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Comment Trump peut toujours être dans la course?

Comment Trump peut toujours être dans la course?
Photos d'archives, AFP

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Pandémie de COVID-19 mal contrôlée, mouvement Black Lives Matter omniprésent, crise économique historique... Avec tous ses déboires des derniers mois, on pouvait croire que l’élection présidentielle de novembre était déjà perdue pour Donald Trump.

Or, ce dernier remonte dans les sondages depuis juillet et se rapproche de son adversaire démocrate Joe Biden. Bien qu’il lui reste encore bien du chemin à rattraper, il semble que le président sortant continue d’être une option valable pour nombre d’électeurs indécis. Explications.

Avant de commencer, il semble important de rappeler un élément central de la politique américaine: le bipartisme. Si 30% à 40% de la population se rallie d’emblée soit au Parti démocrate, soit au Parti républicain, une bonne portion des votants n’a pas d’allégeance politique. Incontournables pour l’emporter, ceux-ci changent d’opinion au gré des élections et font pencher la balance d’un côté ou de l’autre chaque fois.

Or, il s’agit bien souvent des moins informés, des moins engagés, mais surtout des moins intéressés par le processus électoral. S’ils daignent se présenter aux urnes, ils fixent parfois leurs décisions qu’au moment d’apposer leur X. Avec eux, tout peut compter, certains diront jusqu’à la couleur de la cravate, mais les facteurs qui seront présentés risquent d’expliquer une partie des votes pour Trump le 3 novembre prochain.

BLM s'enlise

Né en 2013, le mouvement Black Lives Matter (BLM) est plus visible que jamais depuis la mort de George Floyd en mai dernier. Si le mouvement a joui d’une vague de sympathie palpable au début des manifestations, celui-ci s’est radicalisé, certains diront qu’il a pourri. Les manifestations pacifiques ont fait place à des débordements, voire à des émeutes.

Les scènes de violence, de vandalisme, de pillage se multiplient et entachent tout le mouvement, au point qu’une partie grandissante des minorités ne se reconnaît plus en lui. Malchance, le Parti démocrate s’est collé dessus et commence à y laisser des plumes. Selon certains sondages, Biden récolterait 20% moins d’appuis dans la communauté noire et 10% moins d'appuis dans la communauté hispanique que Hillary Clinton, à pareille date en 2016.

L’impopularité du mouvement est grandissante et commence donc à se faire sentir dans les intentions de vote. Les personnes qui ne s’intéressent pas, ou peu, aux enjeux raciaux ne retiennent du mouvement que les vitrines brisées, des commerces du centre-ville saccagés et des graffitis BLM un peu partout. Entre un candidat qui prône la loi et l’ordre et un autre qui fait un appel aux dons pour payer les frais juridiques des casseurs, le choix est vite fait pour certains.

Les démocrates doivent également sentir le vent tourner, car ils ont annoncé cette semaine une campagne publicitaire de 45 millions de dollars ayant pour but de dénoncer les violences du mouvement BLM sans réserve.

La COVID-19, un cheval de bataille mal choisi

Les démocrates ont fait de la gestion de la pandémie par Donald Trump un enjeu central de leur communication électorale, le duo Biden-Harris ne manquant pas une occasion de critiquer l’administration Trump sur ce point, et l’appel au port du masque est presque devenu un cri de ralliement.

Toujours est-il que, comme ici au Canada, la gestion de la pandémie de COVID est surtout vue comme un enjeu local plutôt que national. La population évalue surtout la gestion faite par leurs gouverneurs, plutôt que celle du président. Ce sont à eux qu’incombe en premier lieu la responsabilité de gérer les domaines de la santé, de la sécurité et du bien-être des citoyens.

Si Donald Trump se fait quand même écorcher par les critiques, les gouverneurs des États les plus touchés le sont aussi et ils sont souvent démocrates, ce qui annule en bonne partie la puissance du message.

