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Pas de sitôt un revenu minimum garanti pour tous

Happy kids saving money
Illustration Adobe Stock

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Chez certains progressistes, le Saint-Graal a pour nom « revenu minimum garanti » (RMG). Imaginez un peu que TOUT le monde ait droit à une prestation du genre de la PCU, tout le temps, quoi qu’il arrive. 

Le concept fait rêver depuis... Ma foi, il paraît que Napoléon y songeait, et d’autres avant lui. Ce n’est pas une nouvelle lubie de la gauche ni une invention de Québec solidaire. Les appels à l’implantation d’un tel programme reviennent de temps à autre dans l’actualité, sans pour autant se frayer un chemin très loin en dehors des esprits convaincus.  

La pandémie a ravivé l’espoir des partisans du revenu pour tous. Des idées qu’on croyait jusque-là fantaisistes ont pu être expérimentées, comme le télétravail à grande échelle... et un prototype de RMG à travers la Prestation canadienne d’urgence (PCU). 

Certains croient reconnaître chez les libéraux de Justin Trudeau un parti sympathique à la cause, surtout avec Chrystia Freeland aux finances, pourfendeuse des inégalités sociales. S’il est un gouvernement pour envisager une chose semblable, ce ne peut être que celui-là.

Selon moi, il a plutôt ruiné les chances, pour peu qu’elles existent, qu’un tel projet se concrétise. 

Un test avec la PCU

On peut dire ce qu’on veut de la PCU, il n’en reste pas moins qu’elle a sauvé de la misère des centaines de milliers de ménages, qu’elle a apporté du carburant à l’économie et qu’elle a aidé à maintenir un certain ordre social.

On a aussi pu observer ses effets pervers. Bien des gens ont préféré rester à la maison et encaisser la prestation plutôt que d’aller travailler, si bien qu’on s’est retrouvé dans la situation aberrante où des entreprises cherchaient désespérément de la main-d’œuvre alors que le taux de chômage dépassait 10 % ! 

Le coût de la PCU pour les finances publiques s’annonce aussi démentiel. La facture frôlera les 80 milliards $. Nous laissant avec 350 milliards de plus à notre dette, et le compteur tourne toujours, la pandémie ne sera certainement pas le tremplin espéré de la cause « RMG », bien au contraire.

Le RMG, différent de la PCU

Je compare la PCU au revenu minimum garanti, mais des nuances, des grosses, s’imposent. Le RMG, ce n’est pas une planche à billets magique. S’il devait être implanté, il viendrait remplacer tout le filet social ou presque. Terminée, l’assurance-emploi. Adieu, l’aide sociale. Crédits d’impôt de toutes sortes pour les ménages à faibles revenus, aux poubelles. Allocations familiales et congés parentaux, out ! Le RMG, c’est la fusion tous les programmes sociaux. 

Tout le monde recevrait un chèque mensuel de l’État, disons 1500 $, mais les contribuables le retourneraient plus ou moins dans les coffres, sous forme d’impôt, selon leur niveau de revenu. Ils en conserveraient plus durant les périodes de chômage, s’ils veulent rester à la maison pour s’occuper des enfants ou s’ils cessent de travailler pour retourner aux études... ou ne rien faire. Les gens inaptes à travailler pourraient compter sur ce revenu assuré, les assistés sociaux seraient moins pauvres. 

Les partisans de ce concept font valoir, non sans raison, que l’État pourrait épargner des sommes considérables à administrer un seul programme social plutôt qu’une multitude de mesures disparates. Ces économies serviraient évidemment au financement de cette politique.

Mais ce ne serait pas assez. Il faudrait taxer davantage les plus riches. Même la classe moyenne risque de voir son pouvoir d’achat grugé par de l’impôt supplémentaire et les pertes de revenus en provenance des transferts aux familles.

Des hausses de taxes et d’impôt ne suffiraient pas encore à implanter le RMG. Il faudrait réformer en profondeur la fiscalité des particuliers et des entreprises, si ce n’est réécrire au complet la loi de l’impôt. La tâche est colossale.  

Il faudrait également atteindre un niveau de consensus jusqu’ici inégalé entre les provinces et le gouvernement fédéral. Le filet social se décline sur deux paliers, ça complique l’affaire. Les allocations familiales viennent à la fois du fédéral et de Québec, l’assurance-emploi relève du fédéral, l’aide sociale des provinces... Ça prendra plus qu’une bière entre François Legault et Doug Ford pour démêler ça.

Ces obstacles me semblent insurmontables. Si par miracle on parvenait à les faire disparaître, la cause ne serait pas pour autant gagnée. Avec l’instauration du revenu minimal garanti, un gouvernement perd de la marge de manœuvre dans la distribution de ses faveurs, donc dans sa capacité à se démarquer et à séduire un électorat segmenté en clientèles.  

C’est comme si vous demandiez au premier ministre du pays de retenir ses larmes, tantôt pour les jeunes, tantôt pour les familles, tantôt pour la classe moyenne, tantôt pour les vieux.