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Pas de «James Bond» pour James Richard Cross

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Photo d'archives, Getty Images Les premiers ministres Edward Heat et Pierre Elliott Trudeau étaient en fonction au moment de la crise d’Octobre de 1970. On les voit ici deux ans plus tard lors d’une visite de Trudeau en Angleterre.

Coup d'oeil sur cet article

Stupéfaites par l’enlèvement d’un des leurs par le FLQ à Montréal, les autorités britanniques ont sérieusement songé à envoyer des agents pour prêter main-forte aux policiers canadiens, dont ils doutaient.

• À lire aussi: Les 50 ans de la crise d'Octobre: voyez des photos et documents inédits de la crise

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Mais évidemment, « la réalité est plus complexe que dans les films » et aucun « 007 » du MI6 ou de quelque « Special branch » n’est finalement débarqué au Québec pour libérer James Richard Cross, cet attaché commercial de Grande-Bretagne kidnappé par la cellule Libération, le 5 octobre 1970.

La une du Journal de Québec du 6 octobre 1970.
Photo d'archives
La une du Journal de Québec du 6 octobre 1970.

C’est un des aspects des relations diplomatiques Canada–Royaume-Uni, très intenses pendant la crise d’octobre, que l’historien Frédéric Bastien a documentés à partir des archives officielles, à Londres.

Il a réuni ses trouvailles dans un texte inédit, publié sur notre site web, et intitulé La Perfide Albion dans la mire du FLQ.

La bataille de Londres

Au milieu des années 2000, M. Bastien, professeur d’histoire au collégial et actuellement candidat à la direction du Parti québécois, a écumé les archives dans la capitale britannique.

Son but : refaire le fil des débats et des tiraillements de coulisse autour du rapatriement de la constitution canadienne, complété en 1982.

Ce faisant, il est tombé sur plusieurs documents historiques, dont certains inédits, qui décrivent la manière dont l’État canadien et celui du Royaume-Uni ont réagi pendant la crise d’Octobre, et plus précisément l’enlèvement de Cross.

Lorsque les Britanniques évoquent l’idée d’envoyer du renfort à Montréal, Charles Ritchie, Haut-commissaire canadien (équivalent d’un ambassadeur) à Londres, s’empresse de les en dissuader.

«Seule la police locale, forte de ses contacts et des renseignements accumulés sur les felquistes au fil des années, est en mesure de gérer cette situation. Les agents britanniques ne feraient que nuire aux opérations», fait-il valoir.

Londres s’y résout rapidement, constate l’historien, à partir d’une «note confidentielle datée du 11/10/70». Ce sont des diplomates britanniques au Canada qui se chargeront finalement d’établir des contacts avec les polices canadiennes.

Trudeau avertit Heath

Les premiers ministres anglais et canadien, Edward Heath et Pierre Elliott Trudeau, communiquent directement à quelques reprises pendant la crise.

Le 15 octobre, la veille de la promulgation de la Loi des mesures de guerre, dans une lettre classée « secret », Trudeau avertit Heath qu’il s’apprête à prendre des mesures musclées qu’il est en train d’élaborer avec le premier ministre du Québec et les oppositions au Parlement canadien.

Le 15 octobre 1970, le premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau écrit à son homologue britannique, Edward Heath.
Photo d'archives
Le 15 octobre 1970, le premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau écrit à son homologue britannique, Edward Heath.

Il soutient vouloir tout faire pour obtenir la libération des deux otages, Cross et Pierre Laporte.

Puis il ajoute : « Toutefois, nous devons empêcher que les fondements politiques et juridiques de notre pays soient minés. »

Il soutient qu’il n’y a là « aucune exagération » ; que ce n’est ni plus ni moins que « l’intégrité des systèmes politiques et juridiques qui est à risque », insiste-t-il. Au reste, il affirme que les négociations n’ont mené à rien et sont sans espoir.

Autrement dit, entre la vie de M. Cross et les risques de déstabilisation de l’État canadien, Pierre Trudeau indiquait son choix.

Carl Leblanc, pour son documentaire L’Otage, portant sur l’épreuve vécue par Cross, a accompagné ce dernier aux archives, au début des années 2000, lorsque celles-ci ont été déclassifiées : « Cross regardait placidement la raison d’État s’étaler dans ces documents. Remarquez, lui, ça ne le choquait pas. Il en avait vu d’autres », lui qui avait entre autres été déployé en Israël comme soldat de Sa Majesté.

Le gouvernement de la Grande-Bretagne a conclu qu’il « ne pouvait exiger du Canada ce qu’il ne ferait pas lui-même dans une situation du même type », résume Leblanc.

L’Irlandais

En parallèle cependant, « les autorités britanniques jonglent avec toutes sortes de stratégies pour obtenir la libération de Cross », selon ce que révèlent les archives exhumées par Bastien.

James Richard Cross à l’aéroport de Dorval après sa libération, s’apprêtant à rentrer au Royaume-Uni. Il vécut en captivité 59 jours.
Photo courtoisie, Jacques Bourdon
James Richard Cross à l’aéroport de Dorval après sa libération, s’apprêtant à rentrer au Royaume-Uni. Il vécut en captivité 59 jours.

Notamment de réclamer à Cuba et à l’Algérie, pays modèles pour le FLQ, d’émettre des déclarations publiques « appelant à la clémence ». Mais Ottawa et Londres y renonceront.

Une autre idée est avancée par l’ambassade britannique à Rome, le 20 octobre. Il s’agirait de présenter Cross comme un Irlandais.

En effet, il est né à Nenagh, en Irlande, en 1921, et peut donc être présenté comme un citoyen de la République. (L’ennui est que celle-ci était encore britannique en 1921. Elle devient indépendante en 1937.)

On espérait que les membres du FLQ seraient attendris, l’Irlande étant une nation s’étant battue pour son indépendance et reconnue comme « sympathique aux causes des minorités ».  

L’initiative fit chou blanc. « Le FLQ ne bronche pas », et les autorités n’ont plus qu’un seul espoir : « Que l’enquête policière progresse. »


L'historien Frédéric Bastien dans la capitale anglaise, en 2014, au moment de la tournée de promotion de son livre La bataille de Londres.
Photo courtoisie, Frédéric Bastien
L'historien Frédéric Bastien dans la capitale anglaise, en 2014, au moment de la tournée de promotion de son livre La bataille de Londres.

