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Enfants battus selon la «volonté de Dieu»

Leurs parents disaient que c’était pour leur bien

palais de justice de Longueuil
Photo Chantal Poirier Le pasteur Mario Monette et son épouse Carole Van Houtte ont plaidé coupables lundi d’avoir battu leurs huit enfants, sous prétexte qu’il s’agit d’une méthode éducative.

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Battus à répétition pendant un quart de siècle, les enfants d’un pasteur de la Rive-Sud affirment avoir été « conditionnés » à croire que ces châtiments cruels étaient normaux, sous prétexte que c’était la volonté de Dieu.

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« [À l’époque], je pensais que c’était pas si pire, que c’était la façon d’éduquer des enfants. Ils nous le martelaient, a soutenu Mélanie Monette. Tu refoules tes sentiments. On a réussi à te convaincre que c’est correct, car c’est Dieu qui te le demande. »

La femme de 47 ans témoignait mardi au palais de justice de Longueuil lors des observations sur la peine de ses parents, Mario Monette et Carole Van Houtte.

La veille, le couple a plaidé coupable à des accusations de voies de fait armées sur ses huit enfants, de séquestration et de menaces de mort ou de causer des lésions sous prétexte qu’il s’agissait d’une méthode éducative.

Micaêl Monette, un autre enfant du couple, a aussi témoigné quant aux sévices qu’il a subis, disant vivre dans un « climat [constant] de crainte » d’être battu.

« Corriger, c’est le terme qui a été employé afin de diluer le geste, a estimé l’homme de 39 ans. Le vrai mot qui décrit, c’est battre, tabasser. »

Sa sœur Mélanie réalise aujourd’hui qu’elle a été « brainwashée » par ses parents, qui disaient le faire « pour son bien ».

Carole Van Houtte a éclaté en sanglots en entendant sa fille critiquer son mari et lorsqu’elle a abordé certains événements qui ont mené à son départ avec fracas de l’Église, en 2017.

« Je pensais avoir une forme de relation [avec elle], mais en quittant l’Église, je deviens personne à ses yeux et je me fais texter par ma mère “tu choisis la part du diable”. [...] C’était sa façon de m’envoyer en enfer », a-t-elle raconté.

Peur de l’enfer

Car pour les enfants du couple, la peur de se retrouver en enfer était plus que réelle.

Désobéir à leur père revenait à désobéir à Dieu, puisqu’il était « un homme de Dieu ».

« Mon père met une emphase et joue dans notre tête sur le fait d’être sauvé, a-t-elle décrit. Quand tu n’es pas sauvée, tu vas brûler en enfer. »

De la même façon, Mario Monette exerçait un énorme contrôle sur ses fidèles. « Un moment donné, il y a un cheminement qui se fait, et là, c’est assez que ce soit le pasteur qui décide tout sur ta vie », a affirmé Mélanie Monette, ajoutant qu’il y avait de la pression exercée par son père pour que les gens fassent des dons importants.

« [Il] faut que l’Église soit la plus grosse dépense du mois, que l’offrande dépasse la dîme, qui est déjà 10 % du salaire brut. Si tu aimes Dieu, tu vas avoir le cœur à la bonne place et tu vas donner, illustre-t-elle. Si j’avais été vraiment libre, j’aurais moins donné. »


Le témoignage de Micaêl Monette se poursuit mercredi.