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Elle gère un portefeuille de 10 milliards $

Numéro deux du Fonds de solidarité FTQ, Janie Béïque a déployé 400 millions $ en quelques semaines

Janie C Beïque
Photo Chantal Poirier Janie C. Beïque, la première vice-présidente aux investissements du Fonds de solidarité de la FTQ, photographiée dans l’entreprise Les Fermes Lufa dans laquelle le Fonds de solidarité a investi plusieurs millions de dollars.

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Elle est peu connue, mais Janie Béïque gère un impressionnant portefeuille de 10 milliards $. Responsable des investissements du Fonds de solidarité FTQ dans les entreprises québécoises, elle est aux premières loges des efforts de l’institution pour aider l’économie à se relever de la pandémie.

En deux mois, au printemps, le Fonds FTQ a investi pas moins de 400 millions $ dans des entreprises qui avaient besoin d’un coup de main urgent ou qui voulaient se constituer un « trésor de guerre » pour faire face à la crise.

« Ç’a été un moment assez irréaliste », se remémore Mme Béïque.

  • ÉCOUTEZ l'entrevue de Janie C. Béïque à l'émission Mêlez-vous de vos affaires à QUB radio:

Au même moment, des centaines d’épargnants sortaient plus de 2 milliards $ du Fonds, souhaitant éviter la révision à la baisse du cours de son action, qui a été annoncée en juin. Pour ne pas manquer de liquidités, le Fonds n’a eu d’autre choix que de vendre une partie de son portefeuille d’actions d’entreprises étrangères et d’obligations.

Après cette période intense, le Fonds a commencé à se préparer pour la nouvelle normalité. 

« On a profité de ce moment de répit là pour avancer toutes sortes de projets qu’on avait à l’interne, un peu comme on le recommande à nos entreprises », explique Janie Béïque.

Du droit à l’investissement

Avocate de formation, Mme Béïque était associée au cabinet McCarthy Tétrault lorsqu’elle a décidé de faire le saut au Fonds, en 2000.

D’abord vice-présidente aux affaires juridiques, elle s’est jointe au secteur de l’investissement en 2008, peu après l’éclatement de la crise financière.

La transition s’est faite tout en douceur, assure-t-elle. « Je faisais beaucoup de financement d’entreprises, d’acquisitions et de négociations de contrats, alors j’étais déjà en périphérie du métier d’investisseur. »

Contrairement à d’autres, elle ne croit pas que d’avoir vécu la crise financière l’a aidée à affronter les répercussions économiques de la crise sanitaire.

« La pandémie qu’on vit, c’est quelque chose que personne n’a vu venir, dit-elle. Quand, du jour au lendemain, la moitié de la terre s’arrête, je ne suis pas sûre qu’il y a quelque chose qui peut nous préparer à ça. Ce que tu peux faire, c’est te préparer comme leader. Dans des circonstances comme celles-ci, ce ne sont pas nécessairement les plus intelligents qui réussissent, ce sont ceux qui sont agiles, qui ont un rêve et qui ont du guts. »

Janie Béïque fait partie des finalistes du prix Femmes d’affaires du Québec aux côtés notamment de Catherine Dagenais, de la SAQ, et de Stéphanie Trudeau, d’Énergir.

L’importance de la variété des opinions

On voit de plus en plus de femmes dans le secteur financier, mais il y a encore des efforts à faire pour accroître leur présence, particulièrement dans les postes décisionnels, observe Mme Béïque.

« Il y a un avantage à avoir des gens qui ont des vécus différents, qui ont des perspectives différentes. Quand tu prends une décision, c’est toujours en fonction de l’information que tu as. Plus tu as des opinions variées, meilleure est ta décision en bout de piste. Dans une pandémie comme celle-ci, la pire chose qui peut t’arriver comme entreprise, c’est d’avoir du groupthink, où tout le monde pense pareil. C’est souvent là où tu fais des erreurs. » 

Deux dossiers délicats : le Cirque et le Canadien  

La première vice-présidente aux investissements du Fonds de solidarité FTQ, Janie Béïque, a accordé une entrevue à Yves Daoust dans le cadre de l’émission Mêlez-vous de vos affaires, diffusée sur QUB Radio. 

En voici deux extraits.

Q : Le Fonds FTQ a perdu les 39,3 millions $ qu’il avait prêtés au Cirque du Soleil, l’an dernier. Si vous aviez été à la place de Charles Émond, à la tête de la Caisse de dépôt, auriez-vous payé le gros prix pour acheter, en février, la participation restante de 10 % que Guy Laliberté détenait dans l’entreprise ?

R : C’est difficile pour moi de juger les circonstances dans lesquelles il l’a fait.

Q : Le Fonds FTQ est un actionnaire important du Groupe CH, qui comprend notamment le Canadien de Montréal et Evenko (spectacles). C’est un secteur qui est très touché par la pandémie. Êtes-vous inquiète du rendement du Groupe CH ?

R : Non. On est vraiment dans une perspective à long terme. Je ne gère pas mon portefeuille en fonction du prochain trimestre ou du prochain semestre. C’est plutôt : est-ce qu’on a la bonne équipe de direction ? Est-elle agile, a-t-elle une vision, va-t-elle être capable de s’adapter à ce qui se passe ? 

J’ai toujours pensé que tu es mieux d’investir dans une bonne équipe de gestion avec un moins bon produit. Tu vas faire plus d’argent que la personne qui a le super produit, mais une équipe de gestion moins bonne. Le Canadien a une super équipe de gestion. Je suis très confiante qu’ils vont trouver une manière de nous livrer--- de super bons rendements.

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