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L’UPAC en crise en 2017, dit son ex-no 2

L’arrestation du député et ancien policier Guy Ouellette a ébranlé l’organisation et semé l’improvisation

Palais de Justice de Montréal
Photo Chantal Poirier L’ancien commissaire adjoint de l’UPAC Marcel Forget (à gauche) a été photographié mardi au palais de justice de Montréal.

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Les fuites dans les médias concernant les enquêtes sur Jean Charest et Marc Bibeau ainsi que l’arrestation du député Guy Ouellette ont mené à un climat de crise et d’improvisation inouï au sein de l’Unité permanente anticorruption, selon l’ex-numéro 2 de l’organisation.

« C’était heavy métal », a relaté Marcel Forget mercredi au sujet de la situation à l’Unité permanente anticorruption (UPAC) à la fin d’octobre 2017.

Il a livré mercredi un témoignage émotif durant lequel il a parfois pleuré au procès qu’il a intenté contre le gouvernement du Québec pour congédiement illégal. Forget réclame 2 millions $ à l’État québécois.

L’arrestation de Guy Ouellette en octobre 2017 suivait des fuites dans les médias en avril révélant l’existence d’une enquête de l’UPAC, Mâchurer, sur l’ancien premier ministre Jean Charest et l’argentier libéral Marc Bibeau, a rappelé mercredi l’ancien commissaire adjoint de l’UPAC, au palais de justice de Montréal.

En mai, le patron de l’organisation Robert Lafrenière avait déclaré en commission parlementaire qu’il allait arrêter le « bandit » à l’origine de ces fuites, a-t-il souligné. 

Durant la même période, selon lui, il était question de rapports dévastateurs sur le climat de travail à l’UPAC.

Écoutez l'entrevue avec Jean-François Cloutier, journaliste au bureau d’enquête du Journal de Montréal, sur QUB Radio:

Ambiance incroyable

D’après le témoin, il régnait donc une ambiance « assez incroyable » le 31 octobre 2017, le jour d’une conférence de presse de l’UPAC visant à expliquer en partie l’arrestation du député de Chomedey, à Laval. 

Le jour même, le président de l’Assemblée nationale Jacques Chagnon avait réclamé « qu’on accuse ou qu’on s’excuse » au sujet de l’arrestation de M. Ouellette.

M. Forget a indiqué qu’il n’était pas d’abord prévu qu’il participe à l’événement devant les journalistes, puisqu’il s’occupait de la vérification et non des enquêtes au sein de l’UPAC.

Jusqu’alors, l’objectif avait été de « maintenir un mur de Chine » entre les deux services et de démontrer que vérificateurs et enquêteurs ne se parlaient pas, a-t-il expliqué.

Appel imprévu

Quelques heures à peine avant le début de la conférence de presse, M. Forget dit cependant avoir reçu un appel de M. Lafrenière l’enjoignant « en catastrophe » d’être de la conférence de presse. Sa présence était requise, selon lui, à cause d’une entrevue qu’avait donnée quelques jours plus tôt la lanceuse d’alerte Annie Trudel, la conjointe de M. Ouellette, dans laquelle elle avançait qu’il y avait de la collusion et de la corruption à l’UPAC.

M. Forget dit ne pas avoir reçu la préparation adéquate pour répondre aux questions des journalistes.

« On avait l’air de rock stars », a-t-il commenté à propos de la conférence de presse. 

« C’est à partir de ce moment que mon intégrité a été touchée », a-t-il avancé.

M. Forget a souligné que les allégations de Mme Trudel s’étaient avérées plus tard sans fondement et qu’il n’avait joué aucun rôle dans l’arrestation de l’ex-policier.

« Une Bible en matière motards »

L’ancien numéro 2 de l’UPAC a d’ailleurs parlé mercredi en termes élogieux de M. Ouellette. Il l’a décrit comme « une Bible en matière motards » qui s’était avéré utile dans plusieurs enquêtes contre le crime organisé.

Selon M. Forget, les événements entourant l’UPAC en octobre 2017 ont mis la table pour une série d’articles bien visibles en novembre sur son rôle dans la vente d’actions d’une entreprise. Ces articles lui ont fait extrêmement mal, a-t-il martelé. 

Échanges et propos acerbes  

300 COURRIELS

L’avocat de Marcel Forget, Daniel Rochefort, et celle du gouvernement du Québec, France Bonsaint, se sont livrés à plusieurs escarmouches mercredi autour de 300 courriels échangés par le personnel politique du ministre Martin Coiteux en 2017. Me Rochefort veut y avoir accès. Me Bonsaint s’objecte catégoriquement à ce qu’il puisse tous les consulter.  

L’EX-MINISTRE COITEUX ATTAQUÉ

L’ancien ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux, qui témoignait mardi, a été attaqué mercredi par Marcel Forget. Ce dernier a dit avoir eu du mal à supporter son témoignage. « Ce qu’il a dit n’était pas vrai », a-t-il lancé. 

RADIOACTIF

Marcel Forget estime être devenu radioactif depuis sa démission de l’UPAC en 2017, qu’il dit être un congédiement illégal. Très émotif, il a affirmé hier avoir du mal à se trouver un emploi alors qu’auparavant on se bousculait pour lui offrir du boulot.