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Les médias répètent-ils les mêmes erreurs qu’en 2016?

Le président américain, Donald Trump
Photo AFP Le président américain, Donald Trump

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On vous le répète depuis quelques jours: nous sommes dans le dernier sprint de la campagne présidentielle. Les yeux rivés sur les sondages, plusieurs observateurs, encore marqués par la victoire surprise de 2016, hésitent à se commettre.

Joe Biden jouit d’une avance stable sur le plan national, et l’écart qui le sépare de Donald Trump, dans quelques États clés, va au-delà de la marge d’erreur. Alors, pourquoi ne pas s’aventurer à prédire une victoire du démocrate? Tout comme en 2016. on craint que les partisans du président soient sous-représentés dans les échantillons des sondeurs et – ce qui n’est pas négligeable – on craint que la couverture médiatique nous induise en erreur.

Dans un texte publié sur The Atlantic, James Fallows craint que les médias ne se soient jamais ajustés au phénomène Trump. Ce président ne ressemble à aucun autre dans l’histoire des États-Unis et il utilise mieux que personne les travers des médias pour servir sa cause.

Malgré des biais apparents, presque tous les médias sont soucieux de permettre aux deux camps de s’exprimer. On accorde un temps d’antenne ou un nombre d’articles comparable à Joe Biden et Donald Trump. Ce dernier exploite bien cette situation.

S’il est vrai qu’on souhaite parvenir à un équilibre, le piège, pour les médias, consiste à accorder autant d’importance aux mensonges du président qu’aux nouvelles ou aux annonces dignes de ce nom. Depuis plus de trois ans maintenant, c’est le jour de la marmotte. Donald Trump gazouille ou ânonne des inepties ou des théories du complot et tout le monde médiatique s’emballe. 

La tentation est forte (j’en sais quelque chose) de rapporter toutes les remarques inacceptables de ce président, mais, ce faisant, les journalistes américains contribuent à la promotion de ce candidat et gaspillent des ressources considérables qu’on pourrait investir dans du journalisme d’enquête. Un journalisme qui permettrait de débusquer les véritables desseins de cette administration. Étourdis par la grossièreté du propos et le monde parallèle dans lequel semble évoluer Donald Trump, on se rend coupables de négligence.

Considérer et étudier les tentatives de diversion du président donne parfois aux journalistes une impression d’objectivité. Présenter un démenti fantaisiste de Donald Trump sur le même pied qu’un fait vérifiable est malsain. Lorsque l’actuel locataire de la Maison-Blanche claironne des fadaises, il faut les traiter pour ce qu’elles sont et non comme une réponse valable ou une réelle option.

Parce que Donald Trump est généralement associé à la droite aux États-Unis, toutes les critiques formulées à son endroit sont souvent associées à cette option. Combien de fois ai-je lu, dans les commentaires de ses partisans, que je devais forcément être de gauche puisque j’osais exposer sur mon blogue l’absence de logique de son argumentaire? 

Une fausseté n’est pas de gauche ou de droite, elle n’est que ça: une fausseté. J’ai beau faire un effort, personne, chez les démocrates ou sur la gauche, ne véhicule autant d’incohérences ou d’énormités que l’actuel président. Je peux évoquer l’influence du mouvement «woke», l’emprise d’une gauche radicale sur le Parti démocrate ou les gestes violents de manifestants liés à antifa, nous sommes encore loin du compte en comparant cela à la bêtise abyssale des allégations de Donald Trump. Il y a des limites à nier la réalité...

Le président connaît bien le fonctionnement des médias et il compte sur cette complicité indirecte pour dominer tous les cycles d’information. Les journalistes continueront-ils à faire son jeu? La stratégie demeurera-t-elle efficace?

Pour l’instant Donald Trump ne modifie pas son approche et les médias reproduisent leur comportement de la dernière élection. Le président est omniprésent et n’importe qu’elle déclaration farfelue est considérée comme une nouvelle. Même sa plus récente, suivant laquelle la Californie se sortira des incendies qui ravagent l’État parce que le climat se refroidira éventuellement.

Un élément, à mon avis, peut changer la donne, même si les médias ne corrigent pas le tir: la fatigue des électeurs. Le noyau dur du président le suivra aveuglément jusqu’à la fin, mais il est fort probable qu’un nombre considérable d’Américains ressentent une grande lassitude face à la répétition du scénario.

Pour ma part, j’aimerais me concentrer un peu plus sur les enjeux de fond et sur les plateformes républicaine et démocrate. Malheureusement, le programme républicain vient au second rang derrière le personnage controversé. On est pour ou contre Trump, mais on appuie quelles idées? Tout miser sur la seule personne de Trump détourne aussi les stratèges et les journalistes d’une autre tâche importante: exposer les divisions démocrates et les lacunes de certaines options de Biden.