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Il y a des complotistes depuis au moins 200 ans

Les épidémies sont propices à la désinformation.

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Les théories du complot comme celles apparues avec la COVID-19 ne datent pas d'hier. Déjà, il y a 200 ans, des conspirationnistes voyaient dans les épidémies de choléra ou de variole un complot pour exterminer les Canadiens français, rappelle un historien des maladies.

Tout au long du XIXe siècle, des «élites francophones ont accusé le gouvernement anglais de vouloir affaiblir la [population] canadienne-française par l’introduction de maladies infectieuses», souligne l’historien et professeur associé à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal (UdeM) Denis Goulet.

C’est que l’arrivée massive d’immigrants par bateau au pays, encouragée par la colonie britannique, a souvent coïncidé avec le début d’épidémies dans les villes qui bordent le Saint-Laurent.

De là à considérer qu’il s’agit d'un geste planifié pour affaiblir le poids démographique des francophones, il n’y avait qu’un pas à franchir pour les conspirationnistes.

«La théorie du complot allait dans les deux sens, parce que le pouvoir anglais accusait les Canadiens français d’être malpropres et donc responsables de l’épidémie de variole», remarque le spécialiste en histoire de la médecine.

  • Écoutez l'entrevue avec Denis Goulet, historien et professeur associé à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, sur QUB Radio:

Les conditions sanitaires de l’époque n’aidant pas, la population ouvrière francophone était 7 à 8 fois plus touchée par la variole que son pendant anglophone.

Tout nouveau

La vaccination, une pratique tout à fait nouvelle au début du XIXe siècle, a également fait l’objet d’une opposition marquée au sein d’un pan de la population, affirme Denis Goulet.

Certains ont été effrayés par la nouveauté, alors que d’autres ont cru qu’un «poison» était injecté, encore une fois par les autorités britanniques.

En 1875, lors d’une épidémie de petite vérole, pas moins de 3000 personnes se sont rassemblées devant l’hôtel de ville de Montréal pour manifester contre la vaccination obligatoire, peut-on lire dans son plus récent ouvrage intitulé Brève histoire des épidémies au Québec.

Quelques semaines plus tôt, une foule avait même saccagé la demeure du «Dr Arruda» de l’époque, qui défendait le vaccin antivariolique.

Malgré l’opposition, des dizaines de milliers de personnes ont reçu des vaccins dans la province au cours des années 1800.

Opposition prévisible

M. Goulet établit un parallèle entre les antivaccins d’antan, frileux à l’idée d’une nouvelle procédure, et l’émergence des antimasques d’aujourd’hui.

«Un peu comme la vaccination, c’est la première fois dans l’Histoire qu’on décrète le masque obligatoire dans les lieux publics, dit-il. Il ne faut pas s’étonner qu’il y ait des résistances. Si j’avais été autour d’une table avec le Dr Arruda, c’est la première chose que je lui aurais dite!»

Heureusement, la désinformation et les théories du complot ne sont pas les seules constantes à travers les épidémies. «La solidarité, l’entraide et le respect de l’autre, on les retrouve dans toute l’Histoire», conclut l’historien.