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Guilbeault et le gâchis d’Ottawa

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Quelles que soient les fonctions que le premier ministre Justin Trudeau pouvait lui confier, Steven Guilbeault n’était pas destiné à avoir la vie facile.

Même si les questions d’environnement sont infiniment complexes et semblent parfois inextricables, l’ancien militant aurait été beaucoup plus à l’aise pour en débattre qu’il ne l’est avec la radiodiffusion et les télécommunications.

Le ministre Steven Guilbeault s’est prêté, hier après-midi, à une conversation virtuelle avec des représentants de l’industrie audiovisuelle de tout le pays. Les problèmes qu’on a étalés devant lui allaient d’une assurance de production contre les risques de la COVID-19 aux moyens d’augmenter le nombre de nos propriétés intellectuelles en passant par une meilleure représentation des minorités dans les conseils d’administration de nos institutions culturelles.

ENCORE PLUS D’ARGENT

Si les participants ont fait une nomenclature assez exhaustive des problèmes qui confrontent leur industrie, ils n’ont guère éclairé le ministre sur les solutions possibles. À l’exception de Jenny Thibault, directrice générale de l’Association des producteurs numériques, qui a suggéré que Patrimoine Canada favorise la coopération transversale plutôt que le travail en silo, on a surtout réclamé plus d’argent, beaucoup plus d’argent.

Évidemment, le ministre a fait état du demi-milliard octroyé depuis la pandémie en plus des milliards déjà consentis pour la culture et les sports. Sans mentionner d’où viendrait l’argent, même si on imagine qu’il pensait aux géants du numérique, Guilbeault estime qu’il doit trouver quelques centaines de millions de plus par année pour compenser le manque à gagner dont les géants du net sont responsables. « Nous devons aller chercher l’argent où il est ! » a-t-il déclaré avec conviction, sans donner plus de précisions.

Une fois de plus, le ministre a promis que son gouvernement respecterait son engagement électoral d’augmenter le budget de Téléfilm. Le fera-t-il au moment de l’énoncé économique prévu à la rentrée parlementaire ou lors du prochain budget ? Rien n’est décidé encore, mais le projet de loi donnant suite aux recommandations du rapport Yale serait déposé à la prochaine session.

DEPUIS OCTOBRE 2013 

La plupart des tournages d’importance sont toujours à l’arrêt, les producteurs ne pouvant s’assurer contre les risques de la COVID-19. Plusieurs pays, dont la France, l’Autriche et le Royaume-Uni, ont déjà établi leur propre programme d’assurance. Ottawa promet le sien depuis juillet. Le ministre a terminé la conversation en déclarant solennellement que son programme d’assurance est imminent.

Cette heure de conversation où presque toutes les questions sont demeurées sans réponse précise m’a laissé une bien triste impression. Le ministre Guilbeault a évoqué la difficulté de légiférer lorsqu’un gouvernement est minoritaire. Il n’a pas manqué non plus – tous les politiciens la brandissent comme l’excuse suprême – d’évoquer la pandémie qui a fait dérailler l’ordre du jour du gouvernement.

Comment oublier que c’est en octobre 2013 que le CRTC a amorcé sa grande conversation avec les Canadiens sur l’avenir de notre industrie audiovisuelle et la révision de nos lois sur la radiodiffusion et les télécommunications ? Sept ans plus tard et plus de 20 ans après le début de la révolution numérique, on attend toujours le projet de loi qui modernisera nos institutions et permettra à notre industrie et à nos créateurs d’en tirer le meilleur parti.

Pauvre Steven Guilbeault. Il devient le bouc émissaire d’un gâchis dont il n’est pas responsable.