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Le prélude des Piliers de la Terre

Ken Follett
Photo courtoisie, Olivier Favre and W est Stow Anglo-Saxon Village Ken Follett

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Enchaînant les best-sellers, l’écrivain gallois Ken Follett nous propose un roman historique qui va nous permettre de remonter jusqu’à l’époque des Vikings. Un voyage dans le temps à ne pas manquer.

Sans vouloir faire un mauvais jeu de mots, Les piliers de la Terre fait vraiment partie des piliers de la littérature anglo-saxonne. Au cours des 30 dernières années, il s’est vendu à plus de 25 millions d’exemplaires, et rares sont celles et ceux qui n’en ont pas adoré l’histoire. Elle raconte la façon dont a été construite au XIIe siècle la cathédrale gothique de Kingsbridge, un petit village anglais tout droit sorti de l’imaginaire de Ken Follett. Et puis, la saga est devenue trilogie, deux autres tomes s’étant ajoutés au fil des ans : Un monde sans fin, qui nous entraîne dans le Kingsbridge du XIVe siècle, et Une colonne de feu, qui se déroule plutôt au XVIe siècle alors qu’Élisabeth 1re, fille du roi Henri VIII d’Angleterre, vient de monter sur le trône. Bref, il n’y a qu’à lire ces trois pavés pour couvrir quatre siècles d’Histoire sans s’ennuyer un seul instant !

Les choses auraient donc pu en rester là. Car, à l’origine, il ne devait pas y avoir de quatrième opus. « Mais après avoir terminé la rédaction d’Une colonne de feu, j’ai commencé à m’interroger sur Kingsbridge, explique Ken Follett, qu’on a pu joindre chez lui à Knebworth, un village cette fois bien réel du Hertfordshire. En fait, je me suis demandé comment Kingsbridge s’était développé. Je me suis dit qu’à une époque, il n’avait peut-être été qu’un simple hameau isolé et j’ai beaucoup aimé l’idée parce que ça suggérait toutes sortes de complots et de conflits ! »

Le crépuscule et l’aube, qui se passe une bonne centaine d’années avant Les piliers de la Terre, a ainsi fini par voir le jour, et d’emblée on tient à souligner que l’intrigue, incroyablement dense, est franchement excellente. 

La genèse de Kingsbridge

Près de 900 pages seront nécessaires pour nous transporter au tournant de l’an 1000, une période mouvementée du Moyen-Âge central durant laquelle l’Angleterre se fera régulièrement attaquer par les Vikings. Au cours d’un raid parfaitement orchestré, ils pilleront d’ailleurs le bourg de Combe, soit là où Edgar et sa famille ont toujours vécu. Avec pour résultat d’obliger ce jeune constructeur de bateaux à repartir de zéro dans un affreux hameau du nom de Dreng’s Ferry. Affreux parce que l’endroit, entouré de zones marécageuses, est à l’image de l’homme mesquin, perfide et méchant qui lui a donné son nom. 

« Je savais qu’une partie de l’histoire allait porter sur la construction d’un pont, un élément parfois important dans le développement d’un village ou d’une ville, précise Ken Follett. J’ai donc eu besoin de quelqu’un qui serait capable de s’en charger et c’est là qu’Edgar a pris forme dans mon esprit. J’ai du mal à poser des tablettes, alors je suis fasciné par ceux qui sont habiles de leurs mains, qui parviennent à fabriquer à peu près n’importe quoi ! »

Cela étant, jamais on n’aura l’impression de lire un remake des Piliers de la Terre version pont, car le gros de l’histoire tourne surtout autour de Ragna, la fille d’un comte normand qui ne tardera pas à tomber éperdument amoureuse de Wilwulf, l’ealdorman de Shiring. C’est donc par amour qu’elle acceptera de le suivre en Angleterre... quitte à le regretter jusqu’à la fin de ses jours. « Les gens ont tendance à penser que l’Angleterre médiévale était sexy, ajoute Ken Follett. Pas moi. Il y avait beaucoup de meurtres, de viols et de marchands d’esclaves, 10 % de la population étant à l’époque des esclaves. Une facette de l’Angleterre médiévale que les historiens anglais préfèrent occulter... » 

Une sombre destinée

Ce n’est donc pas un hasard si, en anglais, on appelle cette lointaine période Dark Ages. Qui le sera ici encore davantage à cause de Wynstan, l’évêque de Shiring. 

Pour être honnête, on a rarement croisé personnage aussi odieux, aussi révulsant. « J’ai d’abord essayé de montrer comment il avait commencé à devenir ignoble, puis comment il est devenu un vrai monstre, indique Ken Follett. Quand je crée des personnages mauvais, il arrive que je mette le paquet ! » Ce qui sera de très sinistre augure pour Ragna, Wynstan ne cherchant qu’à étendre son pouvoir, et ce, peu importe la manière, dont il doit s’y prendre ou le nombre de cadavres qui en découlera. Alors évidemment, pas question qu’une femme, fut-elle celle de son demi-frère Wilwulf, ne vienne contrecarrer ses noirs desseins.

Au risque de nous répéter, un roman qu’on a adoré et qui devrait plaire à tous ceux qui ont été scotchés à leur écran en regardant la série The Last Kingdom, dont l’histoire se déroule sensiblement à la même époque. 

Le crépuscule et l’aube<br/>
Ken Follett<br/>
Éditions Robert Laffont<br/>
860 pages
Photo courtoisie
Le crépuscule et l’aube
Ken Follett
Éditions Robert Laffont
860 pages