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La relance économique minée par les inquiétudes du secteur privé?

Plus de 70% des entreprises québécoises ont annulé ou réduit leurs investissements pour la prochaine année

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Déjà à la traîne avant la COVID-19, les investissements privés réalisés par les entreprises au cours de la prochaine année au Québec risquent d’être parmi les plus faibles de l’histoire de la province.  

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Pandémie

C’est en tout cas ce que suggère la plus récente étude de l’Institut du Québec (IDQ), qui sonne l’alarme et prévient que sans un redressement des investissements privés au Québec, la relance de son économie promet d’être bien plus ardue que prévu.

« Le constat est préoccupant, affirme le coauteur de l’étude et directeur associé de l’Institut, Jean-Guy Côté. On ne peut pas se fier qu’à l’État et à la reprise de la consommation pour redémarrer. Il faudrait aussi compter sur une croissance des investissements privés, ce qui ne risque pas d’arriver, selon nos observations. »

Constat préoccupant

De fait, selon un sondage mené par Léger à la demande de l’IDQ, 36 % des petites, moyennes et grandes entreprises de plus de dix employés au Québec remettent en question les projets d’investissement envisagés avant que ne frappe la pandémie. Si certains pensent réduire leurs investissements, d’autres les ont carrément annulés. 

La situation est d’autant plus préoccupante que ces nouvelles données s’ajoutent au fait qu’avant la pandémie, plus du tiers (35 %) des entreprises prévoyaient déjà ne faire aucun investissement en 2020. C’est donc au total près de 71 % des entreprises, soulignent les auteurs, qui n’entendent pas investir (43 %) au cours des douze prochains mois, ou qui ont choisi (28 %) de réduire leur niveau d’investissement prévu.

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Pénurie de travailleurs

Plusieurs facteurs économiques sont évoqués pour justifier ce renversement des intentions d’investissement. Les entrepreneurs mentionnent entre autres l’incertitude économique et la baisse de la demande. Les « barrières commerciales » constituent aussi, pour les exportateurs en particulier, un frein important à l’investissement.

Mais peu importe le secteur d’activité, la région ou la taille de l’entreprise, la rareté de la main-d’œuvre constitue pour la majorité des sondés le principal obstacle au maintien de leurs projets d’investissement pour 2020. 

Bon an, mal an, depuis 15 ans les entreprises du Québec investissent entre 25 et 30 milliards (G$) annuellement. Pendant cette période, le ratio entre les investissements en capital privé et les investissements publics a fondu de moitié. Aujourd’hui, pour chaque dollar investi par le public, 1,10 $ est investi par le privé. En 2006, l’apport du privé était de 2,06 $.

« La logique des dirigeants est très simple, illustre M. Côté. À quoi bon investir dans un agrandissement d’usine ou dans la modernisation de ses équipements si une fois terminée l’entreprise n’est même pas certaine de trouver suffisamment de travailleurs pour subvenir à ses besoins ? »

La R&D sacrifiée

Cela dit, si sept sociétés privées sur dix (plus de 70 %) remettent aujourd’hui en question leurs investissements dans leurs activités, il s’en trouve tout de même encore qui ont choisi de garder le cap. 

Ce serait le cas, selon Léger, de 28 % des entreprises sondées dans toutes les régions du Québec. Au total, 17 % prévoient maintenir les investissements envisagés avant que l’éclosion de la COVID-19 ne vienne brouiller les cartes de la majorité. Et 11 % annoncent même vouloir les augmenter.

Dans quel domaine ces investissements sont-ils prévus ? La formation de la main-d’œuvre remporte la palme à ce chapitre, mentionnée par 45 % des entreprises. 

Dans une moindre mesure, les investissements dans les technologies de l’information et les équipements de production (hors TIC) seront privilégiés. Les activités de recherches et développement (R&D) demeureront, quant à elles, le parent pauvre des investissements, recueillant la faveur de seulement 17 % des répondants.  

Une crise sanitaire qui laisse des séquelles graves     

  • 54 % des entreprises estiment que la crise de la COVID-19 a des effets négatifs sur leurs activités.   
  • 22 % des entreprises estiment au contraire que la COVID-19 aura eu des effets positifs sur leurs activités.   
  • 60 % des entreprises qui prévoyaient des investissements avant la COVID-19 ont revu leurs projets à la baisse.   
  • 43 % des entreprises du Québec ne prévoient pas réaliser d’investissement dans la prochaine année.    

Source : Institut du Québec