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Concours de circonstances

L’Omnium des États-Unis débute jeudi matin à Winged Foot, en banlieue de New York

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Photo AFP Vue du neuvième trou du terrain Winged Foot à New York.

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Il s’en est fallu de peu pour que l’Omnium des États-Unis ne déménage sur la côte ouest américaine. Dans tous les rebondissements sportifs de cette pandémie, l’Association américaine de golf (USGA) s’apprêtait à disputer le tournoi à Los Angeles, en décembre.

Dans le branle-bas de combat des annulations de tournois en mars et en avril, la USGA avait établi son plan B. Si elle ne pouvait tenir l’édition 2020 de son prestigieux tournoi au club de golf de Mamaroneck dans l’État de New York, à 50 kilomètres des gratte-ciel de Manhattan en juin, elle le déplaçait sur le parcours nord du Country club de Los Angeles. La plage horaire visée en était une en décembre... 

Ce n’est que lorsque le Royal and Ancient (R&A), organisme de gouvernance du golf britannique, a décidé au début d’avril d’annuler son Open que la USGA a vite saisi la balle au rebond. Une case de septembre était ainsi ouverte. 

« Nous l’avons su la veille de l’annonce du calendrier, a expliqué le grand manitou de la USGA, Mike Davis, en conférence de presse mercredi. En mars, nous doutions de présenter ce tournoi. Quand on réfléchit à la magnitude de cette pandémie et à l’épicentre américain qui n’était vraiment pas loin d’ici, c’était difficile d’organiser le tournoi. » 

En effet, car au printemps, on se souvient que la banlieue nord de la région métropolitaine de New York était très durement touchée. Personne ne pouvait converger vers Winged Foot. Les travaux sur le parcours étaient à l’arrêt. 

Sans spectateurs

« Quand cette plage horaire de septembre est apparue dans le scénario, Mike et moi allions tout faire pour présenter le tournoi à Winged Foot, a raconté le directeur des championnats de la USGA, John Bodenhamer. Nous voulions des environnements sécuritaires pour tous. Nous voulions couronner le plus de champions possible à travers tous nos tournois et nous souhaitions rester à Winged Foot pour le US Open. »

Ce n’est qu’à la fin juillet, alors que le circuit de la PGA s’était remis en marche depuis la mi-juin sans spectateurs, que la USGA s’est rendue à l’évidence. Elle ne pouvait présenter son tournoi phare devant des gradins bondés. Elle a ainsi emboîté le pas au Championnat de la PGA d’Amérique en décidant de le présenter à huis clos. 

Une décision prise dans l’intérêt de la santé qui aura des conséquences directes sur sa trésorerie. Car la USGA tire 75 % de ses revenus annuels durant la semaine de l’Omnium des États-Unis.

« Nous sommes un organisme à but non lucratif. Nous utilisons les revenus du US Open pour les investir dans nos championnats, dans la gouvernance du sport et dans divers programmes », a indiqué Davis. 

« Nous investissons aussi dans la recherche, l’agronomie, l’environnement, a enchaîné le patron. Nous injectons environ 225 M$ dans notre sport par année. La majorité de cet argent provient des recettes de l’Omnium américain. » 

Tout de même solide

Les impacts de l’édition 2020 seront majeurs. Même si une grande part des revenus provient des droits de diffusion et des droits numériques tant domestiques qu’internationaux, Davis a aussi mentionné que l’Association génère des millions de dollars aux guichets, avec les forfaits corporatifs des loges et la vente de marchandises. 

« Nous n’encaisserons pas ces profits cette année. Nos revenus seront à la baisse, mais nous demeurons solides financièrement », a assuré Davis alors que l’on connaît l’association richissime. 

Son grand objectif est atteint. Il couronnera un champion dimanche dans le comté le plus durement touché par la pandémie. 

Sans égal

Un US Open sans l’enthousiasme et les réactions de la foule sera étrange, d’autant plus que les spectateurs new-yorkais sont reconnus pour leur fougue, leur passion et leur caractère tranchant. 

Après avoir goûté à l’expérience d’un huis clos au Championnat de la PGA à Harding Park en août, Justin Thomas a notamment laissé savoir que l’atmosphère ne ressemble en rien à un tournoi majeur. 

