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Le Parlement péruvien déclenche une procédure de destitution du président Vizcarra

Martin Vizcarra, président du Pérou.
AFP Martin Vizcarra, président du Pérou.

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Lima | Le Parlement péruvien a voté vendredi le déclenchement d’une procédure de destitution contre le président Martin Vizcarra, après la diffusion de documents le compromettant dans une affaire de corruption.

La motion, présentée par plusieurs partis, devait obtenir au moins 52 votes pour être adoptée et pour enclencher la procédure formelle de destitution qui doit être votée sous quatre jours.

Sur les 130 membres, dont tous n’étaient pas physiquement présents ou ne participaient pas au vote, 65 parlementaires se sont prononcés en faveur du déclenchement de la procédure, et 36 contre et 24 se sont abstenus.

«La motion de vacance du poste de président de la République a été approuvée», a déclaré après le vote et plusieurs heures de débat le chef du Parlement, Manuel Merino.

Lors du vote formel, dont la date n’a pas été fixée, 87 voix seront nécessaires pour destituer le chef de l’État, qui n’a pas de majorité.

Martin Vizcarra, au pouvoir depuis mars 2018, aura auparavant l’occasion de se défendre devant le Parlement.

En cas de destitution, le président du Parlement assurera l’intérim jusqu’à la fin de l’actuelle mandature, le 28 juillet 2021.

«La destitution du président, dans ces circonstances, à sept mois des élections générales d’avril, pourrait se révéler très hasardeuse», a mis en garde l’analyste politique Fernando Rospigliosi auprès de l’AFP, alors que le pays est embourbé dans une grave crise sanitaire et économique en raison de la pandémie de COVID-19.

En soirée, un concert de casseroles, convoqué sur les réseaux sociaux sous le thème «Concert de casseroles pour le Pérou», s’est fait entendre durant de longues minutes dans plusieurs quartiers de Lima, en soutien au chef de l’État.

«Enquête en cours»

M. Vizcarra, qui avait pris les rênes du pays après la démission de son prédécesseur Pedro Pablo Kuczynski, dont il était le vice-président, s’est retrouvé par surprise sur la sellette.

En cause, la diffusion jeudi devant les parlementaires d’un enregistrement audio dans lequel il est présenté en train de manipuler des témoins en leur demandant de cacher la vérité, dans une enquête portant sur une affaire de corruption.

Cette affaire concerne l’embauche en pleine épidémie de coronavirus d’un chanteur par le ministère de la Culture, la justice soupçonnant l’artiste, de faible notoriété, d’avoir bénéficié d’un contrat de complaisance.

Durant les débats, le parlementaire d’opposition Jose Vega a déclaré que ces enregistrements «corroborent bien» les prétendues irrégularités sur lesquelles le Parlement enquête depuis des mois.

Son homologue de gauche Mirtha Vasquez a critiqué le fait de vouloir «chercher à obtenir une procédure de destitution, alors que l’enquête est toujours en cours».

Le président Vizcarra, qui visitait un laboratoire où 6000 Péruviens sont volontaires pour tester un vaccin anti-COVID-19, avait demandé aux parlementaires «d’analyser la situation avec prudence, avec responsabilité, et de prendre la décision qu’ils jugent appropriée».

Jeudi, après la diffusion des enregistrements dans l’hémicycle, le chef de l’État s’était montré plus incisif lors d’une allocution télévisée: «Je ne vais pas démissionner, je ne vais pas m’enfuir», avait-il lancé, s’estimant victime d’un «complot contre la démocratie».

Le premier ministre et ancien général à la retraite, Walter Martos, avait renchéri vendredi, estimant que le Parlement prépare un «coup d’État, car il fait une interprétation arbitraire de la Constitution».

Cette crise politique survient au moment où l’exécutif et le Parlement s’opposent sur une réforme impulsée par le gouvernement, laquelle vise à interdire aux personnes ayant été condamnées à se présenter aux élections.

Croisade anticorruption

Cette motion n’est pas sans rappeler celles présentées contre l’ex-président Kuczynski en décembre 2017 et en mars 2018, à la suite d’un scandale de corruption lié à l’entreprise brésilienne de construction Odebrecht, qui avait conduit à sa démission.

Cette affaire rappelle également la destitution en novembre 2000 pour «incapacité morale permanente» du président Alberto Fujimori. Le détonateur avait été la diffusion, par une chaîne câblée, d’une vidéo montrant le chef des services de renseignement, Vladimiro Montesinos, soudoyant un parlementaire de l’opposition pour qu’il rejoigne le groupe pro-Fujimori au Parlement.

Le Pérou, qui a connu une forte instabilité politique au cours des dernières années, est l'un des pays les plus touchés par le coronavirus avec plus de 710 000 cas déclarés et plus de 30 000 morts, pour une population de 33 millions d’habitants. 

M. Vizcarra, 57 ans, a jusque-là gagné le soutien populaire par son intransigeance à l’égard du Parlement, à l’inverse de ses prédécesseurs, et sa croisade anticorruption, dans un pays où les quatre derniers présidents ont eu maille à partir avec la justice.