/misc
Navigation

Trump, trop prévisible?

US-PRESIDENT-TRUMP-DEPARTS-WHITE-HOUSE-FOR-PHILADELPHIA
Photo AFP

Coup d'oeil sur cet article

Il ne faut pas se faire d’illusion, la levée des tarifs américains sur l’aluminium canadien n’enterre pas la hache de guerre entre les deux pays.

De toute façon, il n’existe jamais de garanties avec l’administration Trump. 

Officiellement, tout le monde se réjouit que les États-Unis aient décidé de ne plus imposer de surtaxe de 10 % sur notre aluminium, qui est fabriqué essentiellement au Québec. 

« L’industrie canadienne de l’aluminium est heureuse de retrouver son entrée sans droits de douane sur le marché américain », a réagi un porte-parole de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard.

La volte-face américaine est survenue, hier, quelques heures avant qu’Ottawa annonce des mesures de représailles totalisant 3,6 milliards de dollars.

Œil pour œil, dent pour dent...

Pas tout à fait. 

Le Canada ne récupérera pas tout l’argent des surtaxes imposées par son voisin depuis le 16 août, car les tarifs sont annulés rétroactivement au 1er septembre seulement.

Combien d’argent l’industrie canadienne a-t-elle perdu ?

La ministre des Finances, Chrystia Freeland, a été incapable de dire à combien s’élève le manque à gagner, hier. 

Trêve ? 

L’industrie de l’aluminium n’est pas une mince affaire au Québec. Elle emploie directement plus de 7500 personnes, en bonne partie dans les régions.

L’annonce d’hier ressemble davantage à une trêve qu’à un accord de paix. 

Donald Trump avait justifié l’imposition de droits de douane par l’augmentation importante des exportations d’aluminium canadien au début de l’année. 

Comme prévu, ces exportations ont diminué au cours des derniers mois, menant au changement de cap américain. 

Or, la Maison-Blanche se réserve le droit de réimposer des surtaxes si les exportations canadiennes venaient à repartir à la hausse. 

Les Américains nous imposent donc, en gros, une forme de quotas que ne reconnaît pas Ottawa.

L’enjeu, donc, est loin d’être réglé. 

Calcul politique

Le recul américain est néanmoins une bonne nouvelle.

Mais pourquoi donc Donald Trump nous a-t-il fait cette fleur ?

Krzysztof Pelc, professeur spécialiste en commerce international à l’Université McGill, propose cette réponse : « Annoncer des mesures protectionnistes plaît à la base électorale du président américain, qui ne porte peut-être pas bien attention quand celles-ci ne sont finalement pas imposées. » 

Cynique, mais redoutablement lucide. 

Donald Trump avait annoncé ces tarifs, début août, dans une usine de Whirlpool, dans l’État clé de l’Ohio.  

La nouvelle avait fait grand bruit aux États-Unis. 

Hier, l’abandon de la surtaxe a été à peu près ignoré par les médias américains, qui ont d’autres chats à fouetter, à quelques semaines d’une élection présidentielle historique. 

M. Pelc a aussi une autre théorie pour expliquer le recul de M. Trump. 

« Son administration a l’habitude de faire planer des menaces en espérant en retirer des concessions, pour finalement retirer ces menaces quand elles n’ont pas l’effet escompté », analyse-t-il. 

« Le problème, c’est que les partenaires commerciaux des États-Unis se sont adaptés à cette tendance en se cantonnant dans leurs positions. »

À force de s’agiter, on ne produit que du vent.