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Il menace d’aller en Ontario pour ne pas traduire le nom de ses produits

L’Office québécois de la langue française lui met des bâtons dans les roues, dit-il

Mario Tremblay, PDG de RobotShop inc.
Photo Francis Halin Mario Tremblay, PDG de RobotShop, ne voit pas comment il pourrait traduire en français des millions de produits du jour au lendemain. « C’est humainement et économiquement impossible », estime l’homme d’affaires originaire du Lac-Saint-Jean.

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Un PDG d’une entreprise québécoise de pièces de robots menace de déménager son siège social en Ontario pour pouvoir vendre en paix ses produits en anglais comme Amazon.

« Si on ne m’enlève pas ces freins-là, il y a deux solutions, soit que je ferme le site web au Québec ou bien je déménage le siège social », a déclaré Mario Tremblay, PDG de la boutique en ligne RobotShop.

Fondée en 2003, sa PME de Mirabel a des opérations au Canada, aux États-Unis, en Europe et au Japon. Son chiffre d’affaires dépasse les dizaines de millions de dollars. 

« On a le site web le plus visité au monde en termes de robotique contemporaine. On offre des moteurs, des capteurs, des kits éducatifs, des robots domestiques », explique Mario Tremblay.

Le hic, c’est que même si plus de 95 % de ses ventes sont effectuées à l’extérieur du Québec, l’Office québécois de la langue française (OQLF) exige que ses produits soient offerts en français, ce qui irrite l’homme d’affaires.

« Si on m’empêche de livrer le produit parce qu’il n’est pas en français, les gens vont aller à côté, à un clic de là, qui n’est pas obligé de suivre la Charte parce qu’il a un établissement en Ontario », ajoute-t-il.

Descriptions, manuels, guides d’assemblage, étiquetages, catalogues... Mario Tremblay ne comprend pas que l’OQLF exige que tous ces produits soient disponibles en français, alors que ce n’est souvent pas le cas pour des sites étrangers des géants américains, avance-t-il.

Règles désuètes

« Parce que je suis Québécois, que je viens du Lac-Saint-Jean, parce que j’ai établi ma compagnie au Québec, on m’oblige à traduire des dizaines de milliers de produits sur mon site web, sinon je n’ai pas le droit de les vendre au Québec. Ça me laisse quoi comme option ? », soupire-t-il.

Dans une lettre envoyée au premier ministre du Québec, François Legault, le grand patron de RobotShop n’y va pas de main morte et qualifie les règles de l’OQLF de « désuètes » à l’ère du commerce électronique. 

« Vous nuisez à l’économie du Québec et vous nous forcez à aller créer de la richesse ailleurs dans le monde », accuse Mario Tremblay, PDG de RobotShop.

Exemple d’Amazon

D’après lui, il n’est pas normal que les géants du web semblent s’en tirer mieux que lui.

« Je ne fais pas une attaque contre Amazon, mais je me demande si le gouvernement est aussi sur leur dos quand ils recrutent en anglais au Québec et que tu vas sur leur site plein de produits en anglais », dit-il.

Aux États-Unis, plus de 50 % des transactions électroniques sont effectuées sur Amazon, un pourcentage qui explose à 80 % au Canada, souligne Mario Tremblay. 

« Je n’ai pas de problème avec la francisation pour ce qui est du droit des travailleurs de travailler en français. À mon siège social, tout est en français. On fait notre recrutement en français. On est pour la francisation », conclut-il.

L’OQLF se défend de favoriser les géants du web

L’Office québécois de la langue française (OQLF) se défend de favoriser les géants du web et d’être plus zélé envers les entreprises québécoises quand vient le temps d’appliquer la Charte de la langue française.

« Tout d’abord, il est faux de dire que l’entreprise est désavantagée par rapport à une multinationale », a tranché par courriel sa porte-parole Chantal Bouchard.

L’OQFL rappelle que toutes les entreprises qui emploient 50 personnes, dont les multinationales établies ici, doivent s’inscrire à l’Office et démontrer que l’utilisation du français est généralisée dans leurs activités.

« L’objectif de l’application de la Charte de la langue française est de faire du français la langue normale et habituelle du commerce, des affaires et du travail », a poursuivi Chantal Bouchard.

Aide offerte

Pour y arriver, l’Office aide les entreprises à se franciser pour assurer le respect des droits de leurs travailleurs et de leurs clientèles.

« L’entreprise RobotShop est inscrite à l’Office et, comme prévu par la Charte, elle doit réaliser une démarche de francisation. L’Office a offert son aide et son soutien à l’entreprise dans ses efforts de francisation et souhaite pouvoir le faire en pleine collaboration », a-t-elle précisé. 

Termes français, vocabulaires du domaine de l’informatique et des hautes technologies, de l’intelligence artificielle... l’Office dit avoir déployé ses efforts pour accompagner RobotShop dans sa démarche de francisation.

L’Office l’a aussi informée qu’il tient compte des situations particulières des entreprises et l’a invitée à lui transmettre, dans les prochains mois, sa proposition pour assurer le respect de ses obligations linguistiques.

« L’Office demeure disponible pour accompagner l’entreprise dans cette démarche et communiquera d’ailleurs avec elle pour répondre à sa demande de précisions », a-t-elle conclu.


L’article 51 de la Charte québécoise de la langue française stipule que « toute inscription sur un produit, sur son contenant ou sur son emballage, sur un document ou objet accompagnant ce produit, y compris le mode d’emploi et les certificats de garantie, doit être rédigée en français ».