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Le sport pour vaincre les stéréotypes

Xavier Jourson participera en août 2022 à l’épreuve la plus difficile au monde en triathlon

Xavier Jourson participera au Norseman Xtreme Triathlon qui compte 3,8 km de natation, 180 km de vélo et 4,2 km de course dans des parcours comptant 5235 m de dénivelé dans les fjords de la Norvège.
Photo courtoisie Xavier Jourson participera au Norseman Xtreme Triathlon qui compte 3,8 km de natation, 180 km de vélo et 4,2 km de course dans des parcours comptant 5235 m de dénivelé dans les fjords de la Norvège.

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Dans la foulée du mouvement Black Lives Matter qui défend la justice sociale, Xavier Jourson désire apporter sa contribution, mais de façon différente. Par le biais du sport, il désire faire tomber les stéréotypes à l’égard de la communauté noire voulant que ses membres ne soient pas en mesure de s’illustrer dans les disciplines d’endurance.

En août 2022, l’ancien joueur professionnel de rugby en France et en Afrique du Sud (2009) établi à Montréal depuis trois ans s’attaquera à l’épreuve la plus difficile au monde en triathlon. Il prendra le départ du Norseman Xtreme Triathlon qui compte 3,8 km de natation, 180 km de vélo et 4,2 km de course dans des parcours comptant 5235 m de dénivelé dans les fjords de la Norvège. Le record est de 9 h 52 min 10 s et certains franchissent le fil d’arrivée en 18 heures.

« Si jouer en Afrique du Sud a été mon plus grand accomplissement sportif, le Norsemen est le projet de toute une vie, affirme Jourson d’entrée de jeu. Je veux être un modèle et un agent de changement. Je serai tellement fier si un petit Noir adopte le triathlon. J’aurai gagné si seulement cinq Noirs de Montréal ou d’ailleurs optent pour le triathlon. »

Afin de marquer les esprits, l’athlète qui fêtera son 35e anniversaire le 25 décembre voulait s’attaquer à un événement phare du triathlon. « Si je veux briser les stéréotypes, je dois mettre des difficultés dans mon projet. On dit que les Noirs ont peur du froid. L’hiver ne me dérange pas et c’est pour briser les clichés que j’ai choisi une épreuve où le froid sera un facteur important. »

« C’est très compliqué pour les Noirs de nager, de poursuivre Jourson. Nous avons les os et la morphologie plus lourds. Nous avons aussi un plus gros bassin. C’est prouvé scientifiquement. C’est aussi rare de voir un Noir sur un vélo. Depuis cinq mois, je fais du vélo de course et les gens m’envoient un regard intrigué ou méprisant en se disant qu’est-ce que je fais là. Il y a beaucoup de jugements et de préjugés. »

Jourson pointe l’exemple du Tour de France où un seul Noir sur 180 coureurs a pris le départ. Il s’agit de Kévin Reza qui est originaire de la Guadeloupe. Natif de Lyon de parents originaires de la Guadeloupe qui ont déménagé en France continentale à l’âge de 18 ans, Jourson prévoit discuter avec Réza après le Tour de France pour connaître sa perception. Il lui envoie des messages d’encouragement depuis le début du Tour. Les parents des deux athlètes sont voisins en Guadeloupe.

« Je veux apporter ma contribution par des actions en poussant les Noirs à réaliser leur propre Norseman, indique-t-il. Je veux apporter ma pierre à l’édifice. J’ai débuté l’entraînement en mars et le mouvement Black Lives Matter a fait avancer le projet. Mon expérience en Afrique du Sud dans un pays qui a vécu la ségrégation raciale m’a aussi fait cheminer. C’était un nouveau défi, une nouvelle civilisation et un nouveau mode de vie. Me retrouver dans un pays qui a vécu l’apartheid m’a fait comprendre la nature humaine. Le regard des gens m’a fait avancer et grandir. »

« 5500 $ et deux valises »

