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Attendez-vous à l’inattendu

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Photo AFP

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Difficile de connaître une semaine plus mauvaise : les livres, les révélations, les sondages, l’argent qui ne rentre pas dans les coffres de campagne. Donald Trump a affirmé au journaliste Bob Woodward qu’il avait minimisé la menace du coronavirus pour ne pas générer de panique. Il est temps que la panique s’installe dans son camp.

Tous ceux qui le côtoient le répètent, Donald Trump cherche d’abord et avant tout à sauver la face. C’est exactement ce que la Maison-Blanche a essayé de faire cette semaine.

On nous a servi une série d’événements qui, en temps normal, se seraient inscrits dans les activités légitimes de la présidence : rencontres dans le cadre du Mois national du rétablissement de l’alcoolisme et de la toxicomanie (eh oui, il y a un tel mois) ; discussions autour de la Semaine de sensibilisation à l’épidémie d’opioïdes et d’héroïne sur ordonnance ; annonce de l’établissement de relations diplomatiques entre Israël et Bahreïn.

En réalité, comme un diable dans l’eau bénite, le président s’est démené à se défendre d’avoir traité les soldats américains tombés au combat de « losers » et de « suckers » (l’article de The Atlantic), d’être « un tricheur, un menteur, un fraudeur, un intimidateur, un raciste, un prédateur et un escroc » (le livre de son ex-avocat, Michael Cohen) et d’avoir menti à ses compatriotes sur la gravité de la Covid (une révélation parmi de nombreuses autres du livre de Bob Woodward, journaliste émérite du Washington Post).

UNE SURPRISE... N’IMPORTE LAQUELLE

Soyons clair : rien de ce que nous avons vu et entendu cette semaine n’est favorable à Donald Trump ou à sa gestion du pays. Une répétition de sa victoire sur la gueule de 2016 apparaît de moins en moins concevable. Il lui faut donc marquer le coup ou, mieux encore, de manière crue, trouver le moyen de jeter les électeurs sur le cul.

C’est certainement ce que ferait la confirmation d’un vaccin efficace et sécuritaire contre le coronavirus. Autre chose qui jouerait pour lui : une culbute de Joe Biden, son rival démocrate, au propre comme au figuré.

VOTER PAR PASSION

En septembre 1996, la campagne du républicain Bob Dole ne s’était pas remise d’une chute d’estrade devant caméramans et photographes. Faute d’une pareille débarque, cette élection présidentielle deviendra essentiellement un référendum sur la présidence Trump.

Le dernier sondage de CBS News apporte un éclairage révélateur sur la motivation des électeurs. Les partisans de Trump le choisissent, parce qu’ils l’aiment (73 %) et pas vraiment parce qu’ils en ont contre Biden (18 %). Les supporteurs démocrates, eux, apprécient leur candidat (32 %), mais détestent davantage encore Trump (49 %).

En d’autres mots, comme le veut l’expression, il s’agira le 3 novembre prochain de « faire sortir le vote ». C’est la raison pour laquelle j’ai toutes les peines à donner Trump battu : ses militants sont exaltés, intenses et fanatiques à son endroit. Biden ne provoque rien de semblable.

Et comme le président a décidé de multiplier les rassemblements devant des milliers de personnes – au diable, la pandémie ! – pendant que Joe Biden s’en tient à de petites rencontres avec masque au visage, les apparences – ces fameuses apparences que Trump veut tant préserver – jouent plutôt en sa faveur. 

Des électeurs qui ont leur idée faite  

Quelle est la principale raison pour choisir Joe Biden plutôt que Donald Trump à l’élection présidentielle ?  

  • 32 % : J’aime Joe Biden  
  • 19 % : Biden est le candidat démocrate  
  • 49 % : Je m’oppose à Donald Trump    

Quelle est la principale raison pour choisir Donald Trump plutôt que Joe Biden à l’élection présidentielle ?  

  • 73 % : J’aime Donald Trump  
  • 19 % : Trump est le candidat républicain  
  • 18 % : Je m’oppose à Joe Biden

Comme président, croyez-vous que Donald Trump... 


… favorise … défavorise ?
Blancs 66 % 4 %
Noirs 20 % 50 %
Latinos 18 % 52 %
Hommes 60 % 5 %
Femmes 20 % 48 %


 (Source : CBS News/YouGov, 2-4 septembre 2020)

Des candidats à l’image de leurs partisans   

Êtes-vous d’accord avec ces affirmations ?

« Il est beaucoup plus difficile d’être Noir aux États-Unis qu’être Blanc. »  

  • Trump : 9 %  
  • Biden : 74 %   

« Les nouveaux arrivants renforcent la société américaine. »  

  • Trump : 32 %  
  • Biden : 84 %   

« Les femmes sont confrontées à des obstacles significatifs de progresser autant que les hommes. »  

  • Trump : 26 %  
  • Biden : 79 %   

« L’islam n’encourage pas plus à la violence que les autres religions. »  

  • Trump : 23 %  
  • Biden : 74 %   

(Source : Pew Research Center, Juillet-Août 2020)