Au début des années 2000, Frédéric Bastien, professeur d'histoire au collégial et actuellement candidat à la direction du Parti québécois, a écumé les archives dans la capitale britannique dans le but de refaire le fil des débats et tiraillements de coulisse autour du rapatriement de la constitution canadienne du début des années 1980.

Ce faisant, il est aussi tombé sur plusieurs documents, dont certains inédits, qui décrivent la manière dont les États canadien et du Royaume-Uni ont réagi après l'enlèvement de l'attaché commercial de Grande-Bretagne James Richard Cross.

Il a réuni ses trouvailles dans un texte inédit, que nous publions ici avec son accord.  

La Perfide Albion dans la mire du FLQ  

Montréal, octobre 1970. Alors que l’automne commence à enrober doucement le Québec de son manteau coloré et que les vents frisquets annoncent déjà la saison froide, les Britanniques sont préoccupés. Depuis quelques années déjà, la montée du nationalisme québécois les inquiète. Le Québec a beau être reconnue pour la dureté de ses hivers, sa vie politique est devenue une saison chaude à l’année longue.

Au chapitre des sujets d’inquiétude du gouvernement de Sa Majesté, il y a d’abord les tentatives de réforme constitutionnelle qui n’ont encore rien donné. La loi suprême du Canada est toujours une création du parlement britannique que lui seul peut amender, plaçant constamment les Anglais en position d’arbitre entre les provinces et le gouvernement fédéral, une responsabilité dont ils se passeraient volontiers. 

Le Québec a aussi tissé des relations internationales, surtout avec la France. Et avec son fameux « Vive le Québec libre! » de 1967, ce sacré de Gaulle est venu jeter de l’huile sur le feu du malaise national canadien. Tel une cocote-minute soumise à une trop grande pression, la société québécoise est sur le point d’exploser.

La tirade gaullienne a profondément ulcéré les Britanniques. Non content de les empêcher d’entrer dans l’Europe ou de retirer les troupes françaises du commandement intégré de l’OTAN, voilà le Général qui s’attaque à un pays du Commonwealth. Londres vitupère à qui mieux mieux, le jugeant complètement irresponsable d’encourager le séparatisme québécois. 

Par ailleurs, la situation sociale s’est détériorée. Les manifestations violentes succèdent aux grèves sauvages dans une spirale dont personne n’entrevoit la fin. En 1969, la police de Montréal s’est même mise de la partie en refusant de travailler, ce qui a donné lieu à des scènes de pillage et d’anarchie jamais vues dans le centre-ville avant que l’armée ne reprenne les choses en main. Investisseurs importants au Québec, les Anglais sont inquiets de la tournure des événements.

Et puis il y a ce groupe indépendantiste violent appelé le Front de libération du Québec qui fait parler de lui depuis quelques années. Ses vagues d’attentats à l’explosif vont en s’intensifiant. Le climat est de plus en plus malsain. A Ottawa, au 80 Elgin Street, siège du Haut-Commissariat britannique, les représentants du gouvernement anglais s’inquiètent depuis plusieurs mois de la situation. C’est le cas de Hugh-Jones, un conseiller politique en poste depuis quelques années. En mars 1969, il utilise le télex codé pour envoyer au Foreign Office un rapport secret sur la situation, prenant également soin d’en faire parvenir une copie à l’ambassade de Washington.

Après avoir rappelé que la violence avait disparu durant l’Expo et qu’elle avait été davantage liée à des questions sociales au cours de l’année 1968, Hugh-Jones exprime sa principale inquiétude : la campagne de violence du FLQ:

“Since the turn of the year the bombings have become more vicious and more obviously political in nature. Those in Montreal were in the City Hall, a Federal Government office building, a high school, a union building, a bank, a military establishment, an armoury, the Stock Exchange, and the Queen’s Printers bookstore. The explosion in Ottawa was in a public post box in the centre of town. There have been injuries in Montreal but so far no deaths. The explosion on 13 February at the Montreal Stock Exchange was the worst, injuring 27 people”[1].

Tout cela est fort préoccupant. Mais le fait que les forces de l’ordre ne sachent pas à quel saint se vouer l’est encore davantage. Comme l’explique Jones, «until this week the Montreal City and Quebec provincial police and the RCMP had had no success in countering this terrorism. The RCMP admitted to us recently that they were making no progress»[2].

Et comme si tout cela n’était pas suffisant, Hugh-Jones relate à ses supérieurs que la police a découvert, le 2 mars, 3000 bâtons de dynamite et 2000 détonateurs dans une ferme abandonnée à 10 milles de Montréal, les forces de l’ordre lui ayant alors confié qu’elles n’avaient aucune idée de l’identité de ceux qui avaient stocké cet important arsenal. Comme le conclut Jones, “this week’s breakthrough by the Police will have done good. But there is scepticism in Montreal pending evidence that the terrorists have genuinely been broken”[3].

Vue de Londres toutefois, la situation n’est pas aussi préoccupante que d’Ottawa. En cette année 1970, la violence balaie plusieurs régions du monde, que ce soit en Occident ou dans le tiers-monde. Le terrorisme est devenu l’arme de l’extrême gauche. La bande à Bader sévit en Allemagne, l’OLP a détourné un avion qui faisait la liaison Tel-Aviv Rome. Des Britanniques sont enlevés en Palestine, pendant qu’au Guatemala des ravisseurs kidnappent puis abattent le diplomate ouest-allemand Von Spreti. Et tout cela au moment même où les Black Panters multiplient les attentats aux États-Unis.

Le parallèle avec le Québec est intéressant, sauf que personne à Londres ne le fait, Comme l’explique après les événements d’octobre Charles Wiggin, responsable du desk américain au Foreign Office:

«Even since the current vogue started in Latin America in 1969, we had feared that it would one day be our turn. (You will all have seen the circulars issued on the subject of how one might mitigate the risk). But few if any of us dreamt that our turn would come in Canada. With the benefit of hindsight we should perhaps have taken the threat in Montreal, and in Quebec generally, more seriously...

However, the Canadian government and security people (who are efficient, and with whom we have the closest links) evidently did not rate the danger to foreigners unduly high. Nor did our own people on the spot. Consequently nor did we in London where we are bound to rely largely on the estimates of risk we receive from abroad. While aware that there was some risk in Canada, I think everybody felt that compared with, say, most of Latin America and the Middle East, it was a slight risk. What Montreal has confirmed, alas, is that there are very few posts indeed in the world today which can be described as wholly safe...”[4] 

Alors que les Britanniques sous-estiment grandement le danger qui les guette, le FLQ est en train d’organiser « l’opération libération », qui consiste à entreprendre une campagne d’enlèvement pour obtenir la libération des « prisonniers politiques », c'est-à-dire de leurs camarades arrêtés lors d’une série de rafles policières lors du printemps précédent et à laquelle ont échappé de justesse 3 des principaux acteurs du drame sur le point de survenir.

