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Robert Lafrenière s’expliquera pour la première fois

L’ex-patron de l’UPAC est le premier témoin d’un procès qui doit débuter lundi

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Photo d'archives, Simon Clark Robert Lafrenière
Témoin

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L’ex-patron de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière, sera forcé lundi prochain de faire sa première apparition publique depuis sa mystérieuse démission il y a deux ans. 

M. Lafrenière a été convoqué comme premier témoin dans le procès intenté par son ancien bras droit, Marcel Forget, contre le gouvernement du Québec, en Cour supérieure. 

  • Écoutez Félix Séguin, journaliste au Bureau d’enquête de Québecor, à QUB radio:

Deux ex-ténors associés au Parti libéral du Québec, soit l’ancien ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux et l’ex-secrétaire général aux emplois supérieurs André Fortier, sont aussi attendus comme témoins.  

Les trois hommes devront s’expliquer publiquement pour la première fois sur la gestion de l’UPAC pendant la crise de confiance qu’a traversée l’organisation il y a trois ans. 

Démission ou congédiement ?

Marcel Forget réclame un peu plus de 2 M$ au gouvernement du Québec pour des événements allégués survenus dans la foulée de la publication d’un reportage de notre Bureau d’enquête. 

Ce reportage montrait que Forget avait servi d’intermédiaire pour la vente d’actions de l’entreprise Newtech alors qu’il ne possédait pas de permis de courtier. Au moment des faits, M. Forget était officier à la Sûreté du Québec (SQ). 

Quelques heures après la publication de notre enquête, le 30 novembre 2017, l’UPAC a annoncé par communiqué que Marcel Forget avait démissionné « afin de ne pas nuire à l’organisation ». 

Or, ce dernier estime plutôt avoir été forcé de signer une lettre de démission à laquelle il ne pouvait pas consentir de manière éclairée. Dans sa poursuite, il allègue notamment avoir subi des pressions d’André Fortier pour partir. 

Des surprises

Robert Lafrenière, qui a quitté par surprise son poste de commissaire à la lutte contre la corruption le 1er octobre 2018, jour d’élection générale, a lui-même requis les services d’un avocat qu’il paie de sa poche afin de l’épauler dans ce processus. 

Selon des sources du domaine judiciaire, ce que l’on risque de voir au cours des premiers jours du procès pourrait nous surprendre. 

On affirme que M. Lafrenière sera questionné sur sa gestion de l’UPAC et sur les raisons qui l’ont poussé à demander le départ de son numéro deux, alors qu’il n’avait que des éloges à lui faire par le passé. 

Quant à Martin Coiteux, on se demandera s’il n’a pas « jeté Marcel Forget sous l’autobus », pour reprendre les mots de notre source, afin de préserver l’image de l’UPAC, déjà mise à mal par des problèmes de climat de travail, de résultats d’enquêtes décevants et de fuites dans les médias.

À moins d’un report, le procès doit débuter lundi et est prévu pour au moins une semaine. Il risque de susciter beaucoup d’attention, d’abord parce qu’on verra défiler à la barre des témoins des acteurs-clés de la lutte anticorruption dans un contexte où ils ne sont pas maîtres du jeu.  

Ensuite, parce que ces derniers seront interrogés par l’un des plus grands spécialistes du droit administratif au Québec. 

Marcel Forget a en effet engagé l’avocat Daniel Rochefort. 

C’est notamment lui qui représentait l’ancien directeur général de la SQ Mario Laprise lors de la commission Poitras sur les méthodes d’enquête de ce corps policier en 1998.