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Que faire avec les antimasques?

GEN - MANIFESTATION DES ANTIMASQUES
Photo Martin alarie Au Québec, des antimasques poussent même l’enveloppe jusqu’à faire flotter le drapeau des patriotes de 1837-38.

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On fait quoi avec les manifs antimasques ? À l’aube d’une deuxième vague de COVID-19, pour des raisons de santé publique, la question se pose urgemment.

Des gens s’y agglutinent par milliers, sans masque ou distanciation. Malgré la forte contagiosité du virus, on s’y fait même des câlins.

Résultat : une fois les participants retournés dans leurs familles, boulots ou écoles, ils deviennent des vecteurs potentiels de propagation du virus dans la communauté.

À travers l’Occident, ce mouvement gagne des adeptes. Les gouvernements y sont confrontés. En Australie, ces manifs ont été déclarées illégales. Au Québec, le premier ministre François Legault refuse de sévir.

Sa crainte semble être que toute sanction alimenterait encore plus le sentiment de persécution des antimasques. Comment trancher ? Commençons par poser le bon diagnostic.

Ce mouvement – car mouvement il y a –, on le réduit souvent à un ramassis d’égoïstes peu éduqués. Ce qu’ils sont en partie. Élargissons néanmoins la perspective.

Fanatisme

La réalité est qu’on y trouve surtout des trumpistes, des complotistes – incluant ceux de la mouvance d’extrême droite QAnon –, des antivaccins, etc. Pour eux, la pandémie est elle-même un « complot ».

Lequel servirait de prétexte aux « élites » d’États « dictatoriaux » pour mieux « contrôler » leurs citoyens par l’imposition d’une brochette de consignes sanitaires « répressives », comme le masque.

Bref, on transcende de beaucoup le simple « nombrilisme » pour basculer dans un fanatisme organisé, capable en plus de recruter ses disciples sur les médias sociaux.

Or, il est impossible de « dialoguer » avec le fanatisme. Parce qu’il repose sur des croyances de nature proprement religieuse, c’est peine perdue.

Dans ce mouvement, le « dieu » est Donald Trump. Le « diable » se trouve dans la science, les médias – les « ennemis du peuple », selon Trump –, et les élites d’une « gauche radicale » fantasmée.

Parce qu’ils forment un mouvement, les antimasques ne se contentent pas de réclamer la liberté individuelle de chacun. Leur appel vise la société tout entière. Ils l’implorent de « se réveiller » avant que la « dictature » ne gagne la partie.

Du fanatisme au faux patriotisme

Ce sont des « missionnaires » anti-élites. Des maquisards complotistes. Des prosélytes trumpistes.

Dans l’incident du Tim Hortons où des policiers arrêtaient un antimasque refusant de sortir, sa conjointe, occupée à filmer le tout pour mieux montrer la « répression » ambiante, criait aux autres clients : « Réveillez-vous ! »

Tous pays confondus, c’est parce qu’ils parlent à leur société, et non seulement entre eux, que les antimasques, en plus de faire flotter des effigies de Trump, portent leur drapeau national comme étendard.

C’est leur « patrie », qu’ils veulent sauver des élites « corrompues ». On le voit aussi au Québec. Des antimasques poussant même l’enveloppe jusqu’à porter le drapeau des patriotes de 1837-38.

Dans un tel contexte, comment dialoguer, convaincre ou raisonner ? Le gouvernement Legault devra donc sévir un jour ou l’autre.

En démocratie, manifester est un droit fondamental. Mettre en danger la santé des autres en pleine pandémie, quelle qu’en soit la raison, ne l’est pas.

C’est pourquoi, sans interdire ces manifs, le gouvernement pourrait imposer le port du masque dans les rassemblements extérieurs. La police pourrait enfin agir si nécessaire.

Entre un fanatisme prosélyte et la santé publique, le choix est clair.