En juin 70, surpris par la police au petit matin dans une maison de l’Estrie leur servant de repère, Jacques Lanctôt, Francis Simard et Paul Rose avaient tout juste eu le temps de rejoindre une cachette secrète au 2eme étage, échappant in extremis à l’intense fouille policière qui s’en était suivie. « Un vrai coup de chance » dira plus tard Francis Simard.[5] 

La veine des trois hommes leur permet de plancher sur leur campagne d’enlèvements. Au cours des semaines suivantes, ils s’entassent dans la chaleur moite de l’été à l’intérieur d’un petit appartement de la rue St-Jacques. En guise d’ameublement, on ne compte que des matelas posés par terre. Outre le dénuement des lieux, la tapisserie attire l’attention. Les murs sont recouverts de deux immenses babillards placardés de photos de diplomates, avec leurs noms et leurs lieux de travail. Des dates, des adresses, des horaires y sont également consignés[6].

Tous rêvent d’enlever un diplomate américain mais ceux-ci ont disparu de la circulation, alertés par la tentative d’enlèvement d’un des leurs au printemps. Les felquistes décident alors de se rabattre sur un diplomate britannique, Richard Cross, l’attaché commercial de Grande-Bretagne. Après tout, Elizabeth II est reine du Canada et le pays fait partie du Commonwealth. Albion, ce dieu tutélaire anglais de la mythologie, maintes fois qualifié de « perfide » par les Français, semble avoir le dos bien assez large pour être tenu responsable des malheurs des Québécois. Cross a également l’avantage d’être « aussi fidèle et ponctuel à ses habitudes qu’un Anglais dans un roman, c’était vraiment une cible facile», comme le dira plus tard Francis Simard»[7].

Au début de septembre, les terroristes sont malgré tout divisés. Neuf militants se réunissent à leur quartier-général de la rue Armstrong pour discuter de la suite des choses. Parmi eux, on retrouve les principaux acteurs du drame qui se dessine, notamment les frères Paul et Jacques Rose, Jacques Lanctôt, Jacques Cossette-Trudel, Francis Simard, Marc Carbonneau et Yves Langlois[8]. On examine différentes possibilités d’enlèvement de diplomates, soit au golf de l’Île des Sœurs ou à la Place Ville-Marie. Les terroristes sont divisés sur l’opportunité de passer à l’action tout de suite. Les frères Rose et Francis Simard souhaitent attendre et restructurer l’organisation tandis que Jacques Lanctôt veut frapper tout de suite. Un vote est pris : cinq contre quatre sont en faveur d’un coup d’éclat à brève échéance[9]. Les frères Rose refusent le résultat du vote et prennent le chemin des États-Unis, les autres passent à l’action. Faute de mieux, Jasper Cross reste la cible la plus facile.

L’enlèvement  

La veille du kinapping, Louise Cossette Trudel passe la nuit précédant l’enlèvement en faisant le guet dans son auto, garée devant la maison de l’attaché commercial de Grande-Bretagne, à Westmount, afin de s’assurer des mouvements de leur victime. Pendant ce temps, l’occupant des lieux lit Travels With My Aunt, de Graham Green, un roman où un gérant de banque vit une vie tranquille lorsque, après une série de circonstances incroyables, il se retrouve plongé dans la contrebande de drogue. 

Pour Jasper Cross, un vétéran de la 2eme Guerre mondiale, cette lecture lui rappelle sa propre vie, devenue tranquille après le conflit. Comme il le dira après les événements, « I thought rather that I was getting bit like that bank manager. After all I had a fairly excited life, I was sort of rather getting stale, nothing much had happened to me for a long time, I was getting old.[10]” 

Cette tranquillité ne veut toutefois pas dire que la vague de violence qui secoue le Québec n’a pas attiré son attention. Cross est en poste depuis deux ans et l’idée qu’une bombe puisse être placée au Consulat général de Grande-Bretagne lui a traversé l’esprit. Il a aussi entendu parler des tentatives d’enlèvement du consul israélien et américain. Mais après tout se dit-il, l’attaché commercial britannique serait un bien petit poisson pour les terroristes québécois[11].

Le lendemain matin, 5 octobre, le principal intéressé va être en mesure de voir à quel point il s’est trompé. Vers 6 h30 Marc Carbonneau vole une voiture de taxi Diamond au coin des rues Saint-Joseph et Saint-Denis, remplace ensuite son panneau d’identification par celui de la compagnie Lasalle[12]et va à un lieu convenu prendre Jacques Lanctôt, Marc Carbonneau et un nouveau comparse, Nigel Hamer, un étudiant en génie à l’université McGill d’origine britannique. 

Le groupe se présente au domicile de Cross, rue Redpath Crescent, où les attend Louise Lanctôt qui fait le guet. Elle leur fait signe que la voie est libre en clignant avec les phares de sa voiture. Les quatre hommes sont armés d’une carabine M-1, d’un Beretta italien de calibre 22 et d’un luger allemand. 

À 8 h20, au moment où Lanctôt se présente à la porte prétextant livrer un paquet, Cross se rase dans la salle de bain adjacente à sa chambre où se trouve encore sa femme. La bonne portugaise répond à la porte et Lanctôt la menace bientôt de son arme, rejoint rapidement par Langlois et Hamer. Lorsque les terroristes lui demandent une première fois où est Cross, elle affirme qu’il n’est pas là. Menacée à nouveau alors que sa fillette de quatre ans est en pleurs à ses côtés, la gouvernante craque et indique aux ravisseurs que Cross est à l’étage. Lanctôt et Hamer s’y précipitent.

« Get down on the floor or you will be fuck and dead » hurlent-ils lorsqu’ils font irruption devant le diplomate et sa femme[13]. Pendant un instant, Cross, 49 ans, pense sérieusement à leur résister. Mais étant donné la présence de sa femme, d’un enfant et de sa mère et le calibre des armes qu’exhibent les felquistes, il en vient à la conclusion que toute résistance est inutile. Pendant qu’il est menotté, Jacques Lanctôt commande à sa femme de retenir leur gros Dalmatien, qui menace les agresseurs de ses crocs, sous peine d’abattre l’animal.

