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Premières nations: des usines à pot pour la «réconciliation»

Ottawa aide des communautés autochtones à financer des projets

Aurora Vie cannabis médical pointe-claire
Photo courtoisie Loin des cabanes à pot bien connues dans les communautés autochtones, les usines de cannabis sont des lieux hautement sécurisés et réglementés pour répondre aux exigences de l’industrie pharmaceutique comme sur cette photo prise chez Aurora Cannabis de Pointe-Claire.

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OTTAWA | Deux communautés autochtones du Québec planchent sur le développement d’usines de production de cannabis médicinal avec l’aide du gouvernement fédéral, a appris Le Journal.

«On est encore en exploration, mais il y a des opportunités. On décolle», lance avec enthousiasme Guy Laloche, le conseiller Finances et Innovation de la communauté de Wemotaci, près de La Tuque, en Haute Mauricie.

«On est dans la pauvreté. Le taux de chômage était à 28 % même avant la COVID-19. Nos jeunes n’ont pas d’opportunités», explique l’élu atikamekw joint sur la route alors qu’il allait à la rencontre de partenaires potentiels.

Dans ses recherches, il a notamment rencontré Dave Bernard, directeur général de Wôlinak, une communauté abénaquise non loin de Trois-Rivières qui veut fournir de l’huile de cannabis à l’industrie pharmaceutique d’ici deux ans.

Réconciliation économique

Ottawa a versé 38 000 $ à Wemotaci et 68 000 $ à Wôlinak pour les aider à se lancer dans l’aventure. 

Quatre autres communautés du pays ont reçu des enveloppes similaires au cours de la dernière année. 

Pour le ministre des Services aux autochtones, Marc Miller, la filière cannabis, dopée par la légalisation, est une opportunité de «réconciliation économique».

Mais le chef micmac Darcy Gray, de Listuguj en Gaspésie, est sceptique. Il indique qu’Ottawa a longtemps exclu les Premières Nations du débat sur la légalisation leur faisant perdre un temps précieux.

«L’opportunité de réconciliation est passée il y a quatre ou cinq ans. Maintenant, des acteurs majeurs sont bien installés. Ils ont déjà leur chaîne d’approvisionnement bien établie», dit-il.

Mais M. Bernard réplique que les Premières Nations ont un avantage concurrentiel important, car elles profitent d’un traitement préférentiel de Santé Canada pour obtenir des licences et ne paient pas l’impôt de 1 $ sur chaque gramme de cannabis vendu.

Le conseil de Wôlinak s’est ainsi associé à Canada House Wellness Group qui détient une usine à Louiseville. 

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Emplois et développement

Il calcule que son usine générera des chiffres d’affaires de 8 à 10 millions $ et pourra investir les bénéfices dans la communauté notamment en éducation.

Les besoins sont nombreux dans ce domaine : moins du tiers des jeunes vivant dans les réserves ont un diplôme d’étude secondaire, d’après le Bureau du vérificateur général du Canada.

Nécessitant une main-d’œuvre peu qualifiée, les usines de cannabis offrent justement des emplois sur mesure pour ces communautés, explique M. Bernard. 

Il prévoit que son usine créera 35 emplois permanents, une manne pour une petite communauté de 250 habitants. 

Une population sur la défensive  

Dans les coulisses des conseils de bande, on craint que les projets d’usines de cannabis ne provoquent une levée de boucliers populaire.

«Ça risque de créer une petite crise politique», confie au Journal une source bien au fait du dossier en territoire atikamekw où le projet d’usine de Wemotaci doit encore faire l’objet d’une consultation publique.

Il faut dire que la filière cannabis est loin de faire l’unanimité.

L’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador elle-même craint les coûts sociaux et sanitaires de la légalisation dans des territoires déjà aux prises avec des problèmes de surconsommation et d’insécurité liés au trafic de drogues. 

Mais Dave Bernard, le directeur général du conseil de Wôlinak, se fait rassurant.

«La population est un peu craintive. Mais j’ai confiance qu’elle change d’idée en comprenant qu’on veut faire une usine à la fine pointe de la technologie et pas un smoke shop où n’importe qui vend n’importe quoi», dit-il.

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Pas de pot en public

Pas question en effet de vendre des joints et autres produits récréatifs, mais uniquement de fournir l’industrie pharmaceutique, insiste-t-il, indiquant qu’il demeure interdit de consommer du pot en public chez les Abénaquis.

Les gouvernements autochtones ont en effet juridiction sur le cannabis et les règles varient d’une communauté à l’autre. 

La réserve de Wendake près de Québec interdit par exemple de «cultiver, multiplier et récolter» la plante, ainsi que de la consommer dans les lieux publics.