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La déesse des mouches à feu: le vertige adolescent

La déesse des mouches à feu
Photo Pierre-Paul Poulin La réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette et la jeune actrice Kelly Dépeault ont fait équipe pour le tournage du film La déesse des mouches à feu.

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Ayant toujours eu du mal à se reconnaître dans les personnages d’adolescentes qu’elle découvrait à l’écran ou dans les livres, la cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette a eu un coup de foudre pour le roman La déesse des mouches à feu, de Geneviève Pettersen : « Il y a dans ce livre quelque chose de franc et de direct qui a résonné fort par rapport à ma propre adolescence », confie-t-elle. 

Ainsi, après avoir dévoré (en une seule nuit) le roman de Geneviève Pettersen, peu de temps après sa publication en 2014, Anaïs Barbeau-Lavalette a tout de suite entrepris des démarches pour en acquérir les droits d’adaptation. Six ans plus tard, son film La déesse des mouches à feu s’apprête à prendre l’affiche au Québec après avoir été présenté en première mondiale au Festival de Berlin, en février dernier. 

« Il y a certains romans que tu lis et que tu vois tout de suite le film que ça pourrait faire, indique Anaïs Barbeau-Lavalette (Inch’Allah) en entrevue au Journal. Mais pour La Déesse, ce n’était pas ça. C’était la force de la voix, la vérité et la façon directe de dire les choses qui m’ont frappée en lisant le livre. Le côté frontal de la narration de Geneviève [Pettersen] était vraiment rafraîchissant. Comme le personnage principal du livre, j’ai moi aussi pris des risques sans avoir conscience de ce que je faisais pendant mon adolescence. »

Campée au milieu des années 1990, l’histoire de La déesse des mouches à feu tourne autour du personnage de Catherine (Kelly Dépeault), une adolescente de 16 ans qui vit des moments difficiles à la maison depuis que ses parents (Caroline Néron et Normand D’Amour) ont entamé un houleux processus de divorce. Après avoir fait la rencontre d’une nouvelle gang d’amis à l’école, elle plongera tête première dans ses premiers trips de drogue et ses premières expériences sexuelles. 

« Le grand défi a été de trouver une façon de transposer l’authenticité et la pulsion du roman au cinéma, explique Anaïs Barbeau-Lavalette. Puisqu’on a fait le pari, avec la scénariste Catherine Léger, de ne pas mettre de voix off [narration] dans le film, on a essayé de reproduire cette énergie et cette vérité dans la mise en scène et dans l’incarnation des personnages. On a aussi voulu garder l’humour qui est très présent dans le roman. »

« Beaucoup de films sur l’adolescence mettent en scène des ados blasés et déconnectés du monde. Je ne voulais pas faire cela, parce que ce n’est pas du tout comme ça que j’ai vécu mon adolescence. J’étais tout croche pendant cette période de ma vie, mais j’étais vivante. Les adolescents que je vois sont chargés, vivants et dans leurs corps. J’avais envie de montrer cette fougue-là qui appartient juste à l’adolescence. C’est une période où on est vraiment dans une pulsion de vie, comme si on vivait une deuxième naissance. Les gens autour du personnage de Catherine croient qu’elle est en train de chuter, mais Catherine, elle, est convaincue qu’elle prend son envol. »

« Un film punk »

Le désir de faire un film punk était aussi au cœur du processus de création : « C’est quelque chose qu’on rappelait constamment, précise la réalisatrice de 41 ans. Dès qu’on sentait qu’on était en train de rendre le film trop lisse ou trop statique, on se disait : OK, on trashe la baraque. C’était tout un exercice pour notre directeur photo [Jonathan Decoste]. Il a tourné des scènes splendides, mais on devait parfois lui dire qu’on voulait que ça soit plus laid et plus punk. On ne voulait pas que ça soit trop beau. On voulait que ça soit brutal, viscéral et très sensuel aussi. Parce que la charge sensuelle de cet âge-là est très importante. »

Anaïs Barbeau-Lavalette a fait beaucoup de travail en amont pour préparer le tournage de La déesse des mouches à feu. Elle a notamment organisé des rencontres entre les jeunes acteurs du film pour leur permettre de développer une chimie entre eux : « On a fait des retraites à la campagne pour créer une cohésion entre eux et pour démystifier certaines scènes importantes du film comme les trips de drogue et les expériences sexuelles. Je pense qu’en faisant cela, on avait déjà gagné 50 % de la vérité du film. Avant qu’on commence à tourner, ils étaient déjà devenus des vrais amis. »

La cinéaste s’est aussi assurée de bien encadrer son actrice principale, Kelly Dépeault, qui est de toutes les scènes du film : « J’étais avec Kelly avant, pendant et après le tournage. C’était très important parce qu’elle porte le film sur ses épaules. Je sais qu’elle s’est nourrie de ses propres vertiges et de ses vulnérabilités, et c’était très courageux de sa part de le faire. Je lui suis très reconnaissante pour cela. »


La déesse des mouches à feu prend l’affiche vendredi.