Cross est ensuite autorisé à s’habiller et à faire, en quelques secondes, des adieux déchirants à sa femme. On lui passe ensuite un imperméable sur la tête et on le fait monter dans le taxi. Le groupe atteint un garage de la rue Edouard-Montpetit[14] cinq minutes plus tard. On transfert alors l’otage d’auto, lui enfilant un masque à gaz dont les ouvertures pour les yeux ont été recouvertes d’une peinture opaque. 

Les ravisseurs sont passablement nerveux. Leurs mains tremblent tellement qu’à un certain moment, craignant le pire, Cross les enjoint de se calmer et tente de les rassurer. Vingt minutes plus tard, le groupe arrive à son repère du 10 945 rue des Récollets. On remet des menottes à Cross, les mains en avant cette fois. Il est gardé sur un matelas dans une chambre où il doit porter un masque lorsqu’il s’adresse à ses ravisseurs, sauf lorsqu’il va aux toilettes, moment où ce sont ses geôliers qui sont masqués. Au bout de trois ou quatre jours, on lui permettra d’enlever ses menottes et de s’extirper de son matelas pour lire et regarder la télévision[15]

Pendant ce temps-là, l’alerte a été donnée à la police. Le Haut-Commissariat britannique en est averti immédiatement mais il n’y a pas d’ambassadeur en place. Un nouveau Haut-Commissaire a bien été choisi en la personne de Peter Hayman mais il n’est pas encore entré officiellement en fonction. C’est donc M.R. Whitehead, un chargé d’affaires, qui prend les choses en main. Vétéran de la Deuxième Guerre mondiale ayant servi dans l’artillerie, l’homme en a toutefois vu d’autres et les circonstances dramatiques de l’enlèvement de son collègue ne lui font pas perdre son sang-froid.

Aussitôt informé de la situation, il envoie une dépêche en mode «flash» au Foreign Office, une méthode qui permet au récepteur téléx d’imprimer en priorité le télégramme ainsi envoyé. À Londres, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Le premier ministre Edward Heath en est aussitôt informé. Par la voix d’un de ses conseillers, il dicte aussitôt la marche à suivre :

«Dear Johnny, we spoke on the telephone about the kidnapping of Jasper Cross, the head of the Government Office in Montreal by the Front de Libération Quebecois (sic). I have passed this news to the Prime Minister. He would be grateful if firm representations could be made immediately to the Canadians asking them to do everything possible to rescue Jasper Cross as quickly as possible. You told me that Sir Denis Greenhill already had this in hand. 

The prime minister would be glad if the Press could be told as soon as possible that these representations are being made to the Canadians”[16].

Au Foreign Office, certains experts du desk américain doutent du bien-fondé de cette démarche. Selon eux, l’expression « démarches fermes » porterait le FLQ et/ou la presse à croire que les Britanniques jugent que les Canadiens ne sont pas à la hauteur de la situation[17].

Les Anglais en sont à réfléchir à cette question lorsqu’ils apprennent les revendications des felquistes. En effet, dans l’après-midi du 5 octobre, Jacques Lanctôt a rédigé un premier communiqué qu’il a déposé près de l’Université du Québec à Montréal et dans lequel il explique les revendications du groupe terroriste :

«Le FLQ appuie inconditionnellement les Noirs des États-Unis et ceux d’Afrique, les mouvements de libération d’Amérique latine, de la Palestine et de l’Asie, les catholiques révolutionnaires d’Irlande du Nord et tous ceux qui luttent pour leur liberté, leur indépendance et leur dignité. Le FLQ tient à saluer particulièrement les peuples cubains et algériens qui luttent contre l’impérialisme et le colonialisme sous toutes ses formes. Nous croyons que le seul et véritable appui valable que nous pouvons apporter à ces peuples qui marchent vers leur libération, c’est d’abord de nous libérer nous-mêmes»[18]

Quelques heures plus tard, on en apprend davantage sur les revendications du groupe lors d’une conférence de presse du ministre de la justice Jérôme Choquette. Ce dernier explique que les felquistes exigent la diffusion de leur manifeste, la libération de 23 soi-disant « prisonniers politiques », un avion pour aller vers Cuba ou l’Algérie, le réengagement des «gars de Lapalme », un versement en argent de 500 000$ à titre de « taxe volontaire », tout cela sans compter l’obtention du nom d’un délateur qui les a « vendus » à la police en juin 1970. Finalement, les terroristes exigent ni plus ni moins que la cessation des opérations policières destinées à les retrouver, mais de cela Jérôme Choquette ne soufflera mot.

Ces nouveaux développements modifient considérablement la donne du côté britannique. Il n’est plus question de faire des «démarches fermes » auprès du gouvernement fédéral et de rendre publique cette stratégie. D’autant plus que le premier ministre canadien, Pierre Trudeau, a pris la peine de rassurer son vis-à-vis anglais sur la marche qu’il compte suivre :

“I am sure you realize how shocked I was to learn of the kidnapping of your Trade Commissioner in Montreal this morning. The drastic implications of this latest example of international political blackmail—the first in Canada—are only now emerging. I wish to give you my personal assurance that in determining the course of action this government must follow we are fully aware of the grave responsibility which rest on us.

I should add that we are receiving the fullest co-operation from Quebec and Montreal governments and are keeping in close touch with your people here”[19].

Ce message, couplé aux exigences des ravisseurs, influence la position du gouvernement de Sa Majesté, comme en atteste le compte-rendu d’une réunion du cabinet tenue le 6 octobre. Douglas-Home, le secrétaire du Foreign Office, a fait un résumé de la situation aux membres du gouvernement: 

«The Canadian government had been informed that we did not feel that we could press them to accede to the FLQ’s demands in view of their nature. We considered that the responsibility for dealing with the affair and securing the return of Mr. Cross rested with the Canadian Government who had accepted this. We should not have to await developments; but when this incident was over, we should have to consider whether we should follow the United States example and announce publicly that in any future cases of this kind we would not be prepared, even in the interests of saving human life, to bring pressure to bear on other Governments by kidnappers abduction of British officials or private individuals residing in their country. 