Après un passage d’un an et demi en Californie où il fut soigné pour une grave blessure à une cuisse, il est retourné en France avant de débarquer à Montréal en 2017 au terme de sa carrière en rugby qui a pris fin en 2016. « Je suis arrivé ici le 24 mai 2017 avec 5500 $ en poche et deux valises et personne pour m’accueillir, raconte-t-il. Même si je ne connaissais pas le hockey, je me suis intéressé à PK Subban et j’ai suivi les séries éliminatoires. »

« J’étais seul puisque ma sœur avait quitté Montréal pour quelques mois, mais une bonne étoile me guidait, de poursuivre Jourson. Je suis arrivé ici sur la pointe des pieds, mais je me suis tout de suite impliqué socialement. Parce que je suis travaillant, j’ai monté rapidement les échelons à la Banque Nationale où j’occupe maintenant un poste de cadre supérieur, une opportunité que je n’aurais pas eu en France. Parce que j’avais dû retourner en France en août lors du décès de ma grande sœur emportée par le cancer à l’âge de 34 ans, j’avais obtenu l’emploi sans même passer une entrevue en personne. »

Sachant qu’il voulait quitter la France, Jourson hésitait entre le Québec et l’Afrique comme terre d’accueil. « Ma petite sœur qui habite à Montréal m’avait beaucoup parlé du Québec. C’est pourquoi je veux dédier mon projet au Québec. Je veux remercier le Québec qui m’a accueilli et qui est ouvert. »

Sa « petite sœur » a été la tête d’affiche de la campagne d’inclusion du Mouvement Desjardins. Son visage s’est retrouvé sur la Tour Desjardins pendant six mois. 

Un documentaire pour changer les perceptions  

Au-delà de l’exploit sportif, Xavier Jourson souhaite laisser une trace de son projet afin de changer les perceptions à l’égard de la communauté noire. Un documentaire sera diffusé entre septembre et décembre 2022 qui relatera les moments forts de son projet.

Dans le cadre de son entraînement intensif qui se poursuivra jusqu’à son départ pour la Norvège en août 2022, Jourson immortalisera son expérience. Des négociations se déroulent actuellement avec un diffuseur.

Scènes

Des scènes ont été tournées entre autres sur le circuit Gilles-Villeneuve à l’île Notre-Dame, à Bromont, en mer à Percé, au Peak Centre. D’autres images de ses camps en Floride, en Arizona, en France et en Guadeloupe d’où ses parents sont natifs ainsi que sa participation au Norsemen meubleront aussi le documentaire de 81 minutes ou qui pourrait aussi voir le jour sous la forme de six épisodes de 22 minutes selon la volonté du diffuseur.

« Quand j’ai voulu acheter un vélo de course au tout début de mon projet, le vendeur surpris de mon intérêt et sourire aux lèvres m’a amené dans le rayon des vélos à 1500 $, rappelle Jourson. Il s’est ravisé quand je lui ai dit que je voulais un vrai vélo de course, que je possédais un vrai budget et expliqué ma motivation. J’ai alors compris que je devais faire un documentaire pour changer les perceptions. Même chose quand je me retrouve au circuit Gilles-Villeneuve le dimanche matin à 10 h pour rouler et que je suis le seul Noir parmi la soixantaine de cyclistes. »

« Le documentaire relatera ma progression, mes défis, mes échecs et mes réussites », de conclure Jourson. 

Transformation physique importante  

De 118 kg quand il a débuté l’entraînement en mars, Xavier Jourson a retranché 16 kg.
Photo courtoisie
De 118 kg quand il a débuté l’entraînement en mars, Xavier Jourson a retranché 16 kg.

Recyclé dans l’entraînement après une longue carrière au sein de l’élite du cyclisme international avec notamment 15 participations à des Grands tours, le Français Pascal Hervé n’a pas hésité à accepter de donner un coup de main à Xavier Jourson, mais il a prévenu l’ancien joueur de rugby que son projet représentait tout un défi.

