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L’imperturbable électorat américain

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La campagne présidentielle électorale s’accélère et les événements ou révélations-chocs se succèdent, mais les intentions de vote restent obstinément stables. 

À 53 jours du vote, la campagne ressemble déjà à un cirque à plusieurs pistes.

Chaque jour ou presque, un nouveau rebondissement semble destiné à devenir un tournant qui fera basculer la course dans un sens ou dans l’autre.

Pourtant, l’écart en faveur de Joe Biden dans les intentions de vote bronche à peine.

Chocs sans effet

Les conventions de nomination sont passées et chaque parti a bénéficié de quatre soirs consécutifs de publicité gratuite. L’électorat n’a pas bougé.

Le président Trump a récemment annoncé une grande victoire en politique étrangère. Il a ensuite braqué l’attention générale sur les violences urbaines et prédit que celles-ci allaient gagner tout le reste du pays si Biden l’emporte. Ça n’a pas changé grand-chose.

On ne compte plus les révélations embarrassantes sur Trump qui couleraient n’importe quel autre politicien. Un article du magazine The Atlantic peint un portrait dévastateur du mépris qu’il éprouve pour les militaires. Trump nie ces allégations, mais elles ont été corroborées par plusieurs reporters et elles concordent avec des faits bien connus.

Le livre de la nièce de Trump a exposé au grand jour les pathologies de la famille. Les mémoires de Michael Cohen exposent une nouvelle série de scandales. Dans des témoignages enregistrés par Bob Woodward, Trump admet qu’il a sciemment trompé la population sur la gravité du coronavirus. Rien n’y fait. L’écart entre Biden et Trump ne bronche pas.

L’opinion fait du sur-place

Quoi que fassent les deux camps, l’opinion réagit peu ou pas. Ce n’est pas entièrement étonnant. Tous les indicateurs d’appuis partisans depuis le début du mandat Trump ont été beaucoup plus stables que pour tous les présidents précédents. 

Notamment, depuis janvier 2017, l’approbation de Trump a été confinée entre 37 % et 46 %.

Ni le taux d’approbation du président ni les intentions de vote n’ont connu de changements spectaculaires depuis janvier dernier, malgré les rebondissements dramatiques que le pays a vécus quotidiennement.

À quoi s’attendre ?

Il faut s’attendre à une accélération des événements et des coups d’éclat d’ici au 3 novembre, sans oublier le blitz de publicité que devront subir les téléspectateurs qui ont le malheur d’habiter dans des États clés.

Le président a sans doute plusieurs trucs dans son chapeau et on anticipe déjà une fameuse « October Surprise », comme l’annonce précipitée d’un nouveau vaccin anti-COVID, qui viendrait précipiter Trump en tête.

Les démocrates ont certainement aussi des surprises en réserve et les deux camps sont probablement sincèrement convaincus que les débats leur seront favorables.

L’électorat américain est cependant à ce point polarisé et campé dans ses positions que la cacophonie des prochaines semaines ne changera probablement pas fondamentalement la donne actuelle. Reste à savoir si la suppression du vote et les autres manigances de son parti permettront à Trump de s’accrocher au pouvoir, mais ça, c’est une autre histoire.