The Prime Minister, summing up a brief discussion, said that the Cabinet approved the line taken by the Foreign and Commonwealth Secretary.[20]

En somme, plus question de faire des pressions. Les Britanniques s’en remettent désormais totalement aux Canadiens et, tant à Québec qu’à Ottawa, on a établi une stratégie commune consistant à rechercher la libération de James Cross en retour d’un minimum de concessions de la part des autorités. Un sauf-conduit vers Cuba ou l’Algérie sera offert aux ravisseurs dans la mesure où ces pays seraient prêts à les accepter, rien de plus[21]. Entre-temps, il s’agira de gagner du temps.

James Bond n’ira pas au Canada  

De leur côté, les Anglais se demandent s’ils ne devraient pas envoyer des renforts policiers à Montréal pour prêter main forte aux autorités locales. Après tout, la Grande-Bretagne n’est-elle pas le pays de James Bond? On pense notamment au fameux Mi6 ou encore à un membre du Special Branch pour les opérations spéciales. Sauf que la réalité est plus complexe que dans les films où les services secrets britanniques réussissent à infiltrer tous les mouvements subversifs du monde, et où 007 n’a plus qu’à se mettre à l’action pour les mettre hors d’état de nuire.

Dès que les Britanniques laissent planer cette idée au Haut Commissaire canadien à Londres, Charles Ritchie, celui-ci a tôt fait de les dissuader de s’engager dans cette voie. Seule la police locale, forte de ses contacts et des renseignements accumulés sur les felquistes au fil des années, est en mesure de gérer cette situation. Les agents britanniques ne feraient que nuire aux opérations, une opinion que partagent les services secrets et la police britannique selon qui, dans la situation inverse, il serait fort inopportun que le Canada dépêche des policiers auprès d’eux[22]. On décide finalement que le numéro 3 du Haut-Commissariat britannique, Lord Dunrossil, un ancien pilote de la Royal Air Force, établira des contacts avec la police à Montréal, tandis qu’un responsable de la sécurité se rendra au Canada durant la crise afin d’établir de mieux relayer l’information de part et d’autre.

Mais tandis qu’on discute des opérations policières, les événements évoluent rapidement. Le 7 octobre, le manifeste du FLQ est lu sur les ondes de CKAC. Affirmant ne pas être «un Robin des Bois des temps modernes», le groupe terroriste dénonce tour à tour la compagnie de transport Murray-Hill, l’exploitation du peuple québécois, l’anglicisation forcée de celui-ci et la situation économique inférieure des Canadiens français. Le texte est lu le lendemain à la télé de Radio-Canada, juste avant la fin d’un ultimatum fixé par la cellule Libération, exercice qui suscite une certaine sympathie dans l’opinion publique.

Et tandis que les citoyens hésitent devant la marche à suivre, l’agitation qui a gagné le Québec a fait beaucoup de bruit aux Etats-Unis, où les frères Rose et Francis Simard tentent de lever de nouveaux fonds pour l’organisation. C’est au Texas qu’ils apprennent l’enlèvement de James Cross, ce qui les met aussitôt dans un grand état excitation. Ils décident illico de rentrer au Québec[23] et sont sur l’autoroute près d’Albany lorsqu’ils entendent la lecture du manifeste qu’ils écoutent après s’être garés sur l’accotement[24].

Parallèlement, la cellule Libération suspend sa menace d’exécution et réduit ses exigences suite à la diffusion du manifeste. On ne souhaite plus que la libération des « prisonniers politiques ». Sauf que la seule concession que le gouvernement est encore prête à leur faire est la possibilité d’un sauf-conduit, ce que Jérôme Choquette explique à la télévision à 17h40 le 9 octobre, 20 minutes avant la fin d’un nouvel ultimatum fixé par les terroristes.

C’est à ce moment précis que les frères Rose et Francis Simard entrent en scène. Rentrés la veille, ils kidnappent à la pointe du fusil le ministre du Travail, Pierre Laporte, alors qu’il jouait au football avec son neveu devant sa maison de St-Lambert. Les auteurs du crime ont tout juste le temps de s’enfuir avant que des barrages policiers soient dressés, profitant du fait que leur repère est à quelques minutes de la résidence de Laporte, au 5630 rue Armstrong. La cellule Chénier vient d’entrer en action.

L’alerte générale a été donnée à 18h20. Stupeur et panique dans les milieux gouvernementaux. Le Foreign Office est informé presque en temps réel grâce à une série de télex envoyée en mode flash. Rapidement, un premier communiqué de la cellule Chénier est émis :

« face à l’entêtement des autorités en place à ne pas obtempérer aux exigences du FLQ et conformément au plan 3 préalablement établi en prévision d’un tel refus, la cellule de financement Chénier vient d’enlever le ministre du Chômage et de l’Assimilation des Québécois, Pierre Laporte. Le ministre sera exécuté dimanche soir à 22 h00 si d’ici là les autorités en place n’ont pas répondu favorablement aux sept demandes émises à la suite de l’enlèvement de M.James Cross...nous vaincrons »[25]

Le lendemain, une lettre déchirante de Pierre Laporte est rendue publique par le FLQ. «Mon cher Robert, j’ai la conviction d’écrire la lettre la plus importante de ma vie...décide de ma vie ou de ma mort, je compte sur toi et t’en remercie ». Sous l’emprise de ses ravisseurs, ce dernier évoque un scénario suivant lequel, dans l’hypothèse où le gouvernement ne cèderait pas, des prises d’otages à répétition auront lieu et se termineront par un immense bain de sang. Le gouvernement doit donc négocier.

Suite à cet « appel », Robert Bourassa répond par une de ses déclarations ambiguës dont lui seul a le secret. « Nous voulons, avant de discuter l’application des demandes qui sont faites, établir des mécanismes qui garantiraient , si l’on veut prendre l’exemple dont parle Pierre Laporte, que la libération des prisonniers politiques ait comme résultats certains la vie sauve des deux otages. Il y a là un préalable que le simple bon sens nous force à demander »[26].

En fait, tout en laissant croire qu’il est prêt à négocier l’échange des prétendus prisonniers politiques, qui sont en fait des criminels de droit commun, Bourassa ne cherche qu’à gagner du temps. Sauf que ce faux appel à la discussion est bientôt suivi par celui de René Lévesque, chef du Parti québécois, qui lance dans les pages du Journal de Montréal un vibrant appel à l’établissement de pourparlers. Secondé en cela par Claude Ryan dans les pages du Devoir pour qui « l’option de la négociation est la plus humaine et la plus réaliste ».

