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La grande fatigue du télétravailleur

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Pour une fois, je vais dire du bien de Québec solidaire.

Maintenant, arrêtez de rire et laissez-moi m’expliquer.

Si la pandémie vous a forcé à adopter le télétravail, les chances sont fortes que vous faites une agréable découverte.

Le télétravail est surtout problématique pour ceux qui ont de jeunes enfants, mais la réouverture des garderies et des écoles va aider. 

Il semble aussi ne pas convenir à ceux qui vivent seuls et n’ont plus la camaraderie de leur milieu de travail.

Les autres aiment ça et voudraient pouvoir continuer à en profiter, au moins une partie de la semaine.

Heures

Pourtant, je peux me tromper, mais je crois percevoir que le télétravail augmente la fatigue.

Mon hypothèse est que la majeure partie du temps économisé en n’étant plus dans l’auto, nous l’avons transférée devant notre écran.

Sept heures devant un écran plus 90 minutes d’auto, donc la « vieille formule », semblent moins fatigantes que huit heures et demie devant un écran. 

Pourquoi cette fatigue accrue ?

Je suis sûr qu’il est plus fatigant de décoder ce qui se passe dans une réunion virtuelle que dans une réunion en chair et en os.

On ne dispose pas de tous ces signaux subtils que sont les expressions faciales ou les hochements de tête. Il faut tout expliquer davantage.

Serait-ce aussi parce que se savoir filmé est stressant, donc fatigant ?

Mais il y a plus.

Ce n’est pas seulement parce que le nombre d’heures devant l’écran a augmenté.

C’est aussi que le télétravail a fait carrément exploser la notion, déjà très affaiblie, d’une journée de travail délimitée par un nombre d’heures fixes.

Quand l’ordi est dans un bureau au centre-ville, on le laisse derrière soi en partant.

Maintenant, l’ordi est tout près, et c’est comme s’il nous faisait signe : Viens !

On culpabilise de ne pas y travailler, maintenant qu’on n’a plus l’excuse du transport.

C’est plus difficile de décrocher du bureau quand le bureau est chez nous.

Et je suis sûr que des patrons workaholics – sans enfants, sans conjoint, sans passe-temps – en profitent, probablement inconsciemment.

Déjà, ils envoyaient des textos et des courriels à 21 h, suivis 15 minutes plus tard d’un : « T’es où ? Tu réponds pas ? » 

Maintenant, on s’organise en soirée une petite réunion Teams ou Zoom en plus. C’est si simple...

Agir

Au strict plan légal, je suis sûr qu’il y a là, dans bien des cas, des heures supplémentaires non rémunérées.

Tout cela est venu alourdir une journée déjà lourde au départ par notre propre faute : ces heures que beaucoup passent sur leurs téléphones à lire et à texter des messages inutiles, à regarder défiler des publicités abrutissantes et des niaiseries d’influenceurs.

Québec solidaire a déposé un projet de loi pour baliser cette nouvelle réalité et établir un droit à la déconnexion, au décrochage, à la tranquillité d’esprit.

Le sujet est complexe, mais il ne devrait pas être ignoré. Nos lois sont en retard sur la nouvelle réalité.