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L’ex-patron de l’UPAC forcé de sortir de son mutisme

Lafrenière dit qu’il a quitté car il n’avait plus l’énergie pour diriger l’organisation

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L’ancien numéro 1 de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) Robert Lafrenière est sorti d’un silence de près de deux ans hier pour clarifier son rôle dans le départ précipité de son ex-bras droit, en novembre 2017.

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Même s’il a donné quelques détails sur le départ de Marcel Forget, il est toutefois resté très discret sur les événements précédant sa propre démission, dont l’arrestation du député Guy Ouellette, en octobre 2017.

L’ex-patron de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière, dans le corridor du palais de justice de Montréal près de la salle d’audience où il a témoigné.
Photo Chantal Poirier
L’ex-patron de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière, dans le corridor du palais de justice de Montréal près de la salle d’audience où il a témoigné.

C’était la première fois depuis près de deux ans que Robert Lafrenière prenait la parole publiquement. 

Il avait donné une seule entrevue à La Presse après avoir annoncé sa démission le jour même de l’élection d’un gouvernement caquiste, le 1er octobre 2018.

Joyeux retraité

Durant son témoignage au palais de justice de Montréal, l’ex-grand patron de l’UPAC s’est décrit maintenant comme un « joyeux retraité ».

« Je l’ai expliqué, j’avais 65 ans, je travaillais depuis 46 ans, j’étais fatigué, honnêtement, j’avais décidé à l’été que je démissionnerais éventuellement [...] », a-t-il réitéré à sa sortie de la salle de cour, niant tout lien entre son départ et la politique.

« Je sentais que j’étais plus la personne, je n’avais plus l’énergie », a-t-il poursuivi.

Robert Lafrenière s’est montré très réticent à parler de Guy Ouellette, qui vient de publier un livre sur les problèmes à l’UPAC. 

« Pas de commentaires sur le livre de Guy Ouellette. Il y a des enquêtes en cours sur des chapitres », s’est-il borné à dire.

Premier Témoin

Marcel Forget
Photo d'archives
Marcel Forget

Robert Lafrenière était le premier témoin appelé à la barre hier au procès intenté par l’ancien commissaire adjoint de l’UPAC Marcel Forget contre le gouvernement du Québec.

M. Forget poursuit l’État québécois pour 2 millions $ pour congédiement illégal.

Ce dernier estime avoir été forcé de démissionner de ses fonctions de commissaire adjoint de l’UPAC en novembre 2017, alors qu’il n’avait personnellement aucune intention de quitter son emploi.

Officiellement, son départ à l’époque était lié à une série d’articles de notre Bureau d’enquête sur son rôle dans la vente d’actions d’une entreprise dans les années 1990, Newtech.

L’avocat de M. Forget, Me Daniel Rochefort, a toutefois laissé entendre à plus d’une reprise hier que le départ de Forget avait plutôt été motivé par des considérations politiques et qu’il n’avait pas eu le choix de s’en aller.

Pour sa part, Robert Lafrenière a soutenu qu’il n’avait jamais demandé à M. Forget de démissionner, même si plusieurs articles à son sujet étaient alors publiés. 

« Je trouvais ça assez préoccupant même si je n’étais pas inquiet », a-t-il dit à ce sujet. 

Il a décrit son ex-bras droit comme un cadre dont le rendement était supérieur à ce qui était attendu.

Rappelons que le départ de Marcel Forget est survenu le 30 novembre 2017, quelques semaines après l’arrestation du député libéral Guy Ouellette, le 25 octobre 2017. 

Ce dernier n’a encore jamais été accusé de quoi que ce soit. Cette arrestation avait créé une tempête politique.

Des textos embarassants pour Coiteux 

Martin Coiteux.
Ex-ministre
Photo Simon Clark
Martin Coiteux. Ex-ministre

Des échanges de messages textes entre des employés des cabinets de l’ex-premier ministre, Philippe Couillard, et du ministre de la Sécurité publique de l’époque, Martin Coiteux, démontreraient que le départ de l’ancien numéro 2 de l’Unité permanente anticorruption a été décidé en haut lieu.

C’est la thèse qu’ a soutenue hier l’avocat de Marcel Forget dans son procès contre l’État.

Me Daniel Rochefort a déposé en preuve hier des échanges de textos entre Johanne Boucher, directrice de cabinet adjointe au bureau du premier ministre, et Olivier Hébert, du cabinet du ministre Coiteux.

Pas trop vite pour larguer

Ces textos ont été échangés le matin de la démission de M. Forget, le 30 novembre 2017.

« Qu’André [Fortier] lui passe le message qu’on le largue de toute façon s’il ne quitte pas par lui-même », écrit M. Hébert dans un texto.

« Rien d’illégal et pas trop vite pour larguer, ton ministre pourrait se faire poursuivre ! » lui répond Mme Boucher.

« Faut l’amener à comprendre que c’est mieux pour lui », ajoute-t-elle. 

Cette dernière précise que M. Forget a déjà été informé par André Fortier, le secrétaire général aux emplois supérieurs de l’époque, que le ministre ne le protégerait pas lors d’un point de presse à venir dans la journée.

Plus tôt dans la journée, Robert Lafrenière avait confié avoir parlé à Marcel Forget le matin du 30 novembre et que ce dernier lui aurait dit avoir été forcé de choisir entre démissionner ou être congédié.  

  • Martin Coiteux doit être interrogé aujourd’hui dans ce procès.