Le 14 octobre, cette idée est relayée par un groupe de 16 personnalités dont Ryan et Lévesque, auxquels se sont joints les leaders syndicaux Marcel Pépin, Claude Carbonneau, Louis Laberge, ainsi que d’autres leaders d’opinion comme le sociologue Yves Rocher . Désorientée, en perte de repère, une partie des décideurs québécois et de l’opinion publique refusent la seule attitude qui puisse exister lorsque le terrorisme menace l’État démocratique, celle du refus de négocier. Cette situation n’est pas sans frapper les Britanniques qui ont fait face à des situations bien plus dramatiques dans leur histoire. Comme l’écrit le chargé d’affaires Whitehead :

“Although the involvement of Levesque and the Parti Quebecois in this move can be interpreted as a rather distasteful piece of party political manoeuvring to embarrass the Quebec government, the inclusion among the signatories of people such as Ryan could be more disquieting...

Events have moved so fast and in such complex patterns that some people seem to be forgetting the origins of the present situation (i.e. the kidnapping by the FLQ) and to be seeing the issue as a straightforward contest between rigid hard-liners in the two governments and right thinking people inspired by the purest humanitarian motives. Before the statement was issued I had already discussed this sort muddled thinking during a talk with Ritchie on the basis of speculating whether any helpful countervailing press comment by some French Canadian journalists was likely to be stimulated. Ritchie did not think that there existed (at least at the federal level) the right sort contacts for this purpose.

External affairs assure us that the Quebec government itself remains absolutely firm and continues to be in constant communications with the Federal government. Nonetheless, if public opinion in Quebec were to be influenced strongly by statements such as these and if there were a general wave of dissatisfaction with the line that the Quebec government has so far taken, there could be difficult time ahead”[27]

En effet, les choses bougent rapidement et le courant de sympathie pour le FLQ qui se dessine dans une partie de l’opinion publique n’est pas sans gêner le gouvernement fédéral. Le 15 octobre, lors d’une réunion de 3000 sympathisants felquistes dans le Vieux-Montréal, les caméras de télévision diffusent des images d’une jeunesse déroutée et déroutante, à la chevelure longue et aux barbes florissantes, scandant à satiété « FLQ! FLQ! FLQ! » apparemment totalement inconsciente du drame vécu par les otages et leur famille. 

Trudeau et Bourassa sont déterminés à ne pas laisser les choses aller ainsi, estimant que les négociations ne vont nulle part. Le 15 octobre, le chef du gouvernement fédéral s’ouvre de la situation à son vis-à-vis britannique. Après l’avoir assuré que le Canada fait tout pour obtenir la libération des deux otages, il explique que :

“At the same time we must prevent the undermining of the foundation of government and law in this country. Unfortunately, that is no exaggeration of what we now face.

The potentialities of the course which we have been following have been exhausted. Serious negotiations have not proved possible. An indefinite continuation of this process shows no prospect of lifting Mr. Cross and Mr. Laporte from the danger which hangs over them at the whim of their captors. Meantime the integrity of our political and legal system is being seriously challenged by a reckless group and the risk of other incidents of terrorism endangering human life is increasing. 

Consequently, we shall have to take further action which I am now discussing with the Prime Minister of Quebec and Opposition Leaders in Parliament. We shall give the kidnappers every chance to return their captives if they are at all prepared to do so. Then we shall have to end the terror to which this group subject their captives and the Canadian people”[28].

Edward Heath n’a pas à attendre longtemps pour voir que Trudeau est sérieux. La journée même, 8000 soldats sont envoyés au Québec pour prêter main forte aux policiers. Le lendemain, 16 octobre, la loi des Mesures de guerre est proclamée, donnant de vastes pouvoirs aux forces de l’ordre. Dans les jours qui suivent, on procède à quelque 500 arrestations, 31 700 perquisitions, dont 4600 conduiront à des saisies[29]. Comme le dira plus tard Jean Marchand, l’un des ministres importants du cabinet fédéral d’alors, on a « mobilisé un canon pour tuer une mouche »[30].

Mais le gouvernement britannique ne le voit pas de cet œil. Ceux qui condamnent les moyens déployés par les autorités sont des pleurnichards, comme l’écrit après les événements le Haut-Commissaire britannique Peter Haymen: 

“the Provincial and Federal government had little alternative but to act promptly and decisively in the way that they did. But they had almost inevitably to accept the scenario sketched by the FLQ. They had to introduce the cumbersome War Measures Act, which was accepted by the great majority of Canadians but has provoked the strident protests of many ‘bleeding heart’—and to have a ‘bleeding heart’ is a characteristic of many Canadian intellectuals! ”[31].

Quoi qu’il en soit, 2 jours après le déploiement militaire, le 17 octobre, Pierre Laporte est assassiné. La veille, ce dernier s’était gravement blessé en se jetant à travers une fenêtre pour s’échapper. Pendant 24 heures ses geôliers oscillent entre le tuer ou le libérer. Ils décident finalement de l’étrangler. (NB: C'est ce que les communiqués du FLQ affirmaient. Mais notons que le rapport Duchaîne, en 1982, conclut que la mort de Laporte fut accidentelle.)

Cet assassinat se répercute aussitôt au niveau politique. Les sympathies qui s’étaient exprimées dans l’opinion publique envers le FLQ s’évaporent dès que la nouvelle éclate. 

Menaces contre le Québec à Londres  

La tournure dramatique des événements touchent aussi au Royaume-Uni. Tandis que la loi des mesures de guerre suscite de nombreuses interrogations au sein des milieux de gauche, la crise d’octobre attire aussi l’attention sur le Canada chez une pléiade d’individus aux intentions plus ou moins louables, sans compter les Canadiens et les Québécois vivant en Grande-Bretagne qui sont interpellés par la situation. 

En fait, la fébrilité est telle que des menaces visent le Haut-Commissariat du Canada et la Délégation du Québec, tandis qu’un certain nombre de Québécois présents au pays au Royaume-Uni inquiètent les autorités, comme en atteste une note secrète du 22 octobre envoyée du Home Office (ministère de la sécurité publique) au bureau du premier ministre :

“In discussions with the security officer and the liaison officer at the Canadian High Commission, the Special Branch of the Metropolitan Police have examined the circumstances of High Commission staff pretty thoroughly and have offered advice both about the protection of buildings and the routine of particular members of staff.

Apart from any arrangements relating to the High Commission, its staff and buildings, the Special Branch are keeping an eye on about a dozen French Canadians in this country who, while not apparently being associated with the FLQ are nonetheless worth watching carefully”[32].

