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«Zebrina, une pièce à conviction» au TNM : pari réussi, malgré les contraintes

«Zebrina, une pièce à conviction» au TNM : pari réussi, malgré les contraintes
PHOTO COURTOISIE/TNM/YVES RENAUD

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MONTRÉAL – Après six mois de pause, le Théâtre du Nouveau Monde (TNM) lance la saison du théâtre au Québec avec l’excellente pièce «Zebrina, une pièce à conviction». Entre mesures de sécurité serrées et nombre restreint de spectateurs, l’œuvre offre néanmoins un réjouissant divertissement. 

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Ce n’est pas la moindre des productions qui inaugure la levée du rideau des planches montréalaises en cette période particulière, au bout d’un si long hiatus.

Mise en scène par l’illustre François Girard, «Zebrina, une pièce à conviction», du dramaturge américain Glen Berger («Underneath the Lintel» en version originale) met en vedette un Emmanuel Schwartz vieilli, qui offre une prestation colossale en solo dans la peau d’un bibliothécaire en pleine quête existentielle.

Mais, on ne peut passer à côté : contexte pandémique oblige, c’est bien sûr dans la prudence et dans une certaine modestie – masque à proximité, désinfectant aux doigts et sans voisin immédiat qui partage notre accoudoir – qu’on apprécie ce moment d’évasion. Même si, sur scène, le déploiement de l’histoire et de son attirail visuel n’est pas affecté d’un iota par les règlements qui prévalent au parterre.

«Zebrina, une pièce à conviction» au TNM : pari réussi, malgré les contraintes
PHOTO COURTOISIE/TNM/YVES RENAUD

Public réduit

En raison des consignes sanitaires et de la distanciation sociale imposée, le TNM ne peut accueillir présentement que 160 spectateurs pour remplir les 832 sièges de sa salle, ce qui confère un aspect beaucoup plus intime à l’événement.

Dans un si grand espace, dans un spectacle d’humour, cette capacité de public réduite aurait probablement quelque chose de morne, voire de déprimant. Mais le théâtre a cette capacité de faire vagabonder notre imaginaire, et «Zebrina...» encore plus, puisque son protagoniste énumère ses voyages à travers le monde pour rendre compte de la grande recherche qui l’occupe. En ce sens, à 160 comme à 800, on se laisse bercer par le récit sans trop se formaliser de l’autour. La communion se révèle également plus grande entre spectateurs, le rire de l’un et le soupir de l’autre devenant infiniment plus perceptibles. Seul sur son île à l’avant, l’acteur, lui, devient peut-être davantage sensible aux bruits et mouvements, devant l’immensité de chaises vides plantées à ses pieds!

Sinon, la chanson est à peu près la même partout : il faut porter son masque avant et après la représentation, lorsqu’on se déplace partout dans le théâtre, comme c’est le cas au restaurant. On doit se laver les mains en arrivant sur les lieux. Puis, à la fin de la pièce, des préposés nous indiquent quand et où sortir, les gens devant quitter la salle à tour de rôle. L’absence d’entracte facilite de surcroît la gestion des déplacements.

À quelques différences près, l’expérience du théâtre en pandémie se compare à celle d’une visite au cinéma. Les différences avec le temps «normal» sont notables, certes, mais pas suffisantes pour se priver du plaisir de l’art vivant. Remettons-nous dans l’esprit de l’heure du conte qui nous divertissait, enfants, et on oubliera bien vite les petits aléas obligés de la santé publique.

«Zebrina, une pièce à conviction» au TNM : pari réussi, malgré les contraintes
PHOTO COURTOISIE/TNM/YVES RENAUD

Touchant et pathétique

Qui plus est, «Zebrina...» vaut la peine qu’on tende l’œil et l’oreille, ne serait-ce que pour Emmanuel Schwartz et son costaud monologue en accent hollandais. Son personnage de bibliothécaire s’avère aussi touchant que pathétique, et souvent drôle, dans son accumulation de pièces à conviction lui permettant de retracer l’individu sans scrupules qui a osé emprunter un guide de voyage à son travail il y a... 133 ans.

Idée insignifiante, pensez-vous? Cocasse au début, l’entreprise de l’homme se dévoile de plus en plus consistante et porteuse au fur et à mesure que la pièce avance, se muant en périple entre les pays, les époques et dans sa propre existence.

Ainsi, «Zebrina, une pièce à conviction» réussit son pari et démontre bien, en cette étrange rentrée automnale, que le théâtre, même sans foule, ne perd rien de sa magie.

Le TNM présente «Zebrina, une pièce à conviction» jusqu’au 27 septembre. La pièce est présentée simultanément en salle et sur le web. Tnm.qc.ca pour informations.