/opinion/columnists
Navigation

La Pennsylvanie, clé de voûte de l’élection

La Pennsylvanie, clé de voûte de l’élection
Photomontage, Le Journal

Coup d'oeil sur cet article

L’État qui a le plus de chance de faire la différence entre la victoire et la défaite pour Donald Trump et Joe Biden est un microcosme des États-Unis.

À 47 jours du vote, on peut affirmer que l’issue de l’élection présidentielle dépendra largement d’un État qui avait été déterminant dans la victoire de Donald Trump en 2016.

La Pennsylvanie, surnommée Keystone State, se situe exactement au centre de la distribution des intentions de vote et a donc de bonnes chances d’être littéralement la clé de voûte de cette élection. En 2016, Donald Trump y avait surmonté un retard dans les sondages et coiffé Hillary Clinton de justesse. Saura-t-il répéter l’exploit en 2020 ? On peut en douter. 

Un microcosme

La Pennsylvanie est une terre de forts contrastes. Aux extrémités est et ouest se trouvent les grandes villes cosmopolites de Philadelphie et Pittsburgh et leurs banlieues. 

Entre les deux se trouvent des zones rurales culturellement proches des États du Sud et des villes industrielles anciennement prospères aujourd’hui décimées par le déclin de l’industrie manufacturière. Si les grandes villes sont largement dominées par les démocrates et les régions rurales par les républicains, les banlieues sont partagées. Les petites villes industrielles en déclin étaient traditionnellement démocrates, mais Donald Trump a réussi à les faire basculer en 2016.

La bataille des banlieues 

Donald Trump compte sur son message axé sur la loi et l’ordre pour se rallier le vote des banlieusards blancs qui craignent que le « désordre » et – surtout – la diversité ethnoraciale des grandes villes viennent perturber leur paisible existence.

Pour le moment, ça ne fonctionne pas. Aux élections de mi-mandat de 2018, les résidents plus scolarisés des banlieues, surtout les femmes, avaient abandonné le Parti républicain. À ceux-ci s’ajoutent aujourd’hui les électeurs âgés qui avaient appuyé Trump en 2016, mais dont plusieurs ont déchanté devant sa gestion catastrophique de la pandémie de COVID-19.

Le symbole de Scranton

Les zones rurales de l’État sont acquises à Trump, mais les démocrates y anticipent des gains parmi les personnes âgées. Ce qui déterminera largement le résultat dans l’État est le vote des cols bleus des petites villes comme Scranton, où les grandes usines d’autrefois sont aujourd’hui des carcasses vides. 

Scranton, c’est aussi la ville natale de Joe Biden, qui possède une capacité de connecter avec ces laissés pour compte de la mondialisation que n’avait pas Hillary Clinton. Grâce entre autres à cette connexion privilégiée, Biden conserve depuis avril dernier une avance solide de quatre ou cinq points de pourcentage sur Trump en Pennsylvanie.

Hillary Clinton avait entamé le dernier droit de la campagne avec une avance comparable en 2016, mais l’électorat pennsylvanien était alors moins ancré dans ses positions et Clinton n’avait pas le capital de sympathie dont jouit Biden. 

Avec la Floride, l’Arizona et le Wisconsin, la Pennsylvanie est définitivement un point chaud de cette élection. D’ici au 3 novembre, les banlieues et les campagnes de cet État n’auront rien de paisible.