Outre ces Québécois au profil suspect, il faut aussi protéger ce qu’on appelle familièrement le «Canada House », où travaillent les diplomates canadiens à Londres. Des citoyens britanniques y ont téléphoné pour dire que si on molestait Cross, ils s’en prendraient aux Québécois qui y travaillent, menace formulées au moment même où les appels à la bombe se multiplient. Un individu violent, apparemment atteint de maladie psychiatrique, a même réussi à s’introduire dans le Haut-Commissariat et à menacer le personnel avant d’être maîtriser par la police. La situation est telle que des mesures toute particulières ont même été prises pour protéger Guy Roberge, le Délégué général du Québec, qu’on estime particulièrement menacé.[33] 

A cela s’ajoute le problème d’un certain nombre de manifestations devant la Maison du Canada, où le pays est dénoncé comme étant un régime policier comparable à la Grèce des colonels. Deux manifestants, des Canadiens anglais selon la police, se sont même installés en permanence devant l’entrée principale et distribuent des feuillets de propagande qui dénoncent à la fois la mainmise des Anglo-Canadiens sur l’économie québécoise, l’infériorité économique des Canadiens-français et la répression qui s’exerce contre les mouvements gauchistes et indépendantistes. 

Pendant ce temps-là, l’enquête piétine pour retrouver l’otage britannique. Le 17 octobre, certains médias rapportent même la mort de Cross à la télévision, lequel assiste en direct à une émission spéciale d’information sur ce sujet, ce qui ne manque pas de saper son moral déjà frêle. « Je pensais que j’étais le prochain » dira-t-il plus tard[34].

Enfermé dans sa chambre du 10945 rue des Récollets depuis un mois et demi, il imagine sa femme apprenant la nouvelle, le cœur saisi par l’émotion, s’écroulant de chagrin après une longue attente en forme du supplice, abattue par des événements complètement excessifs pour lesquels même la guerre ne l’avait pas préparée. Cette image est comme une chape de plomb qui s’abat sur l’otage. Son désespoir est absolu.[35]

Mais même après avoir touché le fond du baril, l’ancien étudiant de science politique a assez de ressort pour tenter de convaincre ses geôliers de le libérer, essayant de leur faire comprendre qu’il ne représente pas une valeur très grande pour le gouvernement canadien. Les felquistes n’obtiendront pas de concessions supplémentaires d’Ottawa en retour de l’attaché commercial britannique leur dit-il en substance. Vers la fin de sa captivité, ceux-ci semblent de plus en plus réceptifs à cet argument mais le diplomate ne sait pas si cet état d’esprit les mènera à poser un geste humanitaire ou à choisir la politique du pire. En tout cas, il est convaincu qu’ils n’hésiteront pas à l’abattre et à se donner la mort ensuite si besoin est. 

Parmi ses geôliers, les hommes du groupe semblent pencher vers la clémence. Mais ce n’est pas le cas de Louise Lanctôt, qu’on surnomme bientôt « la sorcière », et qui ne permet même pas à l’otage de se raser, contrairement aux kidnappeurs. Elle plaide pour qu’on liquide l’otage afin qu’il ne nuise pas à la fuite du groupe[36].

Inquiet de son avenir immédiat, Cross pose aussi des questions sur les mobiles de ses ravisseurs et les réponses qu’on lui sert ne sont guère convaincantes. Ses geôliers évoquent «l’impérialisme culturel » de la Grande-Bretagne ainsi que l’appui de Pierre Trudeau au Commonwealth, autant d’arguments qui ressemblent à une rationalisation à posteriori. Pour Jasper Cross, il est clair que les felquistes recherchaient surtout de la publicité pour leur cause. Plusieurs diplomates auraient fait l’affaire, lui-même constituant simplement une cible plus facile que d’autres[37]

Mais quelles que soient les raisons des terroristes, pour Mme Cross l’attente devient insupportable. La tension perpétuelle qu’elle vit à Montréal est trop dure à supporter. En dépit d’un certain sentiment de culpabilité qu’elle éprouve à s’éloigner de son mari, elle décide de partir pour Berne rejoindre l’ambassadeur britannique en Suisse, et sa femme, qui sont de bons amis du couple Cross. On organise son départ dans le plus grand secret à bord d’un avion spécial afin qu’elle ne soit pas importunée par les journalistes. 

Un Irlandais a été kidnappé  

Sur place, l’attente se poursuit avec son lot de frustrations, tandis que les autorités britanniques jonglent avec toutes sortes de stratégies pour obtenir la libération de Cross. L’une d’elles consiste à demander à Cuba et à l’Algérie, pays dont se réclame le FLQ, de faire une déclaration publique appelant à la clémence des ravisseurs, un scénario évoqué entre Ottawa et Londres, comme en atteste Peter Haymen, le Haut-Commissaire britannique au Canada, dans une dépêche de Peter Haymen câblée à Londres en novembre:

“Moreover, Canadian government has, I understand, discussed public statements of the kind you suggest with both the Algerian and Cuban governments, but neither was willing to take such action. Moreover, any real effect on the FLQ who are mainly concerned with their own affairs, even if they have copied Algerian and Cuban methods and are trying to put themselves on the world stage. The Canadians have not made an approach to China, but doubt whether this would have any effect. However, the safe conduct offer for the kidnappers to go to Cuba, with the approval of the Cuban government, still stands and could be vital if and when Cross is found. The Canadians don’t see intervention by U Thant could help, unless it were an appeal for the unconditional release of Cross.[38]

Finalement, toutes ces hypothèses de travail sont abandonnées face à leurs faibles probabilités de succès. Mais une autre avenue s’ouvre peut-être alors qu’un télégramme arrive à Londres en provenance de l’ambassade britannique à Rome :

“Irish Embassy have told us that Cross was born in Ireland and therefore retains Irish nationality. They wonder if this fact could be used to influence the kidnappers. They have in mind the possibility of a statement by the Irish government, deploring the action the FLQ towards an Irish subject and drawing attention, perhaps by implication, to well-known Irish sympathies for minority causes. 

I pass this on for what it is worth. Irish embassy have not felt able to make the suggestion from Rome but wonder whether, if you have not already been in touch with Irish government, it would be worth our discussing the idea in Dublin”[39].

