/news/currentevents
Navigation

Le tireur s’était fait épingler avec un fusil AK-47 en 2018

Il n’avait pas fini de purger sa peine quand il a fait feu sur des policiers, dimanche

Fusillade au Vieux-Port de Montréal
Photo Pierre-Paul Poulin Le Bureau des enquêtes indépendantes, assisté par la Sûreté du Québec, a étudié, dimanche, la scène près des Terrasses Bonsecours du Vieux-Port de Montréal où Adam Pichette aurait tiré à quatre reprises vers les policiers, qui ont riposté.

Coup d'oeil sur cet article

Le suspect à l’origine d’un échange d’une trentaine de coups de feu avec des policiers dans le Vieux-Port de Montréal, en fin de semaine, écoulait, en toute liberté, les derniers mois d’une peine de prison pour possession d’un fusil d’assaut AK-47.

• À lire aussi: Carnage évité de peu dans le Vieux-Port: chanceux qu’il n’y ait pas de mort

• À lire aussi: Crimes violents : la surveillance policière augmentera à Montréal

« Je ne voulais faire de mal à personne. C’est poche. Je voulais changer de vie », prétendait Adam Pichette en cour, le 12 novembre 2019, juste avant sa condamnation pour avoir illégalement eu cette arme prohibée que la police a trouvée 13 mois plus tôt dans une garde-robe de son logement du secteur Pierrefonds.

  • Écoutez l'entrevue d'un ancien commissaire à la commission des libérations conditionnelles avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

L’homme de 33 ans, un multirécidiviste en matière de crimes avec armes et violence, mais abonné à la clémence des tribunaux, avait alors écopé de 11 mois de prison additionnels à sa détention provisoire. 

Il a obtenu sa libération conditionnelle plus tôt cette année.

Selon nos sources, les forces de l’ordre soupçonnent Adam Pichette de tremper dans le proxénétisme, bien qu’il n’ait pas été traduit devant la justice pour un tel crime. 

Réputé pour être violent

Ce truand traîne la réputation d’être « très violent » et entretiendrait des liens d’affaires avec des gangs de rue.  

« On ne sait pas pourquoi il avait ça en sa possession, mais ce n’était clairement pas pour la chasse au petit gibier », plaidait la procureure de la poursuite, Cynthia Gyenizse, en parlant du AK-47 de Pichette le jour où il a reçu sa peine.

Ce dernier jurait n’avoir « jamais tiré » avec l’arme semi-automatique chargée de 24 projectiles et dont le numéro de série avait été limé.

En pleine nuit de dimanche, c’est plutôt un revolver Smith & Wesson de calibre .38 qu’il a dégainé en direction de trois patrouilleurs à vélo du SPVM appelés sur les lieux d’une altercation, et avisés qu’un des belligérants était armé.

Quatre coups de feu

Pichette a atteint le policier Simon Dupuis au mollet avec l’un des quatre projectiles qu’il aurait tirés, selon nos informations. Le suspect a aussi été touché à quatre reprises durant cette fusillade où plus de 30 balles ont filé de part et d’autre.

Toujours hospitalisé hier après-midi, « il semble être hors de danger », selon son avocat, Me Serge Lamontagne.

Deux clients et une employée du bar Terrasses Bonsecours, situé près du quai de l’Horloge et où l’altercation a débuté, ont aussi été blessés, mais on ne craint pas pour leur vie.

Un des patrouilleurs s’est même lancé à l’eau pour échapper aux tirs. C’est la première fois depuis 2013 qu’un policier du SPVM est blessé par balle en devoir. 

Adam Pichette pourrait être accusé de tentative de meurtre et d’avoir déchargé une arme à feu qu’il possédait illégalement, une infraction passible d’un minimum de cinq ans d’incarcération.

– Avec la collaboration de Maxime Deland, Agence QMI

Cette fusillade était la plus grave en dix ans à Montréal. Le 18 mars 2010, dans le Vieux-Montréal, trois hommes ont tiré une soixantaine de balles dans la boutique de vêtements du défunt chef de gang Ducarme Joseph, faisant deux morts et deux blessés graves. 

Montréal est « à la croisée des chemins »  

« Le phénomène de la culture des armes à feu, qui sévit à Toronto depuis plusieurs années, est maintenant aux portes de Montréal. Nous sommes à la croisée des chemins. »

C’est le constat que le juge Dennis Galiatsatos, de la Cour du Québec, tirait il y a quelques mois lorsqu’il a condamné un Montréalais trouvé coupable de possession illégale d’une arme semi-automatique à une peine deux fois plus sévère que celle suggérée par les procureurs au dossier.

Nicholas Baptiste, résident de l’arrondissement LaSalle, a écopé de 32 mois de pénitencier, le 12 mai, pour s’être fait prendre avec un fusil SKS de calibre 7.62 muni d’un chargeur de 30 balles.

Le juge en profitait pour interpeller les pouvoirs publics concernés par ce fléau. Sa mise en garde est toujours pertinente. (voir texte ci-contre)

Éviter le sort de Toronto

« Montréal ne devrait pas subir le même sort que sa ville-sœur Toronto. Il reste du temps pour agir », a-t-il observé en déplorant que la métropole soit « assaillie par une recrudescence des crimes par armes à feu » qui surviennent presque chaque semaine depuis un an.

« La situation se dégrade et appelle à des actions fermes et sans équivoque des tribunaux afin d’aplanir la courbe de la prolifération des ces crimes », a tranché le juge Galiatsatos, en rappelant que les gouvernements et dirigeants municipaux ont, eux aussi, « leur rôle à jouer ».

Mairesse préoccupée

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a réagi hier en se disant « préoccupée » et en assurant que la situation est prise «très au sérieux ».

« C’est inacceptable », a-t-elle répété durant une mêlée de presse portant sur les récents épisodes de violence avec armes à feu dans la métropole.

Elle a plaidé que des effectifs supplémentaires seront déployés à court terme pour accroître la présence policière dans le Vieux-Montréal, ainsi que dans le secteur Pointe-aux-Trembles où des coups de feu ont été tirés sur un immeuble résidentiel durant la nuit de lundi.

« On veut rassurer la province. On a besoin de voir la présence de policiers », a insisté la mairesse.

- Avec l’Agence QMI