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TV5MONDEplus n’est pas une alternative

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Même si plusieurs journaux français ont présenté TV5MONDEplus comme une alternative à Netflix, Amazon ou Disney, la nouvelle plateforme francophone mondiale en est très loin.

Ce rêve, dont le germe avait été semé il y a plusieurs années par Sylvain Lafrance, alors vice-président de Radio-Canada, puis repris avec enthousiasme par Mélanie Joly, alors ministre du Patrimoine, s’est concrétisé, hier, par le lancement officiel de TV5MONDEplus à Paris. 

Le premier ministre Justin Trudeau et le président Emmanuel Macron avaient donné leur imprimatur à ce projet au 17e sommet de la francophonie d’Erevan en 2018. L’assentiment d’Ottawa fut suivi d’un chèque de 14,6 millions $. Avec les 300 millions d’euros de la Suisse, ces deux contributions spéciales furent les seules venant des pays qui composent le consortium TV5 Monde, dont la France. 

La plupart des coûts occasionnés par la création de la plateforme furent prélevés à même le modeste budget de l’organisation. Inutile d’écrire qu’on ne crée pas une alternative sérieuse aux grandes plateformes américaines avec d’aussi pauvres moyens.

LA DIFFICILE QUESTION DES DROITS 

La moitié de l’argent d’Ottawa a servi à défrayer les ayants droit des émissions canadiennes disponibles sur la nouvelle plateforme, mais uniquement les droits pour les pays étrangers. L’argent suisse a aussi servi à payer les droits des émissions suisses à l’étranger.

Le plus grand mérite de la nouvelle plateforme pour nous est donc de servir de tremplin à des séries québécoises n’ayant pas déjà trouvé preneurs sur des chaînes étrangères. C’est ainsi qu’Unité 9, Passe-Partout et plusieurs autres séries d’ici deviennent disponibles dans 194 des pays où l’on peut accéder à TV5MONDEplus. Mais pas au Canada ! Nos téléspectateurs n’auront accès qu’aux émissions étrangères de la plateforme. Même pas directement, car ils devront y accéder par le biais des sites de TV5 Canada ou d’Unis TV.

La configuration de la nouvelle plateforme est un copier-coller de celle de Netflix. Les habitués de la plateforme américaine n’auront aucun mal à s’y retrouver. Le répertoire y est toutefois bien plus modeste. D’ailleurs, presque le quart est composé de contenu canadien qu’on ne pourra voir ici.

Pour l’instant, la plateforme n’est pas accessible aux Pays-Bas et les Américains francophones ou francophiles devront attendre à l’an prochain pour y accéder. Quant à la Chine, elle n’entre pas dans les plans.

LE PROBLÈME DE LA DÉCOUVRABILITÉ

Lors du lancement parisien par visioconférence, ministres et dignitaires ont souligné que la plateforme contribuera à la découvrabilité (quel horrible mot !) du contenu francophone. J’ai envie d’ajouter qu’elle contribuera aussi à augmenter la confusion.

La multiplication des plateformes et le nombre grandissant d’agrégateurs ne font qu’accentuer la difficulté de trouver la série ou l’émission qu’on souhaite voir. L’offre est si abondante que trouver une émission en particulier devient aussi difficile que repérer une aiguille dans une botte de foin.

Les diverses alertes envoyées par les plateformes ainsi que leurs algorithmes attirent l’attention sur leurs contenus, mais il nous faudrait beaucoup plus d’aide pour ne rien manquer. Je rêve du jour où toutes les plateformes pourront répondre à des demandes vocales comme seules certaines peuvent le faire actuellement. Ce jour-là, on aura presque résolu l’épineuse question de la découvrabilité.

En attendant, il faut s’armer de patience et chercher l’émission et la série dont tout le monde parle. Ou se résigner à regarder la télévision traditionnelle, tout à fait prévisible, celle-là !