/opinion/columnists
Navigation

Ça prend de la coercition... et un village

François Legault à Saint-Raymond
Photo Marc-André Gagnon

Coup d'oeil sur cet article

Des foyers d’éclosion de la COVID-19 s’installent à travers le Québec. Inquiétant ? Très. Prévisible ? Oui. Le déconfinement, la rentrée scolaire, les partys et les rassemblements multiplient nos contacts. 

La contagion se propage nécessairement. On ose à peine imaginer à quel point ce serait encore pire si le port du masque n’était pas imposé dans les lieux publics clos.

Le premier ministre, François Legault, ne cache plus son inquiétude. Justin Trudeau dit même qu’il faudra vivre avec la COVID-19 pendant « peut-être des années ». D’où l’importance de modifier nos comportements. 

Pour la majorité, c’est presque fait. Hormis, comme on le sait, pour une minorité d’« irresponsables », comme M. Legault les a lui-même qualifiés hier. Pour les atteindre, le gouvernement cherche de nouvelles perches. 

Par ici, un système d’alertes régionales. À partir de samedi, des amendes seront imposées aux citoyens réfractaires. Dans les commerces et transports publics, les clients sans masque recevraient une amende. 

Or, les policiers auront-ils le temps d’aller « gérer » des situations qui, dans les faits, durent souvent quelques minutes ? Qui plus est, la transmission communautaire provient-elle vraiment des lieux publics clos où l’imposition du masque est chose faite ? 

Bonjour la police ? 

Ici comme ailleurs, là où le bât blesse pour le moment serait plutôt, entre autres, dans des bars, les fêtes et les partys privés. 

Or, quand des jeunes ou moins jeunes fêtent dans une maison privée avec plus de dix personnes – et sans respecter les consignes –, le temps que cette crise passe, va-t-on faciliter les interventions policières lorsque nécessaire ? 

Dans la mesure où de telles pratiques contribuent à la propagation du virus dans la communauté, y compris chez des personnes à la santé plus fragile, il faut protéger la santé publique avant tout. 

Quant aux rassemblements ou manifs extérieurs, incluant par des antimasques, le gouvernement pourrait imposer le port du masque. Quand la distanciation n’est pas respectée, la police pourrait enfin intervenir.

Le bâton des amendes reste une punition après-coup, mais il faut aussi prévenir par la coercition. Quand la persuasion plafonne, l’interdiction de certaines activités trop à risque devient en effet nécessaire. 

On le voit entre autres avec l’interdiction annoncée du karaoké dans les bars. Une fois les terrasses fermées à l’automne, les bars suivront-ils à leur tour ? 

Village

Agir en amont est vital parce qu’il en va de la santé des gens, de l’économie et de la protection d’un système de santé déjà taxé à l’extrême. Après des mois, même le réseau de dépistage et de traçage de la COVID-19 est incapable de s’ajuster à la demande dès qu’elle grimpe !

Il est vrai qu’à l’impossible, nul n’est tenu. Face à la COVID-19, il faut néanmoins le viser. L’État peut et doit maximiser son champ d’action, de prévention, de coercition, de dépistage et de soins. 

Quant à la responsabilité de conscientiser les réfractaires – dont une partie substantielle sont des ados et de jeunes adultes –, elle appartient aussi à leurs parents, famille, pairs, voisins, enseignants et employeurs. Bref, à nous tous.

On dit que ça prend un village pour élever un enfant. En pandémie meurtrière, le même principe vaut sûrement pour tenter – je dis bien « tenter » – de responsabiliser les personnes qui ne le sont pas déjà. 

L’alternative – fermer les yeux – n’est pas une option.