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Le plaidoyer de François Legault

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

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Le premier ministre François Legault est inquiet. Ça se voit à l’œil nu. Tout d’abord face à la propagation de la COVID-19 dans la communauté. Ensuite, face à une dynamique politique beaucoup plus corsée qu’au printemps.

Contrairement à la première vague, les partis d’opposition sont plus pugnaces. Dans la méga machine du ministère de la Santé, les ratés dans le dépistage et le traçage persistent.

Dans les écoles, plusieurs parents ne savent pas quoi faire dès que leurs enfants toussent ou se mouchent. Bref, les arcs-en-ciel se perdent dans le brouillard. 

Sur le plan politique, le risque est de voir s’installer l’image d’un gouvernement trop hésitant à sévir contre les récalcitrants. Peu transparent dans ses communications. Peinant même encore à dompter le pachyderme bureaucratique des CIUSSS et des CISSS.

Depuis le début de la crise, le premier ministre répète qu’il « construit l’avion pendant qu’il vole ». À sa décharge, la tâche est d’autant plus difficile avec un avion dont les ailes – notre réseau de santé plombé par des années d’austérité et d’hypercentralisation – sont elles aussi trouées.

Ailes trouées

Il n’en reste pas moins que le Québec demeure l’épicentre canadien du virus. La dernière chose dont M. Legault a besoin est que sa gestion de la deuxième vague paraisse encore plus mollassonne ou timide.

Si cette image perdurait, elle minerait encore plus l’adhésion déjà chancelante de plusieurs Québécois aux consignes sanitaires. Des sondages confirment en effet que la proportion de Québécois inconscients des dangers réels du virus est nettement plus élevée que chez les autres Canadiens.

Cela fait de François Legault le seul premier ministre au pays à devoir composer de surcroît avec une population divisée à ce point sur la nécessité même des consignes sanitaires depuis le déconfinement. Méchant casse-tête.

D’où sa tentative hier de rectifier le tir. En point de presse, il plaidait qu’il n’est pas moins coercitif envers les récalcitrants qu’ailleurs au Canada. Pour tenter néanmoins d’en convaincre une partie, il promettait de nouvelles publicités.

Plus « percutantes », elles montreront des vraies personnes victimes des ravages réels d’un virus devenu trop abstrait pour trop de gens. Les discussions sur de possibles interventions policières dans des milieux privés contrevenant aux consignes sanitaires se poursuivent également.

Leadership de fer

M. Legault annonçait aussi qu’aujourd’hui, il serait à Ottawa pour rencontrer ses homologues Jason Kenney de l’Alberta, Brian Pallister du Manitoba et son « grand ami » Doug Ford de l’Ontario.

Nouveau président du Conseil de la fédération, M. Legault y dirigera le « front commun » des provinces visant à obtenir du fédéral des fonds supplémentaires et récurrents en santé. Donc, pour le pendant et l’après-pandémie.

« On est toujours plus forts quand on est unis, a-t-il lancé, quand on se tient ensemble, les différentes provinces. » Au-delà de sa profession de foi envers la solidarité interprovinciale, là encore, il s’adressait surtout aux Québécois pour leur montrer qu’il agit.

Une chose est sûre : la deuxième vague commandera un leadership politique de fer. Hormis pour les inconscients bienheureux, une majorité de Québécois ne voudra sûrement pas revivre le cauchemar de la première vague.