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L’image des États-Unis dans le monde approche le fond du baril

Le président américain Donald Trump
Photo AFP Le président américain Donald Trump

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Un sondage dans 13 pays indique que la cote des États-Unis et la confiance envers leur président approchent les bas-fonds; et ça pourrait empirer.  

Depuis une vingtaine d’années, le Pew Research Center sonde un ensemble de pays démocratiques, dont le Canada, sur leurs perceptions des États-Unis et la confiance qu’ils accordent au leadership international du président, entre autres sujets. Les résultats de cette année indiquent une profonde détérioration de l’image internationale du pays, qui réduit considérablement ses capacités d’exercer de l’influence sur ses principaux alliés et sur le monde.

C’est important en premier lieu parce que le leadership international des États-Unis a été au cœur de l’ordre mondial depuis la Seconde Guerre mondiale et il y a lieu de douter que les progrès accomplis pendant cette période à l’échelle globale auraient pu l’être sans ce leadership. Pour le Canada, dont la proximité avec les États-Unis est une donnée incontournable de sa politique étrangère, le déclin de l’influence américaine entraîne la nécessité de repenser en profondeur ses rapports avec le monde. 

Plus immédiatement, dans le cadre de la campagne présidentielle américaine, Donald Trump proclame sur tous les toits que sa présidence a restauré le respect du monde à l’endroit des États-Unis. Qu’en est-il dans les faits? C’est plutôt le contraire qui est arrivé. On se souviendra bien sûr de l’épisode où les membres de l’Assemblée générale des Nations unies se sont bidonnés à la figure du président américain. Non, ils ne riaient pas avec lui, mais bien de lui. Les données recueillies par le Pew Center viennent confirmer une tendance qu’on connaissait déjà et qui a été amplifiée par la réponse catastrophique de l’administration Trump à la pandémie du coronavirus et par les tensions sociales des derniers mois. 

L’image des États-Unis en déclin

Dans les années 2000, la guerre en Irak avait donné un coup dur à l’image des États-Unis dans le monde. Après une décennie de reprise, c’est l’élection de Donald Trump qui a de nouveau entaché cette image. 

1. Évolution de la perception des États-Unis dans six pays  

2. Perception des États-Unis dans 13 pays démocratiques, 2000-2020  

Une partie de cette tendance générale est liée à l’idéologie des deux principaux partis américains, étant donné que le Parti républicain représente une orientation de droite carrément marginale dans la plupart des autres pays démocratiques. Dans les années 2000, l’image négative était aussi liée à l’intervention unilatérale en Irak. Aujourd’hui, en plus de la piètre image du président, l’opinion mondiale porte un jugement très sévère sur la performance des États-Unis face à la pandémie de COVID-19 et face à la vague de troubles liés aux tensions raciales et à la justice sociale depuis le printemps dernier. 

3. La réponse des États-Unis au coronavirus jugée pire d'entre toutes  

4. Perceptions du respect des libertés individuelles aux États-Unis  

Il est toutefois utile de rappeler que, dans la plupart des pays, le capital de sympathie à l’égard des États-Unis n’a pas été complètement décimé par la présence de Donald Trump à la tête du pays. Comme le montre le graphique suivant, une proportion appréciable du public dans chacun des pays sondés garde une opinion favorable du pays malgré le peu de confiance accordée à son président.

5. Image des États-Unis et confiance à l’endroit de Trump  

Trump touche aux bas-fonds de la confiance

Au cours des années 2000, les opinions publiques occidentales avaient beaucoup associé les errements de la politique étrangère américaine au président George W. Bush, qui était perçu dans plusieurs pays comme un cowboy au tempérament belliqueux. En rétrospective, ce dernier doit paraître bien inoffensif comparativement au président actuel. Dans les 13 pays sondés, environ une personne sur six fait confiance à Trump dans sa gestion des affaires internationales alors que 83% se méfient de lui. L’exception qui aurait pu contrer cette tendance générale est Israël, pays dont le gouvernement de droite a été comblé par les largesses de Trump, mais où la pandémie a empêché les sondeurs de faire des entrevues en face-à-face. 

6. Confiance dans la gestion des affaires mondiales par le président Trump   

En Europe de l’Ouest, le contraste entre les présidents républicains et l’intermède de la présidence Obama est particulièrement frappant. La confiance des Européens en George W. Bush a baissé avec le temps, en réaction à la détérioration des interventions américaines à l’étranger, notamment en Irak. Elle s’est maintenue à des niveaux assez élevés contre vents et marées pendant la présidence Obama. Par contre, dès son arrivée au pouvoir, Donald Trump a immédiatement provoqué une vague de désapprobation qui s’est maintenue tout au long de son mandat. Si on a réagi défavorablement aux actions de Bush, c’est la personnalité même de Donald Trump, et surtout ce qu’elle symbolise, qui a entraîné le rejet de son leadership et ce rejet n’a été que confirmé à la suite de ses actions une fois en poste.

7. Confiance envers le président américain en Europe de l’Ouest  

Il est aussi intéressant de constater que les Européens qui ont les opinions les plus favorables envers Donald Trump ont tendance à s’identifier aux partis populistes de droite qui empoisonnent le paysage politique européen depuis quelques années. Qu’il s’agisse de Vox en Espagne, du Ralliement national en France ou du parti Brexit au Royaume-Uni, l’extrême droite se reconnaît, non sans raison, dans le personnage de Trump.

8. Confiance envers le président Trump et populisme de droite en Europe  

Au Canada aussi, la présidence Trump a été marquée par un écroulement de la confiance envers le président américain. Naturellement, l’appui à Trump chez nous se retrouve surtout chez les nationalistes de droite de tout acabit, qu’ils soient conservateurs, disciples de Maxime Bernier ou autres. Les Canadiens avaient été particulièrement critiques envers George W. Bush après ses déboires en Irak et en Afghanistan, mais la réaction défavorable à Trump a été significativement plus négative, instantanée et soutenue. De plus, l’arrivée de Trump au pouvoir a été accompagnée d’un déclin plus important de l’image d’ensemble des États-Unis qu’à l’époque de Bush. 

9. Confiance envers le président américain au Canada  

Le leadership international des États-Unis sur respirateur artificiel

Dans presque tous les pays sondés, le public a tourné la page sur le leadership économique international des États-Unis et la Chine est perçue comme la plus grande puissance économique mondiale. Cette perception n’a pas encore entièrement gagné les élites financières et les dirigeants politiques, qui préfèrent encore une économie mondiale menée par une démocratie ouverte au leadership opaque de la Chine, mais les jours de cette préférence pourraient être comptés.

10. Le leadership économique des États-Unis supplanté par la Chine  

11. Donald Trump, le cancre de la classe des leaders mondiaux  

Ce dernier graphique en dit long. Non seulement la chancelière allemande Angela Merkel et son voisin français Emmanuel Macron sont infiniment mieux perçus par les opinions publiques que l’actuel président américain, mais on fait moins confiance à ce dernier qu’au président russe Poutine et à son homologue chinois Xi Jinping. 

Bref, on pourrait conclure de ce coup de sonde international que l’image des États-Unis et la confiance que leur leadership inspire dans le reste du monde ont atteint le fond du baril. Ce serait une erreur. Le fond du baril sera atteint si les électeurs américains choisissent de reporter Donald Trump au pouvoir pour un deuxième mandat. Les conséquences potentielles d’un tel scénario sont pour le moment incertaines et incalculables, mais il est extrêmement difficile d’y voir quoi que ce soit de positif.