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Six mois de pandémie

GEN-COVID-19-MASQUE
Capture d'écran, TVA Nouvelles François Legault

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Triste anniversaire demain. En effet, c’est le 12 mars que le premier ministre François Legault décrétait un confinement général du Québec pour juguler la COVID-19.

Après six mois d’anormalité, d’une déshumanisation à vrai dire des rapports entre nous, personne n’en sort indemne. Et ce, peu importe que les gens n’aient pas contracté le virus.

Nous sommes tous malades. Psychologiquement, professionnellement et même amoureusement. L’anxiété, une peur irrationnelle, l’ennui et la fatigue se sont emparés de nos corps, de nos cœurs et de nos âmes.

C’était peut-être une perception illusoire, mais hier, après des semaines de sevrage de ma part, j’avais l’impression en regardant le point de presse du premier ministre que les tempes de M. Legault avaient grisonné.

Lassitude

Hier, donc, après l’annonce des amendes pour les citoyens récalcitrants qui refuseraient de porter un masque, amendes dont on peut douter qu’elles soient payées un jour, j’ai eu le sentiment qu’une lassitude habitait lourdement le premier ministre.

Que peut faire un premier ministre respectueux des contraintes démocratiques devant une minorité qui s’oppose avec véhémence aux directives gouvernementales ? Des irréductibles qui nient jusqu’à l’existence de la pandémie. Des personnes qui croient au viol de leur liberté personnelle qu’ils confondent avec leur individualisme antisocial.

Hier matin, la convocation de la presse laissait présager l’adoption de mesures plus musclées et spectaculaires que celles dont nous a fait part le premier ministre. Depuis le début de la tragédie – c’en est une – dans laquelle nous sommes plongés, on croit comprendre que François Legault est déchiré quand il s’agit d’appliquer des mesures punitives à l’endroit des réfractaires.

En bon père, dirait-on, il semble espérer pour la famille, en l’occurrence tout le Québec, une espèce de consensus plus illusoire que réel. D’ailleurs, ses propres hésitations à éviter les affrontements à ce sujet ne sont pas étrangères à l’appui si extraordinaire de 78 % que lui accordent les Québécois.

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Affection

C’est en répondant à une question d’un journaliste qu’il a de nouveau révélé son caractère et sa sensibilité qui lui valent l’affection populaire. Il a dit éprouver dans son corps et dans sa chair la frustration de ne pouvoir rencontrer physiquement les membres de son caucus. Il s’est laissé aller à un long moment d’émotion et, mis à part les esprits cyniques, personne ne doute de sa sincérité. Car François Legault n’est pas un homme de théâtre.

On ne répétera jamais assez qu’à cause de cette pandémie, certaines de nos libertés sont mises à rude épreuve. Par contre, la démocratie, par sa nature, est soumise à des contraintes à défaut desquelles elle risque de déraper vers l’autoritarisme qui mène inéluctablement à l’abandon des valeurs qui la définissent.

Souhaiter plus d’interventions répressives pour calmer les irresponsables et autres amateurs de karaoké comporte aussi des risques. Personne ne voudrait assister à des affrontements entre fêtards et policiers. Ils seraient contre-productifs et susceptibles de basculer dans la violence.

Alors que l’on craint une deuxième vague, comment rassurer la majorité des citoyens et punir ceux qui ne jurent que par leur « moi » ? Or à ce jour, François Legault a compris que gouverner est un art. Périlleux, mais non impossible.