe pour défendre les plus poqués d’entre nous.

Elle fustige un système paternaliste qui se dit généreux, alors qu’il est reconnu que les prestations d’aide sociale suffisent à peine à couvrir la moitié des besoins de base.

Imaginez si les prestations canadiennes d’urgence (PCU) avaient été de 700$ par mois comme l’aide sociale plutôt que 2000$ comme c’est le cas?

Sachez que pour répondre à tous les critères de l’aide sociale, il faut vraiment, mais vraiment être mal pris. C’est beaucoup plus compliqué à obtenir que la PCU ou que de profiter d’abris fiscaux, comme le font plusieurs parmi les plus riches d’entre nous. De quoi rager lorsqu’on voit à quel point le système appauvrit les pauvres et enrichit les riches. Même en cette période de pandémie.

Nourrir le corps, le cœur et l’esprit

L’idée du café L’Accès est née d’un constat tout simple. Les plus pauvres n’ont souvent pas les moyens de se payer un simple café, surtout pas bio et équitable dans un lieu cool où on sert aussi de la nourriture maison avec des produits locaux. Parce que le mot sortie rime avec dépenses, plusieurs restent donc isolés chez eux, où leur situation se détériore.

Ce fut le cas de Christine, la sœur de Manon qui a dû passer une partie de sa vie sur l’aide sociale parce qu’elle avait des problèmes de santé. Elle aurait pourtant tellement aimé être en mesure de travailler et avoir une vie normale. C’est elle qui, un jour, a dit à Manon: «Tu ne sais pas ce que c’est que de devoir quêter toute ta vie et te sentir jugée pour tous les choix que tu fais. »

Ce fut comme une claque dans le visage de Manon qui a alors réalisé à quel point «la main qui reçoit a aussi besoin de donner», explique-t-elle. L’idée de créer un lieu où chacun pourrait venir se nourrir le corps autant que le cœur et l’esprit est alors née.

Elle est parvenue à convaincre le conseil d’administration Accès conditions de vie Lac-Saint-Jean-Est de prendre le risque d’ouvrir un café qui permettrait aux gens de payer ce qu’ils peuvent tout en y servant des aliments de qualité faits sur place. Elle rêvait de créer un lieu d’empowerment pour toute la communauté où chacun pourrait faire ressortir le meilleur de soi grâce à une diversité d’activités artistiques, communautaires et des formations de toutes sortes. Elle voulait créer un café lumineux où tout le monde aurait envie de venir, quels que soient ses moyens. Manon souhaitait y générer de la mixité sociale pour tisser de nouveaux liens entre des gens venant de milieux très différents afin de solidifier le tissu social et créer du bonheur.

Voilà qui semble bien utopique, direz-vous? Certes, mais force est de constater que Manon a donné raison à cette phrase de Victor Hugo: « L’utopie d’aujourd’hui est la réalité de demain. »

Ce projet d’économie sociale est aujourd’hui un grand succès sur tous les plans. Manon y est parvenue grâce au support de nombreux alliés dans le secteur communautaire, de l’économie sociale, mais aussi public et privé. L’année dernière, elle a surtout pu compter sur plus de 18 000 heures de bénévolat! Le café L’Accès est aujourd’hui une source d’inspiration pour d’autres initiatives au Québec et ailleurs dans le monde.

Le café en temps de pandémie

Comme tous les autres lieux publics, le café a dû fermer ses portes durant le confinement. Son équipe en a profité pour prêter main-forte à l’organisme Moisson pour la distribution d’aide alimentaire.

Il fallait aussi trouver le moyen de répondre à des appels de détresse psychologique et à de nombreuses questions. Certains membres de l’organisme étaient confinés chez eux sans avoir accès à internet ni à une télé. (Ça aussi ça coûte cher!) Plusieurs ne comprenaient pas trop ce qui se passait. Le café a donc créé un poste de «jaseuse» afin de répondre aux besoins d’écoute et d’explication des personnes les plus vulnérables souvent isolées.

Depuis juillet, le café a heureusement pu rouvrir ses portes au grand bonheur de sa communauté. Les mesures de distanciation font cependant en sorte que seulement 16 personnes peuvent y être à la fois, plutôt qu’une quarantaine comme d’habitude. Les jeux de société et les livres ont dû être rangés. Manon a cependant ressorti la guitare qui est désinfectée après chaque utilisation, comme le piano qui a été installé dehors et qui fait résonner la joie tout autour du café.

Une panoplie d’activités ont été organisées à l’extérieur en collaboration avec une grande diversité d’organisations qui travaillent pour la sécurité alimentaire ou qui génèrent de la beauté et du bien-être par les arts et l’implication citoyenne. Manon craint cependant l’arrivée de l’automne avec une partie de son monde qui n’osera plus sortir et tous les autres défis qui viennent avec la pandémie.

Si un jour vous avez envie de faire un don à un organisme qui génère de la richesse sociale à profusion et qui change des vies très concrètement, le café communautaire L’Accès est un excellent choix.