« Rien n’y approche à un majeur. C’est dommage, car nous jouons sur de fantastiques terrains. Ce qui fait la particularité d’un championnat à New York, ce sont les fans passionnés. Cela crée un impact, surtout sur le neuf de retour en ronde finale. C’est le jour et la nuit. »

120e Omnium des États-Unis 

  • Parcours : Winged Foot (West Course)  
  • Architectes : A.W. Tillinghast (1923) et rénové par Gil Hanse (2015)  
  • Champion en titre : Gary Woodland    
  • 12,5 M$ : Bourse totale  
  • 7 477 verges  
  • 70 | Normale   

  • Championnat avec le moins de rondes sous la normale depuis 1945 : 2 scores en 1951 à Oakland Hills   
  • Nombre de rondes sous la normale à Winged Foot en 2006 : 12, dont 4 en ronde finale  
  • Golfeur canadien ayant réussi le plus d’oiselets consécutifs : Adam Hadwin en 2017 à Erin Hills. À égalité au 1er rang de l’histoire  
  • Meilleur score cumulatif à Winged Foot : 276 coups (-4) par Fuzzy Zoeller en 1984   
  • Nombre de golfeurs inscrits qui ont participé à l’Omnium 2006 : 15. Neuf avaient résisté au couperet     

8 h 07  

  • Rory McIlroy  
  • Adam Scott  
  • Justin Rose     

13 h 16  

  • Dustin Johnson  
  • B. DeChambeau  
  • Tony Finau    

57,1 % | Pourcentage des coups de départ dans l’allée du vainqueur Geoff Ogilvy en 2006 à Winged Foot. Rendement bon pour le 21e rang. Sur un parcours si difficile bordé par l’herbe très longue, les coups de départ précis sont primordiaux. 

Pour la première fois de l’histoire, aucun golfeur n’est issu des qualifications. Les étapes ont été annulées en raison de la pandémie.

Arsenal complet requis   

On connaît l’ADN de l’Omnium américain, qui prône la précision des coups de départ, le contrôle de son jeu de fers et la perfection tant autour que sur les verts rapides. À Winged Foot, un arsenal complet est requis, sans quoi la catastrophe guette à tout moment. 

Souvent critiquée pour la configuration de ses parcours dans le passé, l’Association américaine de golf (USGA) n’a pas eu à convertir le parcours en un monstre incontrôlable. La beauté de l’endroit, une œuvre de A.W. Tillinghast, c’est qu’il est redoutable en tout temps. Dans sa nature même, il propose l’un des plus difficiles tests de golf au monde. 

Total inconfort

Ceux qui aiment voir les pros souffrir seront servis à souhait. Plus un coup sera raté et errant, plus il sera pénalisant.

La chasse aux oiselets sera complexe avec de l’herbe longue fournie de 3,5 à 5 pouces et des verts escarpés affichant une vitesse de 13 sur le stimpmeter. En 2006, le vainqueur avait terminé avec une fiche cumulative de +5. 

Le parcours ouest de Winged Foot est tout sauf confortable même s’il se déploie sous les yeux des golfeurs. 

« Cet endroit teste chaque petit aspect de notre jeu. Tout est difficile », a souligné Rory McIlroy, champion de l’édition 2011. 

Sur les verts, qui ont retrouvé près de 24 % de leur superficie dans les rénovations de 2015, les golfeurs devront se montrer créatifs pour approcher les fanions. 

« Les téléspectateurs verront des choses bizarres. Plusieurs roulés et approches coupées nous ridiculiserons, a témoigné Justin Thomas. Si les gens aiment ça, ils auront du plaisir cette semaine. »

Miss Winged Foot

Pour respecter l’esprit du parcours, la USGA a limité ses modifications. « Nous n’avons pas touché les allées déjà étroites. C’est difficile, mais c’est ce que les membres jouent ici. Les verts sont difficiles et les fosses sont profondes. Les trous coudés sont nombreux, a indiqué le directeur des championnats américains, John Bodenhamer. 

Celui-ci a d’ailleurs raconté une histoire datant de 1929, quand l’architecte Tillinghast avait répondu à une question à l’approche du premier omnium sur ce parcours. On lui demandait alors s’il le rendrait plus difficile.

« Nous ne n’habillerons pas Miss Winged Foot d’une manière différente. Elle ne portera pas des vêtements griffés, des bijoux. Elle sera dans une robe simple, sans dentelle. Nous la nettoierons pour la fête, ce sera suffisant », avait-il répliqué avec cette image forte.

