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Le pari de Christian Dubé

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Capture d'écran, TVA Nouvelles L’ultime pari du ministre Christian Dubé est que son nouveau système d’alertes régionales finira par réveiller les plus nonchalants face à un virus ultra contagieux.

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Contre vents, marées et même une pandémie, la popularité du gouvernement de la CAQ et du premier ministre François Legault tient bon. Un sondage Léger-Le Journal confirme à nouveau que les caquistes peuvent dormir tranquilles.

À 76 % de taux de satisfaction et 48 % des intentions de vote, dont 55 % des francophones, la CAQ laisse des miettes à ses adversaires libéraux, solidaires et péquistes. 

De toute évidence, de nombreux Québécois se reconnaissent en François Legault et ont confiance en lui. Après les années d’arrogance et d’austérité du duo Couillard-Barrette, son image apaisante et plus souple fait mouche. 

Or, comme je l’écrivais hier, un capital de confiance aussi fort est une denrée précieuse, mais fragile. La deuxième vague de la COVID-19 en testera la solidité. François Legault le sait très bien. 

Carotte et bâton

D’où la présentation hier par son ministre de la Santé, Christian Dubé, d’un nouveau « système d’alertes régionales à quatre paliers ». 

L’ultime pari du ministre est qu’il finira par réveiller les plus nonchalants. Bref, qu’il les aidera à se « responsabiliser » eux-mêmes face à un virus ultra contagieux. 

À cette « carotte » s’ajouterait le « bâton ». Soit d’éventuelles mesures plus coercitives dès qu’une région passe à un niveau d’alerte jaune (préalerte), orange (alerte modérée) ou rouge (alerte maximale). 

En cela, ce « système » rappelant les couleurs des feux de circulation est tout d’abord un outil de communication politique, dont l’objectif est de rendre plus « visible » un virus qui, lui, ne l’est pas.  

Ce faisant, il vise également à tenter de préserver l’exceptionnel capital de confiance dont jouissent le gouvernement et son chef au sein de l’électorat. 

Car si la crise sanitaire est mondiale, au Québec, la première vague a braqué les projecteurs sur notre système de santé détraqué, incapable même de protéger la vie de milliers de femmes et d’hommes plus vulnérables.

Se voulant novateur et pédagogique, le système d’alertes vise à tourner cette page dans l’espoir de faire mieux. Cette fois-ci, idéalement avec une collaboration plus marquée de la majeure partie de la population. 

Opérationnalisation

La réussite ou l’échec de cette nouvelle approche dépendra toutefois en partie de son « opérationnalisation » sur le terrain, dans la vraie vie. 

Comment se fera la communication concrète du système d’alertes ? Complexe, va-t-on le rendre plus accessible ? 

Sera-t-il modulé selon les clientèles visées, dont cette part de jeunes adultes qui n’en a rien à cirer ? Ira-t-on les rejoindre sur leurs propres plateformes numériques usuelles ? Si oui, en leur disant quoi ? 

Un réseau de dépistage et de traçage plus accessible et rapide sera-t-il au aussi rendez-vous ? 

Dans les régions dites vertes, de le savoir encouragera-t-il des gens à mieux suivre les consignes pour se préserver ? Ou, au contraire, à verser plus dans l’imprudence ? 

Les mesures plus coercitives à venir seront-elles appliquées si nécessaire ? Sur quelles bases ces décisions seront prises : plus factuelles ou plus politiques ?

Enfin, quel sera leur effet réel chez les récalcitrants ? Bref, c’est à suivre. 

Une seule chose est sûre : la meilleure collaboration possible de la population s’annonce vitale. Cette méchante bibitte de virus exige que l’on s’en protège nettement mieux encore les uns les autres.