/opinion/columnists
Navigation

Pas d’Oscar pour Le Parrain

Coup d'oeil sur cet article

Mémo de : l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences

À : Francis Ford Coppola, réalisateur

Monsieur Coppola, merci d’avoir proposé votre film Le Parrain dans la catégorie de l’Oscar du meilleur film. Malheureusement, à la suite de l’adoption de nouveaux critères d’admission destinés à mieux refléter les valeurs contemporaines, votre film ne pourra être retenu.

Si vous voulez faire partie de la course, vous devrez procéder à de petits changements. Nous vous en suggérons quelques-uns.

PAS ASSEZ « RACISÉ »

1) Il y a beaucoup d’Italiens dans votre film. Bravo ! On voit que vous avez fait un effort pour refléter la diversité.

Malheureusement, bien qu’appartenant à une communauté ethnoculturelle qui a longtemps été dénigrée par les Blancs racistes, les Italo-Américains ne sont pas considérés comme « racisés », étant donné la blancheur de leur peau, qui leur permet de passer pour des WASP. 

Ça ne serait pas possible d’ajouter quelques personnages noirs ? Michael Corleone, par exemple, ne pourrait-il pas être africain ou haïtien ? 

2) Étiez-vous obligés d’associer les Italiens à la mafia ? Après tout, les Italiens n’ont pas le monopole du gangstérisme. Il y a des mafias chinoises, russes, japonaises, libanaises... Il y a même eu des gangsters juifs, comme Meyer Lansky et Bugsy Siegel ! On dirait que vous faites une fixation sur les Italiens ! L’une de nos juges, qui est italo-américaine, a tellement été choquée par le portrait que vous peignez de sa communauté qu’on a dû la transporter d’urgence à l’hôpital. 

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

On a remarqué que les policiers, dans votre film, sont en grande majorité irlandais. Ne pourraient-ils pas être italiens pour montrer qu’il y avait aussi des Italiens honnêtes dans les années 1940 et 50 ?

SEXISTE ET HOMOPHOBE

3) La scène avec la tête de cheval est inadmissible. Si le personnage du consigliere envoyé à Los Angeles avait égorgé ou décapité un animal pour des raisons religieuses, on l’aurait bien sûr accepté, mais ce n’est pas le cas. L’acte dépeint est un cas révoltant de violence anti-
spéciste gratuite. 

4) Non seulement n’y a-t-il pas beaucoup de femmes dans votre film, mais celles qu’on voit sont reléguées au rang de maîtresses ou d’épouses. Pourquoi ne pas avoir développé davantage le rôle de Mamma Corleone ? Vous auriez pu ainsi intituler votre film La Marraine

5) Avez-vous un problème avec la communauté LGBTQ+, M. Coppola ? Car on ne voit aucun personnage homosexuel, transgenre ou non binaire dans votre film. 

Vous auriez pu faire un effort. Au lieu d’avoir une relation sexuelle avec une amie de la mariée lors de la fameuse scène du bal, Sonny Corleone aurait pu se taper le chanteur Johnny Fontane, par exemple. 

Ou Luca Brazi, le fidèle garde du corps de son père. 

APPROPRIATION CULTURELLE

6) C’est le comédien James Caan qui interprète Sonny Corleone. Or, dans la vie, Caan n’est pas italien, mais juif. On a le droit de prendre un acteur noir pour jouer le constitutionnaliste blanc Alexander Hamilton dans une comédie musicale à succès... mais pas un juif pour jouer un Italien, voyons ! 

7) Pourquoi toute cette violence ? Cette histoire n’aurait-elle pas pu se dérouler dans le monde passionnant des antiquaires ?

Nous attendons avec hâte votre nouvelle version...