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Pandémie: les héros de la première vague peuvent être fiers

Ils ont rivalisé de travail et d’imagination pour sauver des vies et apporter du réconfort aux Québécois

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Des médecins, un entrepreneur, un cuisinier, une pharmacienne et même un facteur ; les héros de la pandémie ont de multiples visages. Ils ont ouvert leurs portes à notre Bureau d’enquête en nous offrant un accès privilégié à leur quotidien. Six mois après le début de la crise, ils se mobilisent à nouveau pour faire face à une possible recrudescence.

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Roxane Therrien  

Photo collaboration spéciale, David Benazera

Malgré toutes les solutions que son équipe et elle ont mises en place, le manque de personnel restera un problème si une deuxième vague frappe le Québec, soutient la chef du département de pharmacie du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval.  

« L’enjeu, c’est la mobilité de la main-d’œuvre entre les établissements. Avec la COVID, le personnel ne peut pas se déplacer d’un endroit à un autre. Il faut ajouter à ce problème la pénurie de travailleurs », explique Roxane Therrien.

La gestionnaire aurait besoin de cinq employés de plus pour combler tous les besoins en temps normal, même sans la COVID-19. Le recrutement est difficile. 

« Je regarde constamment sur le site Je contribue, mais c’est rare de trouver une pharmacienne qui n’a pas d’emploi », fait-elle remarquer. 

Durant les premiers mois de la crise, Mme Therrien a dû trouver de nouvelles façons de faire pour soulager les patients dans l’un des secteurs les plus touchés du Québec. Avec son équipe, elle a réussi à aménager la Place Bell à Laval en véritable hôpital en huit jours seulement. Elle a géré la pénurie de médicaments qui s’annonçait en trouvant des solutions alternatives.

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Interruption

En cas de deuxième vague, elle craint que certains services soient à nouveau interrompus afin d’avoir des employés qualifiés, par exemple des infirmières, dans des zones problématiques comme les soins intensifs. 

« On a déplacé des gens et fermé des services pour la première vague, mais on risque d’avoir un retard si ça se poursuit et qu’on coupe encore », avoue-t-elle.  

Néanmoins, Mme Therrien se sent prête à faire face à une autre crise. 

« On a beaucoup appris dans les derniers mois et on a corrigé des choses. Par exemple, on demande maintenant à chaque travailleur s’il est à l’aise d’être déplacé dans un autre département ou un autre établissement. On choisit alors les volontaires, renchérit-elle. Mais pour l’instant, la seule chose qu’on puisse faire, c’est de voir ce qui va se passer. »

Docteur Gabriel Dion  

Photo collaboration spéciale, David Benazera

Résident en médecine interne au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), Gabriel Dion a appris une partie de son métier en pleine crise. Il a prêté main-forte aux soins intensifs et a été appelé « à faire plusieurs techniques, dont l’intubation des patients, lorsque nécessaire ». 

Il était même présent lorsque la première personne atteinte de la COVID-19 a été intubée au CHUM. 

La pandémie aura changé son approche auprès des patients et de leur famille.

« On se met beaucoup plus dans la peau des gens qui ont un proche qui ne va pas bien. Ils veulent des nouvelles, comme ils ne peuvent pas les voir [les visites étaient interdites], explique le Dr Dion. Maintenant, j’appelle toutes les familles qui sont aux soins intensifs. J’espère que c’est un réflexe que je vais garder à l’avenir. »

Brennan Reus  

Photo collaboration spéciale, David Benazera

Cuisinier depuis quelques années, Brennan Reus a perdu son travail au début de la pandémie et comme des milliers de Québécois, il s’est inscrit à la Prestation canadienne d’urgence (PCU).

Depuis mars, il s’occupe de ses parents, prépare de la nourriture pour ses proches et n’hésite pas à se « relever les manches » pour aider son prochain.

Lorsque le premier ministre François Legault a exhorté les Québécois à donner du sang, M. Reus s’y est précipité. Il est aussi allé aider à Fort McMurray, en Alberta, pendant 10 jours afin d’aider les résidents touchés par la COVID-19 et par des inondations.

