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Argentine: des mégafermes de porcs pour le marché chinois

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Buenos Aires | L’Argentine souhaite entrer dans la cour des gros producteurs de porc mondiaux en signant un partenariat avec la Chine qui verrait la construction de mégafermes, au grand dam des protecteurs de l’environnement.

De quelque 25 000 tonnes de viande de porc exportées en 2019, l’Argentine viserait, si ce partenariat est ratifié le mois prochain, à atteindre les 300 000 tonnes par an, lorsque les fermes tourneront à plein régime.

«Le Chili exporte 250 000 tonnes de porc et le Brésil, 700 000 tonnes. Nous ne parlons pas de quelque chose de faramineux pour l’Argentine», tempère le chargé des relations économiques internationales au sein du ministère des Affaires étrangères, Jorge Neme, interpellé sur la dimension des ambitions commerciales.

L’Argentine, connue pour la qualité de sa viande de bœuf, a depuis le début d’année augmenté de 66% ses exportations de viande de porc pour atteindre les 22 000 tonnes en juste six mois, selon le ministère de l’Agriculture.

Le gouvernement argentin, qui entend faire bondir ses exportations de 65 à 100 G$ par an, voit d’un bon œil la signature de ce partenariat porcin avec la Chine.

«Diversification» des marchés

La Chine, seul pays dont l’économie ne s’est pas contractée durant la pandémie de la COVID-19, est actuellement le principal importateur de produits argentins, supplantant le Brésil, historiquement le premier partenaire commercial de l’Argentine.

«Ce qu’exporte l’Argentine en Chine, des denrées agricoles, est le produit le moins exposé» commercialement dans un contexte de pandémie. «C’est pourquoi les exportations vers ce marché sont en croissance», a estimé auprès de l’AFP Patricia Krause, économiste pour l’Amérique latine de l’assureur-crédit français Coface.

L’Argentine met dans la balance son expérience dans l’exportation de viande animale et l’absence de maladies porcines dans le pays. 

La Chine, elle, cherche à diversifier ses approvisionnements en viande de cochon, un des piliers de son alimentation, après l’impact de la peste porcine africaine qui affecte depuis 2018 l’Europe.

Pour Mme Krause, le choix de l’Argentine et non du Brésil, grand exportateur de porc vers la Chine, «est lié à ces choix de diversification des marchés».

Germán Paats, producteur de porcs dans la province de Buenos Aires, estime que l’Argentine possède tous les atouts pour s’attirer ces nouvelles parts de marché: «nous avons l’environnement, la matière première, la génétique, et les connaissances nécessaires pour produire efficacement la meilleure viande de porc. Si nous faisons les choses correctement, nous pouvons être le partenaire dont la Chine a besoin», veut-il croire.

Mégafermes

Symbole de la production agricole déraisonné, les mégasfermes prévues en Argentine ont soulevé l’inquiétude des défenseurs de l’environnement qui ont manifesté ces dernières semaines à Buenos Aires.

«L’Argentine est en proie à l’agro-industrie depuis très longtemps. Mais ces mégafermes appartiennent au passé, elles mettent en danger l’humanité tout entière, qu’elles soient situées en Argentine, en Chine ou à Dubaï», estime Soledad Barruti, journaliste et chercheuse dans l’industrie alimentaire.

«Elles sont source de prolifération de maladies, d’une extrême cruauté, ne fournissent pas une meilleure nourriture et ne résolvent pas le problème de la faim», ajoute-t-elle.

Au contraire, pour le fonctionnaire du ministère de l’Agriculture, «les mégafermes sont nécessaires, car elles répondent aux besoins des marchés d’exportation».

«Ce n’est pas d’un porc élevé à l’arrière d’une petite ferme qu’il s’agit. On parle de traçabilité, de biosécurité, d’usine de réfrigération et d’abattoirs recevant des autorisations de la part des pays où nous allons exporter», a-t-il justifié.

«L’Allemagne a 70 fois plus de porcs au kilomètre carré que nous. Personne ne peut penser qu’en Allemagne, les porcs polluent l’environnement toute la journée. La capacité de production de l’Argentine est parfaitement compatible avec l’environnement», s’est-il agacé.

Pour tenter de parer aux critiques, le gouvernement argentin a intégré des clauses environnementales dans le mémorandum et attend la position de la Chine sur le sujet.