/opinion/blogs
Navigation

Il faut une refondation indépendantiste

Gilbert Paquette, ex-député et ministre du Parti québécois
PHOTO D'ARCHIVES, AGENCE QMI Gilbert Paquette, ex-député et ministre du Parti québécois

Coup d'oeil sur cet article

Dans sa chronique du Journal de mercredi, sous le titre «L’art de s’enterrer soi-même», Réjean Parent commente certaines idées extraites de mon récent livre qui ont été véhiculées dans les médias en fin de semaine dernière. Il a été choqué par certains titres et a préféré s’attaquer au messager plutôt qu’au contenu.

Retrouver le sens du pays

Selon lui, je discréditerais le projet indépendantiste en demandant que le Parti québécois laisse la place pour favoriser une véritable refondation de tous les indépendantistes désireux de reprendre la promotion de l’indépendance délaissée par le parti depuis 1995. Dans ces entrevues, je résumais une analyse fouillée de l’histoire des 50 dernières années du mouvement indépendantiste, et des conclusions que j’en tire dans un livre de 260 pages, Le sens du pays – Refonder le combat indépendantiste, en librairie depuis quelques jours.

L’élément déclencheur qui m’a incité à entreprendre ce travail s’est produit en 2016, lors de la course à la direction du PQ où les membres ont décidé de choisir Jean-François Lisée comme chef, appuyant ainsi son idée insoutenable de repousser l’indépendance à un hypothétique deuxième mandat. 

Il faut rappeler ici à la mémoire sélective de M. Parent, qu’après avoir souligné qu’un gouvernement péquiste ne mettrait pas un sou d’argent public dans la promotion de l’indépendance, le nouveau chef du parti avait déclaré, textuellement: «L’engagement de tenir un référendum dans le premier mandat est suicidaire pour le Parti québécois; si on s’entête, nous serons le troisième parti au Québec en 2018. On se sera marginalisé. Ce sera très dur pour la suite.» Le résultat de l’élection d’octobre 2018 fut bien pire.

Je me suis demandé ce qui avait fait qu’un chef du Parti québécois en arrive à traiter de suicidaire et de marginalisant notre projet de pays (ce n’était pas la première fois), se faisant approuver par une majorité de membres. Serait-ce qu’on est à ce point enfoncé dans le rôle d’un parti provincial dont l’horizon se limite à gagner une élection et à défendre le Québec dans le cadre du régime canadien dont nous voulons nous libérer?

Mon analyse des 50 dernières années a démontré que le programme politique, le discours et les choix stratégiques du Parti québécois ont été victimes d’une provincialisation des esprits. Les sept dernières élections québécoises, toutes celles depuis le référendum de 1995, ont porté sur des mesures réalisables par une province. On n'a proposé aucun programme de pays. Depuis 1976, en 44 ans, seules les deux années préréférendaires ont servi à faire la promotion de l’indépendance. On a perdu peu à peu le sens du pays.

Pour refonder le combat indépendantiste

J'espérais, l'automne dernier, une véritable refondation du PQ. Le Congrès dit de refondation a été vidé de son sens, encore une fois par un establishment axé depuis trop longtemps sur la joute électorale provinciale plutôt que sur la promotion de l'indépendance. Le Québec ne peut continuer longtemps avec un parti nationaliste non souverainiste (la CAQ) qui ne pourra rien changer et un parti indépendantiste mais non nationaliste (QS) qui se disperse dans une diversité de causes. 

Il faut recréer un véritable parti indépendantiste ET nationaliste, ce que le PQ a refusé d’être jusqu’à maintenant. Certains candidats à la direction disent vouloir maintenant s’y consacrer. Tant mieux, mais ils doivent réaliser que, s’ils sont élus, ils devront vaincre des obstacles internes, des décennies de provincialisation des esprits au sein même du parti qu’ils souhaitent diriger. 

En refusant, élection après élection, de faire la promotion de l’indépendance, le PQ a perdu trop de crédibilité aux yeux de trop de gens, y compris aux miens. J’en suis arrivé à la conclusion que la refondation que je souhaite ne pourra se faire à partir du Parti québécois. J’espère qu’on me donnera tort, car le temps presse.

Réponse de Réjean Parent  

Je partage une grande partie des critiques que vous faites à l’égard du PQ et je ne crois pas que ma chronique faisait l’apologie des gestes passés de ce parti. En fait, je voulais souligner que la désertion préconisée dans votre livre s’ajoute à beaucoup d’autres et fait douter bon nombre de Québécois sur la capacité de réaliser un jour l’indépendance. Votre livre risque plus de contribuer à des débats stériles et à la division des forces indépendantistes qu’au rassemblement que vous souhaitez.