Malheureusement, le cuisiner n’a toujours pas retrouvé son boulot. L’établissement qui l’employait ne roule pas au maximum de sa capacité et ne peut l’embaucher pour l’instant.

Avant une possible deuxième vague, M. Brennan passe du temps en famille et rénove la maison de ses parents.

« Je leur construis même un hangar. N’importe quoi pour m’occuper et aider », lance-t-il.

Stef M. Saad  

Photo collaboration spéciale, David Benazera

Avec son partenaire d’affaires, Stef M. Saad a réussi ce que personne ne croyait possible : mettre la main sur de précieux masques KN95 en pleine pénurie mondiale.

« On s’est demandé : “Qu’est-ce qu’on peut faire pour aider ?” On n’a pas pensé à l’argent. Il fallait agir vite », explique l’entrepreneur aguerri qui a immigré au Québec en 2013 et a étudié à l’école de gestion HEC Montréal.

Un tour de force qui a pourtant failli échouer. La cargaison de 10 000 masques prévue au début avril, d’une valeur de plus de 25 000 $, n’est pas arrivée à bon port. Avait-elle été détournée ? L’entreprise de transport a plaidé une erreur informatique.

Soutenus par les gouvernements fédéral et provincial, les hommes d’affaires ont mis les bouchés doubles. Pour eux, l’échec n’était pas envisageable. Quelques jours plus tard, les masques étaient finalement livrés.

M. Saad continuera de veiller au grain dans les prochains mois.  

« On est toujours prêt à aider nos concitoyens. Et si le Québec a besoin d’autres masques, nous serons présents. C’est notre responsabilité. »

Dr Erik Brown  

Photo collaboration spéciale, David Benazera

Spécialiste des maladies des oreilles, du nez, de la gorge, du cou et de la tête, le Dr Erik Brown était aux premières loges des changements apportés à l’hôpital Notre-Dame de Montréal lorsque la pandémie a frappé le Québec.

Il a d’ailleurs documenté les différentes étapes de la mobilisation de l’hôpital afin de démontrer les efforts du personnel pour ralentir la pandémie.

Il n’a pas hésité à retourner aux soins intensifs, là où les besoins étaient les plus pressants.

« Comme professionnels, on a pu développer des connaissances à l’extérieur de notre domaine. Je n’avais pas fait de soins intensifs depuis longtemps. Je pense qu’à la fin de tout ça, l’expérience va nous rapprocher. Ça nous permet de mieux nous connaître et de connaître les autres spécialités », affirme l’ORL, qui se sent mieux préparé pour fonctionner de façon sécuritaire cet automne. 

Dre Caroline Quach  

Photo collaboration spéciale, David Benazera

Au printemps, les besoins étaient si grands sur le terrain, et son expertise si importante, que la microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine à Montréal ne pouvait carrément plus faire de la recherche. 

« C’était rendu impossible », explique la Dre Caroline Quach, une sommité dans son domaine.

Avec le ralentissement de la pandémie depuis juin, elle a trouvé le temps de se pencher à nouveau sur la recherche et de rattraper le retard. Elle n’a jamais hésité à prendre la parole dans les médias afin d’expliquer aux Québécois l’évolution de la pandémie et les effets du coronavirus.

Depuis mars, solide comme un roc, la Dre Quach est au cœur de la crise et elle est prête à faire face à une possible deuxième vague. 

Guillaume Brodeur  

Photo collaboration spéciale, David Benazera

Facteur pour Postes Canada, Guillaume Brodeur a été témoin des rues vides, de l’isolement des personnes âgées et de l’augmentation fulgurante des achats en ligne.

Père de famille, il s’est fait un devoir de garder un œil sur les personnes vulnérables chez qui il livre le courrier pour s’assurer qu’elles passent au travers.

« Je suis fier d’être facteur, de livrer des colis, des médicaments, des choses essentielles aux gens, mentionne-t-il. On sent qu’on a un rôle à jouer. On connaît notre monde. On sait où restent les personnes âgées. Si le courrier s’accumule devant la porte, on va vérifier si tout est correct. » 


♦ Les protagonistes dans ce reportage ont été photographiés lors d’une séance durant laquelle les règles de distanciation physique ont été respectées.