En fin de compte, il est probable que les démocrates aient intérêt à trouver un cheval de bataille plus porteur pour le reste de la campagne. Le sujet fait tellement débat qu’il est difficile d’y faire des gains, spécialement lorsqu’on se limite à critiquer l’adversaire sans trop s’avancer sur les solutions qui sont toutes aussi clivantes.

Un seul but: battre Trump

Cela semble être l'objectif principal de la campagne démocrate. Battre Donald Trump et oublier les quatre dernières années comme si elles n'avaient jamais existé, une erreur de parcours, une anomalie sans suite. En fait, c'est toute la campagne qui est concentrée sur ce message; l'administration Trump a été un échec sur tous les points et l'Amérique ne peut pas se permettre un second mandat de Donald.

Côté message, la plateforme démocrate ressemble plus à un catalogue d'idées qui font vaguement consensus au sein du parti, assaisonné de quelques propositions de niche afin de satisfaire les purs et durs, qu'à un programme cohérent avec des mesures qui s'articulent entre elles. Aucune vision porteuse n'est réellement proposée, mis à part un retour à la normale, un retour à la situation qui a provoqué le ras-le-bol d'une certaine frange de la population qui s'est exprimée dans les urnes en 2016.

Encore une fois, les indécis peuvent pencher du côté de Trump qui a le mérite d’avoir un message clair, simple. «Nous sommes les meilleurs et nous allons le rester» séduira toujours plus que «Nous avons des problèmes et nous devrons changer».

Biden et Harris, deux mauvais candidats

Il suffit d’entendre l'un de ses discours pour s’en convaincre: Joe Biden n’a visiblement plus la capacité de diriger la première puissance économique et militaire du monde. Comparé à Trump, qui n'a que quatre ans de moins, il semble frêle, fatigué, en d'autres mots: vieux. Ce dernier a l'air parfois confus, il cherche souvent ses mots et les trouve rarement.

Alors que la campagne atteint son rythme de croisière, le candidat démocrate reste avare en déplacement. Il lui aura fallu une semaine pour se décider à visiter la ville de Kenosha, au Wisconsin, qui est en proie aux violences depuis l’affaire Blake. Jusqu’à la fin de la campagne, Biden ne compte visiter que quatre États pivots, de son côté le président Trump a visité quatre États en une seule journée la semaine dernière.

Tout cela nous amène au choix de Kamala Harris comme colistière. Les projecteurs sont de plus en plus braqués sur elle pour juger de sa capacité de prendre en charge la plus haute fonction du pays si un malheur arrivait à Biden.

Or, celle-ci ne semble pas convaincre. Les effets sur les intentions de vote à la suite de sa nomination ont été négligeables et son positionnement politique ne semble pas fédérer. Trop au centre pour l’aile gauche du parti, trop à gauche pour tous les autres, ce choix ne semble pas séduire les indécis du centre, qui cherchent avant tout une option modérée, loin des extrêmes, à laquelle s’accrocher pour succéder à Joe Biden, qui aura du mal à compléter un premier mandat.

Trump n’est toujours pas battu

Voici donc quelques éléments qui expliquent, en partie, pourquoi la candidature de Donald Trump à sa réélection est encore envisagée par les indécis. Plusieurs n’approuvent pas son style, mais le président sortant avait jusqu’à janvier un réel bilan à défendre, ne serait-ce qu’au point de vue économique. Un élément déterminant alors que le pays vient de subir la plus grosse contraction de PIB de son histoire au dernier trimestre et qu’une relance économique semble plus importante que les enjeux que les démocrates tentent de mettre de l’avant et qui n’excitent que les plus radicaux. Entre cela et un autre mandat trumpesque, le cœur des indécis continue de se balancer.

À propos de l’auteur

Benoit Lapierre est politologue de formation et maître en administration publique (M.A.P.), ainsi que chroniqueur d’actualité internationale sur diverses radios.