« C’est un sacré défi et ce n’est pas possible de garantir à 100 pour cent le succès, mais c’est réalisable, lance d’entrée de jeu le copropriétaire de Peak Centre, un centre spécialisé pour cyclistes et triathlètes basé à Montréal. C’est un défi un peu fou, mais j’aime la folie. J’aime aider les gens un peu fou. C’est un projet ambitieux qui défend une cause noble et intéressante. »

L’ancien coéquipier de Richard Virenque avec Festina et Polti estime que la portion vélo du triathlon est la discipline qui nécessitera le plus gros défi pour l’ancien joueur de rugby.

« C’est le plus gros défi, mentionne-t-il. C’est un gros, gros défi parce que le vélo représente 65 pour cent de l’épreuve. C’est une chose de rouler pour aller chercher le pain, mais c’est bien différent de faire 180 kilomètres. On va rouler ensemble. Il doit développer ses habiletés en vélo ainsi qu’un coup de pédale efficace et économique. Il ne peut pas pousser à fond continuellement. »

« Son avantage est qu’il est un sportif de haut niveau et qu’il est prêt à faire les sacrifices nécessaires, de poursuivre Hervé qui a fait passer une batterie de tests (VO2 max) à son protégé au début juin. Sa détermination me plaît. Il a confiance en lui et il est tout à fait capable de relever ce défi. Il ne prendra pas le départ pour terminer au dernier rang. Il n’a pas perdu son esprit compétitif. Son succès va dépendre de son évolution, mais il n’est pas question de le lancer dans un tel projet avant qu’il ne soit prêt. L’été prochain, il participera à quelques triathlons au Québec pour vivre la transition entre les épreuves et on prévoit aussi qu’il participe à un demi-Ironman. Des camps en Floride, en Arizona et en Europe sont aussi dans les plans. On veut le placer dans les meilleures conditions possible. »

Ascensions mythiques

Dans sa préparation, Jourson s’offrira deux ascensions mythiques en septembre prochain. Il s’attaquera au mont Ventoux et à l’Alpe d’Huez qui comptent respectivement 1909 m et 1120 m de dénivelé. Avec ses 21 virages, l’Alpe d’Huez est l’épreuve emblématique du Tour de France. « Avec une vitesse moyenne de 20 km/h, je vise un temps variant entre 2 h 45 et 3 h pour l’ascension du mont Ventoux », précise Jourson.

Transformation

D’un joueur de rugby qui évoluait au cœur de l’action sur la ligne de mêlée et non comme le sprinter qui court le 40 verges en 14 secondes pour réussir l’essai, Jourson vit une transformation physique importante dans sa préparation pour le Norseman Xtreme Triathlon. « Il connaîtra une grosse transformation physique et de structure, explique Hervé. D’un sport où l’explosion était la principale qualité recherchée, il embarquera sur un vélo, un sport d’endurance. »

« Notre objectif est de réveiller les fibres lentes de Xavier et de les développer, de poursuivre Hervé. Pour une raison que la science ignore, les athlètes de couleur utilisent plus leurs fibres rapides. Dans l’épreuve d’endurance à laquelle il s’attaquera, il ne pourra pas utiliser ses fibres rapides pendant 12 heures. Dans les triathlons habituellement, les parcours cyclistes sont relativement plats, mais ça ne sera pas le cas en Norvège. Le froid est un autre aspect qui entrera en ligne de compte. On n’a aucune idée comment il va gérer le froid. »

De 118 kg quand il a débuté l’entraînement en mars, Jourson a retranché 16 kg. « La couleur de ma peau n’a pas changé, mais les gens ne me reconnaissent plus, raconte-t-il avec un éclat de rire. L’objectif est que je me présente au départ avec un poids entre 90 et 93 kg. C’est le jour et la nuit sur mon vélo depuis que j’ai perdu du poids. J’étais complètement cuit après 50 km alors que je fais des sorties de 130 km maintenant. »

En plus de Hervé, Jourson peut aussi compter sur Luc Morin, spécialiste du triathlon et copropriétaire chez Peak Centre, pour l’appuyer.