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Un crime qui a frappé l’imaginaire

Le journaliste retraité Michel Auger n’a rien oublié des six balles qui lui ont percé le dos le 13 septembre 2000

Michel Auger
Photo Chantal Poirier Le journaliste retraité Michel Auger réalise encore aujourd’hui à quel point il a été chanceux de survivre à la fusillade du 13 septembre 2000.

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Deux décennies après l’attentat qui a failli lui coûter la vie, le célèbre journaliste retraité Michel Auger a toujours le verbe facile et n’hésite pas à faire dans la boutade, même s’il se souvient avec vivacité des six balles qui lui ont percé le dos.

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« J’ai sauvé indirectement la vie de “Mom” Boucher », s’esclaffe l’homme de 76 ans, rencontré à l’occasion du 20e anniversaire de cette attaque sournoise.

  • Écoutez l'entrevue de Michel Auger avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Fidèle à son humour proverbial, Michel Auger se moque ainsi de toute l’ironie de l’affaire. En effet, c’est Maurice Boucher, alors chef des Hells Angels, qui avait à l’époque commandé le meurtre de notre journaliste spécialiste du crime organisé, le 13 septembre 2000.

Au même moment, Gérald Gallant, un prolifique tueur à gages à la solde d’un clan rival, traquait Boucher, mais avait préféré se retirer devant toute l’agitation suivant la fusillade.

Encore à ce jour, Michel Auger raconte humblement son histoire, qui a frappé la province et qui a eu des échos de par le monde, comme on raconte une drôle d’anecdote à des copains.

« Je t’aime papa »

« Vingt ans ! Ç’a passé vite. Il y a des années où le jour même, je n’y pense même pas, avoue-t-il candidement. Mais vers 10 h 58, moment où j’ai appelé au 911, ma fille m’appelle toujours pour me dire qu’elle m’aime. »

Ce matin-là, en pleine guerre des motards, Michel Auger revenait de prendre un café avec un ami policier.

Une fois dans le stationnement du Journal, au 4545 Frontenac, il s’est penché au-dessus du coffre de sa Subaru brune pour y ramasser son ordinateur portable.

À cet instant, un individu qu’il entrevoit à peine fait irruption derrière lui.

Le tireur a appuyé sept fois sur la détente, l’atteignant à six reprises. Le scribe s’est alors affaissé dans le stationnement désert.

« Je savais que c’était grave. Mon idée, c’était d’appeler à l’aide, mais je n’ai jamais eu peur de mourir. Je n’ai pas vu la lumière au bout du tunnel », illustré-il en riant.

Alors que ses collègues de l’époque le croyaient à l’article de la mort, Michel Auger s’était même permis quelques blagues avec les secouristes, stupéfaits.

Deux jours après l’attaque, il avait tenu à rassurer ses collègues et lecteurs depuis son lit d’hôpital.
Photo d'archives
Deux jours après l’attaque, il avait tenu à rassurer ses collègues et lecteurs depuis son lit d’hôpital.

« L’histoire de Jacob Blake, le jeune homme noir qui est paralysé, car il s’est fait tirer dessus par un policier américain, me fait encore réaliser à quel point j’ai été chanceux. Je ne sens rien ! » souligne-t-il, en référence aux événements qui ont fait les manchettes, le mois dernier au Wisconsin.

Jamais accusé

Quant au tireur, un jeune sympathisant des Hells en quête d’un statut au sein de la bande, il a plus tard été identifié par les autorités, sans jamais être accusé pour son geste odieux, faute de preuves solides.

« Ça, ça ne me dérange pas. Un jour où l’autre, la main de Dieu va s’abattre sur eux. Quelque chose de mauvais va leur arriver », croit M. Auger, qui avait non sans crainte repris le travail, après deux mois de convalescence.

À l’époque, l’attaque dont il a été victime avait ébranlé la communauté journalistique, qui s’était ralliée derrière lui. Il était en quelque sorte devenu le symbole de la liberté de presse. Il est d’ailleurs encore souvent abordé sur la rue par des citoyens qui le reconnaissent.

La page frontispice du Journal au lendemain de la tentative de meurtre. On croyait alors que seulement cinq balles l’avaient atteint.
Photo d'archives
La page frontispice du Journal au lendemain de la tentative de meurtre. On croyait alors que seulement cinq balles l’avaient atteint.

Surveillé pendant des jours

« On savait que c’était à cause de mon travail. Le monde a pensé que c’était pour l’article de la veille. Mais les criminels me surveillaient de très près depuis quelques jours », relate l’ancien reporter-vedette.

Aujourd’hui retraité et « détaché » du crime organisé, M. Auger n’a que le regret de ne pas avoir continué plus longtemps, lui qui est revenu au boulot pendant six ans avant de ranger sa plume.

Il se console en voyant son petit-fils suivre ses traces dans le monde de l’information et en profitant de ses temps libres pour jouer au golf.


Michel Auger s’est notamment vu décerner le Prix de la libre expression en 2000. Il a également résumé sa carrière dans son autobiographie, L’attentat.