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La dérive clientéliste

Justin Trudeau annonce un programme pour les entrepreneurs noirs.  Est-ce la bonne approche?
AFP Justin Trudeau annonce un programme pour les entrepreneurs noirs. Est-ce la bonne approche?

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Justin Trudeau vient d’annoncer un programme de soutien pour les entrepreneurs noirs. Je mets de côté mon impatience générale à voir le premier ministre distribuer sans réserve de l’argent emprunté. On parle maintenant d’un déficit pour l’année qui pourrait atteindre les 500 G$. Étourdissant. 

Je veux plutôt m’interroger sur le bien-fondé d’une approche basée sur l’origine ethnique pour agir en matière d’entrepreneuriat. Le fait de démarrer une entreprise au Canada est un acte ouvert à tous. Établir un critère racial pour rendre admissible ou non un individu à une aide financière nous amène sur un terrain glissant.

Ne nions pas que des discriminations existent. Monsieur Trudeau affirmait hier que les personnes issues des communautés noires rencontraient plus de difficultés que les autres lors de l’obtention d’un prêt. C’est un problème grave.

Problème réel

Je soutiendrai vivement un gouvernement qui ira au fond des choses pour comprendre pourquoi une personne issue d’une minorité visible rencontrerait de tels obstacles. Une personne noire qui présente un projet solide ne doit jamais se faire dire non du fait de sa couleur. Inacceptable pour une demande de prêt dans une banque, inacceptable pour une demande d’aide dans un programme de l’État.

Mais serait-il plus acceptable de donner de l’argent public à un projet nul en raison de la couleur du promoteur? Je ne crois pas.

La réponse du gouvernement Trudeau consiste à ne pas s’attaquer au fond du problème de discrimination. On préfère plutôt contourner la situation en créant un programme spécifique pour les Noirs. Sans s’en rendre compte, le gouvernement conforte ceux qui discriminent les Noirs, qui se diront que de toute façon ceux-ci ont maintenant leur propre programme. 

Évidemment, on reconnaît dans l’annonce de Justin Trudeau un clientélisme politique profond. Lorsqu’on cible aussi clairement une action sur un groupe, on espère que les membres de la communauté se souviendront de la générosité du gouvernement. Mais ce clientélisme puisé dans la politique, puis transplanté dans l’action du gouvernement, n’augure rien de bon.

Les critères

Je m’interroge d’ailleurs sérieusement sur la gestion par des officiers de l’État de ce critère racial. Qui est noir en 2020? De plus en plus de jeunes susceptibles de devenir entrepreneurs sont les enfants de couples où les deux parents ne sont pas de la même origine. Bien des membres de la communauté haïtienne du Québec ne se marient pas avec un conjoint haïtien.

Par les hasards de la génétique, leurs enfants peuvent avoir le teint plus ou moins noir. Les cheveux plus ou moins frisés. Et si la génération suivante nous donne de beaux enfants avec un conjoint asiatique ou latino, est-ce que le demandeur de prêt est encore assez noir? Quelqu’un veut vraiment entrer dans les tests ethniques d’admissibilité? Ouf!

Une fois engagé dans cette approche basée sur l’appartenance ethnique, que va-t-on répondre aux Pakistanais, aux Arabes, aux Asiatiques ou aux Autochtones péruviens qui se diront aussi victimes de discrimination? Un programme économique pour chaque ethnie? 

Vrai problème, mauvaise solution.