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Déjà en mode embauche: une coopérative montréalaise prête pour une seconde vague

La coop a surpris en fabriquant 350 000 masques en quelques semaines au printemps

Annie Dupont, Camille Goyette-Gingras et Raphaëlle Bouthillette
Photo collaboration spéciale, David Benazera Les couturières Annie Dupont, Camille Goyette-Gingras et Raphaëlle Bouthillette sont fières d’avoir produit plus de 350 000 masques en tissu depuis mars.

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Une petite coopérative de couturières connue comme « la fierté d’Hochelaga-Maisonneuve », devenue une véritable armée au début de la pandémie de COVID-19, n’attend que l’appel du gouvernement pour s’organiser si une deuxième vague frappe le Québec. 

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« On a des ressources exceptionnelles, mais il faut le savoir à l’avance afin de pouvoir mobiliser une fois de plus nos couturières. [...] Nous sommes hyper volontaires », souligne fièrement la cofondatrice de la COOP Couturières POP à Montréal, Camille Goyette-Gingras.

Son équipe et elle ont réuni plus de 4500 couturières pour confectionner plus de 350 000 masques non médicaux en quelques semaines au printemps. 

Ces couturières et une dizaine d’autres travailleurs de première ligne sont en vedette dans le nouveau grand reportage de notre Bureau d’enquête, Affronter l’inconnu, disponible depuis jeudi pour les abonnés de Club illico. 

Durant trois mois, nous avons eu un accès privilégié à ces héros de l’ombre qui ont accepté de nous laisser entrer dans leur quotidien, à un moment où ils étaient le plus vulnérables. Vous pourrez lire le portrait de plusieurs d’entre eux en pages 22 à 25 de cette édition. 

Pendant la pandémie, la COOP Couturières POP a développé une véritable expertise. Elle souhaite maintenant se tourner vers d’autres créations et aider les petits designers d’ici, en fabriquant des housses de lit, des scrubs, des accessoires de maison, des jaquettes d’hôpital et des vêtements, notamment. 

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Employés recherchés

En prévision d’une recrudescence de la COVID-19, les couturières ont mis de côté plus de 50 000 masques « en réserve ». 

« S’il y a une deuxième vague et que le gouvernement a besoin de masques, c’est sûr que nous serons là. Nous avons une belle gang qui est prête », ajoute Mme Goyette-Gingras. 

D’ailleurs, la COOP embauche graduellement du personnel et prévoit former une équipe de 25 employés à temps plein dès octobre, lors de l’ouverture de son nouveau local.  

En mars, les couturières se sont présentées comme les « pirates de l’aventure » et ont surpris tout le monde. Personne n’aurait pensé qu’une coopérative pouvait fournir autant de masques aussi rapidement. Elles ont mobilisé de la main-d’œuvre, en plus de trouver de l’équipement pour produire, ce que de grandes compagnies étaient incapables de faire.

Conditions difficiles

« Aujourd’hui, tout le Québec doit se mettre en mode urgence », lançait le premier ministre François Legault il y a six mois jour pour jour, le 12 mars, lors d’un point de presse durant lequel ni la distanciation physique ni le port du masque n’étaient encore de mise. 

Le lendemain matin, Québec annonçait la fermeture des écoles et déclarait l’état d’urgence. 

Couturiers, préposés aux bénéficiaires, facteurs, entrepreneurs, médecins, cuisiniers, chercheurs : ils ont fait front commun pour aider les Québécois à passer au travers de la première vague, pendant que les morts se comptaient par dizaines chaque jour. Certains ont dû travailler dans des conditions difficiles, avec un manque d’équipement et de personnel.

D’autres ont perdu leur boulot, fait face à la maladie ou à l’incertitude.  

Dans Affronter l’inconnu, les couturières sont au centre de cet effort de guerre. C’est un appel du gouvernement fait à la coopérative en mars qui a tout chamboulé. Québec avait besoin de masques.

Devant nos caméras, elles ont déployé tous les efforts : appelé des volontaires pour prêter main-forte, créé un patron de couture, trouvé le tissu et les élastiques, répondu aux nombreux appels des établissements de santé, changé le modèle de masques en cours de route, livré dans les hôpitaux, fait face à certaines démissions et surtout payé les couturières.  

En embarquant dans le navire sans jamais se retourner tout en affrontant l’inconnu, elles méritent de se qualifier elles-mêmes de « pirates ».