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La Caisse récupère discrètement les factures de la cimenterie

Cela pourrait signifier que McInnis avait besoin de liquidités, selon des experts

Cimenterie McInnis
Photo courtoisie La Caisse de dépôt et placement est l’actionnaire de contrôle de la cimenterie McInnis. Elle est située à Port-Daniel-Gascons, une municipalité gaspésienne.

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La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a discrètement récupéré cet été les créances des clients de Ciment McInnis, une transaction vraisemblablement conclue pour injecter de l’argent frais dans la cimenterie gaspésienne.

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Un document public montre que la CDPQ a mis la main sur « tous les comptes débiteurs présents et futurs découlant d’un contrat » conclu par Ciment McInnis.

Cette « cession d’une universalité de créances » s’est opérée le 23 juillet dernier. Le document déposé au Registre des droits personnels et réels mobiliers ne mentionne pas si la CDPQ a versé une contrepartie pour récupérer les comptes encore à payer par les clients de la cimenterie.

LIQUIDITÉS

Trois experts en gestion d’entreprises ont expliqué, sans commenter directement la transaction, que la cession de créances, aussi appelée affacturage, est une opération relativement courante.

« C’est une solution pour trouver du cash rapidement », a dit Michel Nadeau, consultant en gouvernance et ex-premier vice-président de la CDPQ.

Professeur au Département de management de l’Université Laval, Yan Cimon croit que le recours à l’affacturage peut être plus fréquent avec la pandémie. 

« Ça veut peut-être dire que pour passer à travers la tempête, on veut le bon niveau de liquidités », a-t-il expliqué.

Un autre expert, qui a préféré garder l’anonymat, a toutefois expliqué que cette opération permet également d’améliorer le bilan d’une entreprise.

« Ça peut être utile si, pour une raison x ou y, vous essayez de vous présenter sous le meilleur jour possible », a-t-il dit.

Un porte-parole de la Caisse de dépôt, Serge Vallières, a refusé de commenter la transaction. Selon M. Vallières, cette cession de créances ne peut pas être reliée à un éventuel processus de vente de la cimenterie.

« Cela n’a absolument rien à voir », a-t-il répondu par courriel.

Fin août, notre Bureau d’enquête a révélé qu’une entreprise brésilienne, Votorantim Cimentos, avait entamé des pourparlers formels en vue de faire l’acquisition de Ciment McInnis. Actionnaire de contrôle de la cimenterie, la CDPQ a refusé de confirmer les discussions. 

En 2014, Votorantim a été condamnée à payer une amende de 700 millions de dollars pour son implication dans un cartel de ciment, ce que l’entreprise conteste toujours.

LEGAULT ÉVALUERA

La semaine dernière, le premier ministre François Legault a affirmé que Votorantim n’a encore déposé aucune offre pour Ciment McInnis. 

« On va attendre de voir s’il y a une offre qui est déposée par cette entreprise-là, puis après on évaluera la situation, si c’est acceptable comme acheteur », a-t-il dit.

Soutenue financièrement par le gouvernement de Pauline Marois, la construction de la cimenterie a connu d’importants dépassements de coûts de 450 millions de dollars, pour un total de 1,6 milliard de dollars. 

RÉINJECTIONS

Au moins deux réinjections de fonds ont été nécessaires de la part des investisseurs. 

L’usine, située dans la Baie-des-Chaleurs, n’a toujours pas atteint sa capacité de production de 2,2 millions de tonnes par année.