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«Toutes les choses parfaites»: émouvoir... en toute sécurité

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MONTRÉAL | Les pièces à un seul personnage ont la cote au théâtre, en cette période où la distanciation sociale guide toutes nos actions. Au Théâtre Jean-Duceppe, où on respecte évidemment scrupuleusement les règles sanitaires imposées par le gouvernement, Toutes les choses parfaites remplit son mandat de nous émouvoir... en toute sécurité. 

À l’instar de son voisin d’en face, le TNM, le Théâtre Duceppe rouvrait ses portes au public plus tôt cette semaine, après six mois de «pause COVID», avec la pièce qui lance sa saison 2020-2021, Toutes les choses parfaites.

L’attachant acteur François-Simon Poirier y interprète le texte de l’Anglais Duncan Macmillan, traduit par Jean-Simon Traversy, dans une mise en scène vive et dynamique de Frédéric Blanchette.

Adaptations sanitaires

En solo dans ce monologue qui nécessite parfois la participation du public, et qui emprunte aux codes du spectacle d’humour, le comédien n’a pas à se soucier de laisser deux mètres d’espace entre d’hypothétiques camarades et lui-même.

Comme au TNM, on a constaté, chez Duceppe, que tout n’est pas revenu entièrement à la «normale», pandémie oblige. Un public de 175 spectateurs au lieu des 747 habituels dans l’immensité de la salle de la Place des Arts, ça surprend. La Place des Arts était d’ailleurs étrangement vide pour un jeudi soir généralement couru pour les spectacles et les restaurants des environs.

Dans le grand hall donnant sur la rue Sainte-Catherine, cordons séparateurs, flèches au sol et personnel bienveillant indiquaient le trajet aux spectateurs, lesquels devaient demeurer masqués jusqu’au début de la représentation et, évidemment, garder leurs distances avec leurs semblables. Aucun tapis rouge n’était organisé pour célébrer la première médiatique, et les petits plaisirs généralement réservés à l’après-tombée du rideau, comme la dégustation de fromages et la rencontre avec les artistes et artisans de la pièce, sont relégués aux oubliettes pour l’instant.

Heureusement, on a encore le cœur à rire, et le narrateur de Toutes les choses parfaites a tourné en blagues toutes ces contraintes dans sa prestation, jeudi.

Grave, mais léger

Toutes les choses parfaites traite d’un sujet grave, celui d’un enfant qui devient adulte au gré de l’histoire, et qui doit composer avec les envies suicidaires de sa mère. Le gamin des années 80 entame une liste de «choses parfaites» (à ses yeux) supposées redonner le goût de vivre à l’auteure de ses jours: la crème glacée, porter une cape, voir quelqu’un tomber, Le Club des 100 watts, etc. Le tout, accompagné de son fidèle chien au nom tout droit inspiré des Dames de cœur, Jean-Paul Bellos.

Mû par diverses impulsions, évidemment marqué par la détresse de sa maman, notre protagoniste continuera sa fameuse liste tout au long de sa vie, et en tirera les enseignements que l’exercice suppose.

Doté d’un charisme indéniable, François-Simon Poirier arrive à donner un ton amusant, voire léger, à un sujet grave et sérieux. Beaucoup de lumière émane du texte, qui insiste de front ou entre les lignes sur la beauté de vivre.

Qui plus est, l’homme doit souvent solliciter les gens dans la salle pour lui donner la réplique ou lire des bouts de phrases. En résulte un rassemblement convivial, sans prétention qui, encore une fois, atténue beaucoup la lourdeur du propos.

Hasard, coïncidence ou planification consciente, la soirée de première de Toutes les choses parfaites se tenait le 10 septembre, Journée mondiale de la prévention du suicide 2020.

Adieu, Michel Dumont

En guise de salutations au public, jeudi, les directeurs artistiques de Duceppe, David Laurin et Jean-Simon Traversy, ont souhaité la «rebienvenue au théâtre» à tous, et ont surtout rendu hommage à Michel Dumont, qui dirigé l’institution de 1991 à 2018, et qui s’est éteint le 13 août dernier.

Ils ont dédié cette représentation de Toutes les choses parfaites à «un acteur immense, un directeur artistique passionné et très généreux, qui a marqué son époque», et qui a consacré une large partie de sa carrière au Théâtre Duceppe. Un «ami, un mentor, une inspiration», ont affirmé Laurin et Traversy en parlant du regretté Michel Dumont.

Le Théâtre Jean-Duceppe présente la pièce Toutes les choses parfaites jusqu’au 27 septembre. Pour informations: duceppe.com.