Les gros canons à surveiller n’ont qu’à bien se tenir et faire la cour avec délicatesse à la dame bientôt âgée de 100 ans.


 DUSTIN JOHNSON

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Photo AFP
  • 36 ans | États-Unis 
  • Rang mondial : 1er 
  • Présences à l’Omnium : 13e 
  • Meilleur résultat : Champion 2016 
  • Précision coups de départ en 2020 : 59,07 % 
  • Taux de sauvetage depuis l’herbe longue près du vert : 61,17 %  

JON RAHM

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Photo AFP
  • 25 ans | Espagne 
  • Rang mondial : 2e 
  • Présences à l’Omnium : 5e 
  • Meilleur résultat : 5e en 2019 
  • Verts atteints en coups réguliers : 70,3 %  
  • Verts de 3 roulés en 2020 : 1,53 %   

XANDER SCHAUFFELE

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Photo d'archives, AFP
  • 26 ans | États-Unis 
  • Rang mondial : 7e 
  • Présences à l’Omnium : 4e  
  • Meilleur résultat : 3e en 2019 
  • Sauvetage grâce au jeu court autour des verts : 66,49 % 
  • Moy. coups sur normale 4 : 3,94  

WEBB SIMPSON

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Photo AFP
  • 35 ans | États-Unis 
  • Rang mondial : 6e 
  • Présences à l’Omnium : 10e 
  • Meilleur résultat : Champion 2012 
  • Moy. des approches au fanion depuis 200-225 verges : 36,5 pieds du fanion 
  • Moy. de roulés par ronde : 28,2   

Dans le calepin...     

  • Selon Tiger Woods, Winged Foot et Oakmont sont les parcours les plus difficiles qu’il a tenté de maîtriser sans succès. En plus de mener le classement mondial et d’avoir récemment remporté la coupe FedEx, Dustin Johnson a remporté l’Omnium à Oakmont en 2016.
  • Bryson DeChambeau n’entend pas changer sa stratégie en utilisant sa puissance herculéenne. On l’a vu utiliser des lignes inusitées depuis les tertres. Mais il devra surtout mettre la balle sur le « petit gazon mince » pour figurer au tableau principal. Bien que l’Américain ait terminé en tête du circuit de la PGA dans la colonne de la distance de ses coups de départ avec une moyenne de 322,1 verges, il a pris le 140e rang au chapitre de la précision des coups dans l’allée, à 57,3 %. Rares sont les gagnants du US Open qui ont souvent erré depuis les tertres.
  • Heureux papa de la petite Poppy Kennedy, née tout juste avant le Championnat du circuit de la PGA à East Lake il y a deux semaines, Rory McIlroy s’est pointé comblé à Mamaroneck. Ses deux amours sont restées en Floride, alors qu’il a troqué les couches pour ses bâtons. « J’ai changé les deux premières couches, donc j’en suis fier, a-t-il lâché avec humour. Je me suis sali les mains, disons-le ainsi. »
  • Webb Simpson (1er), Jon Rahm (2e) et Xander Schauffelle (4e) trouvent très souvent le moyen d’éviter les bogueys. À ce titre, Simpson a mené le circuit de la PGA en 2020 alors qu’il a commis 11,22 % de bogueys à ses 936 trous. S’il réussit à faire pareil à Winged Foot, un endroit où les gros pointages guettent à tout moment, on le verra dans le haut du tableau principal. 
  • Quatre Canadiens figurent parmi les 144 golfeurs participant à l’Omnium américain : Adam Hadwin, Corey Conners, Mackenzie Hughes et l’étoile montante évoluant sur le circuit Korn Ferry, Taylor Pendrith. Ce dernier avait d’ailleurs remporté l’étape montréalaise du circuit canadien MacKenzie l’an dernier, à Elm Ridge. 
  • Parmi toutes les difficultés de Winged Foot, la normale 3 de 243 verges du 13e fanion est un défi. Le contrôle de la distance est primordial afin de placer la balle sous la coupe sur un vert incliné vers l’avant. Certains golfeurs pourraient utiliser la stratégie de Billy Casper. Pour gagner en 1959, il avait placé sa balle à court de l’objectif, placé à 217 verges, afin de réaliser une meilleure approche et sauver la normale lors des quatre rondes.