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Jean-François Sénéchal
Photo courtoisie, Nikos Theodorou L'auteur Jean-François Sénéchal

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Il y a eu Le boulevard puis Au carrefour. La trilogie imaginée par Jean-François Sénéchal se boucle avec Les avenues, un roman s’appliquant à nous faire voir l’essentiel de la vie à travers le regard – et la suite de la quête – de Chris, un personnage principal parfaitement atypique.

« Je pense que le mot espoir est important », explique l’auteur, récipiendaire du prix Joseph-S.-Stauffer 2017 en littérature. « J’aimerais que ce soit une trilogie qui donne envie de croire. En soi, aux autres, à notre rapport aux autres, à la vérité, à l’espoir. Si Chris peut nous permettre de croire à ce qui est important pour nous, à ce qu’on veut, je pense que le livre aura été utile dans sa vie de roman. »

Chris – jeune homme atteint d’une déficience intellectuelle abandonné par sa mère le matin de ses 18 ans – il le décrit comme un compagnon fidèle l’ayant accompagné sur la route pendant six ans. Six années d’écriture et de vie avec tout ce que celle-ci peut comporter de transformations, d’épreuves et d’expériences.  

<strong><em>Les avenues</em><br>Jean-François Sénéchal</strong><br>Aux Éditions Leméac<br>312 pages
Photo courtoisie
Les avenues
Jean-François Sénéchal

Aux Éditions Leméac
312 pages

« Mon livre ne parle pas de quelqu’un qui a une déficience intellectuelle, dit l’écrivain de 44 ans. On a tendance à penser que c’est un livre sur le sujet. Ce n’est pas du tout le cas. C’est un livre sur un jeune adulte qui a une vision du monde qui me plaît, me parle, et qui, à mon sens, est riche. »

Sur la route

La relation à l’autre, la rédemption, la réalisation de soi et l’émancipation possible à travers cet autre, l’affirmation qu’on n’est jamais seul : voilà le cœur de l’œuvre en trois temps de l’anthropologue de formation. 

« Tout cela est encore plus vrai avec le personnage de Chris qui a un enjeu d’autonomie, un des grands enjeux chez les personnes ayant une déficience intellectuelle. Chris regarde les choses d’un œil neuf, sans se demander si c’est bien, si c’est mal. Il est groundé dans sa relation aux autres. Il a besoin des autres, mais ce que le livre a d’intéressant, je pense, c’est qu’il montre que les autres ont tout aussi besoin de lui. »

Dans ce troisième tome portant sur la complexité des relations familiales, l’amitié et la paternité (l’histoire commence alors que Joseph, le fils de Chris, vient de naître), la notion de route joue un rôle important. La route qu’on emprunte, les détours qu’on fait pour arriver là où l’on doit être.  

« La vie est un chemin et on peut prendre des détours, des raccourcis », lance l’écrivain qui a grandi sur la Rive-Sud de Montréal et pour qui le grand boulevard représente l’incarnation de l’Amérique. « Le père de Chris – qui est réapparu dans sa vie – lui permet de penser que c’est peut-être le bon moment de recontacter sa mère pour lui dire qu’il a un fils. Chris va renouer avec celle-ci et la revoir, mais pas de la façon dont on pourrait s’attendre. »

Le roman se déroulant sur trois ans permettra au fils et à sa mère de cheminer et « de se retrouver à un meilleur endroit ». Les avenues offre d’ailleurs pour la toute première fois au lecteur un réel accès à la mère. Elle qui, dans les deux premiers tomes, n’existait qu’à travers les souvenirs du fils.

« Chris a fait son chemin pendant que je faisais le mien, confie l’auteur. Je crois qu’on s’est bien accompagnés sur nos chemins respectifs, que je suis allé au bout de la route avec lui. Je le laisse entre bonnes mains et lui aussi me laisse dans une situation plus sereine. »  


Les avenues de Jean-François Sénéchal, tout comme les deux premiers tomes primés de la trilogie Le boulevard et Au carrefour, sont en librairie.