Cette nouvelle soulève une petite lueur d’espoir lorsqu’elle atteint la capitale fédérale, tandis que les Irlandais s’affairent à faire savoir publiquement que James Cross est un citoyen de la République de l’Irlande. Ce n’est pas tout à fait vrai mais bon, il y a des situations où nécessité fait loi. Comme l’explique Peter Hayman depuis Ottawa:

« The Irish ambassador phoned Whitehead to tell him this afternoon to say that the Irish PM, Lynch, at the UN, made a statement on behalf of the government expressing horror at the killing of Laporte and hoping in the name of humanity for the immediate release of Cross. 

The Irish ambassador told Ritchie (n.d.l.r. le sous-ministre canadien aux affaires extérieures) that so far as the Irish government were concerned they naturally had profound anxiety about Cross but did not go beyond this.

Ritchie said that he had not previously appreciated that Cross and Mrs. Cross were born in Ireland and still had a number of relatives there. He thought that if this could be brought out in some way it could not do any harm and might do some good.

Mr. Lynch’s statement has already been issued to the newspapers and the Irish ambassador is now calling the newspapers to point out that the special reason why Mr. Lynch made his statement about a senior British trade commissioner was that Cross and his family were born in Ireland and still had a number of relatives there”[40].

Malheureusement, l’appel des Irlandais trouve peu d’écho. Le FLQ ne bronche pas. Il n’y a plus qu’à espérer que l’enquête policière progresse. 

Heureusement, à partir du 20 novembre, les limiers de la police remontent une piste intéressante. Deux agents de la GRC, Donald McCleery et Rick Bennett, ont réussi à identifier l’adresse de Denise Quesnel, le 1485 Laurier Est, appartement qui fait partie du réseau de soutien à la cellule Libération. Le logement est désormais surveillé par les policiers. Une semaine plus tard, les policiers prennent en filature Quesnel et sa fille Hélène alors qu’elles se rendent au resto la Douce Marie, à Montréal Nord, pour rencontrer deux des ravisseurs de Cross, le couple Louise Lanctôt et Jacques Cossette-Trudel. Ceux-ci retournent ensuite au 10945 des Récollets, lieu qui est aussitôt mis sous surveillance. La police réussit même à occuper deux des appartements adjacents pour épier les ravisseurs. Mais elle n’est pas certaine à 100% que Cross s’y trouve. Pendant ce temps-là, les frères Rose et Francis Simard sont localisés sur la Rive-Sud où ils sont bientôt arrêtés[41].

L’enquête progresse maintenant à vitesse grand V et ses responsables sont de plus en plus convaincus que l’otage britannique se trouve rue des Récollets. Le 2 décembre, on arrête les Cossette-Trudel qui ont quitté l’appartement à 12 h36. Ils sont cueillis près du métro Henri-Bourassa. Voyant qu’ils ne reviennent pas, les autres ravisseurs s’aperçoivent bientôt que leur repère est cerné. Détenue et confrontée par les limiers de la police, Louise Lanctôt finit par admettre que l’otage britannique se trouve rue des Récollets.

A deux heures du matin, le 3 décembre, la police y coupe le courant. Pris au piège, les ravisseurs peignent le sigle FLQ sur la fenêtre de l’appartement et rédigent à la hâte un communiqué précisant que Cross, qui a été menotté à une porte, « sera le premier à mourir, nous avons plusieurs bâtons de dynamite amorcés. Si vous voulez négocier, envoyez-nous un journaliste de Québec-Presse ou du Devoir et Me Bernard Mergler »[42]. Au moment de rédiger ce qui sera leur dernier texte, un des felquistes propose de conclure avec le traditionnel slogan « nous vaincrons », une proposition qui déclenche l’hilarité générale considérant que leur repère est cerné par 1000 militaires. Même Cross éclate de rire. 

Mais les choses redeviennent rapidement sérieuses. Dans la journée du 4 décembre, l’avocat Bernard Mergler se met à faire la navette entre le barrage policier et la tanière des ravisseurs, négociant avec Robert Demers qui représente le gouvernement, tout en étant en contact avec Ricardo Escartin, premier secrétaire du consulat cubain à Montréal, dont Mergler est le conseiller juridique. 

L’offre du gouvernement est simple : un sauf-conduit à Cuba contre la libération de l’otage. Les felquistes n’ont pas le choix. On convient bientôt que Cross sera livré aux diplomates cubains au pavillon canadien de Terre des hommes, déclaré territoire cubain pour l’occasion. Ceux-ci le garderont jusqu’à ce que les terroristes arrivent au pays de Fidel Castro.

A 14 heures, tout le monde se met en route pour Terre des hommes au pavillon canadien. Carbonneau qui est au volant de la voiture taxi des ravisseurs, est tellement nerveux qu’il frappe le rebord de la porte de garage en sortant et doit recommencer la manœuvre une nouvelle fois. Pendant le trajet, les felquistes sont escortés de plusieurs véhicules de police. Jacques Lanctôt, assis à l’extrémité de la banquette arrière, est bardé de dynamite. Assis à ses côtés, Cross a tellement peur que la portière ne s’ouvre, qu’il bascule de l’auto en marche et fasse tout sauter qu’il le tient fermement par le bras. Une fois sur place, le Britannique est remis aux Cubains et les Cossette-Trudel rejoignent le groupe. Vers 19 h45, un appareil Yukon des forces canadiennes prend les ravisseurs à destination de Cuba. À 2 h00, l’appareil arrive à destination, l’otage est officiellement « libéré » par les entremetteurs cubains. Le ministre de la justice Jérôme Choquette apparaît alors avec deux bouteilles de vin devant un Cross médusé, qui constate avec plaisir que Choquette n’a même pas oublié d’amener l’ouvre-bouteille[43].

Le Québec est une nation  

Pour les Britanniques toutefois, l’affaire n’est pas complètement terminée. Le gouvernement de Sa Majesté est déterminé à punir ceux qui s’en sont pris à un de ses représentants. Tout doit être fait pour leur mettre le grappin dessus s’ils décidaient de fuir leur asile des Caraïbes, comme en atteste une note du Foreign Office écrite peu de temps après la fin de la crise : 

Our Embassy in Havana have already reported—I hope correctly—that the FLQ kidnappers are being put to work in the cane-fields. I do not think Canadian taxi-drivers will for long be content with the life of a Cuban cane-cutter. They will get fed up with Cuba and they will want to go somewhere else. As likely as not the Cubans will be only too glad to let them go.

It is at this stage—when the kidnappers leaves the country in which he first sought and received asylum—that the concepts of an international offence or of an extraditable offence becomes so important. Suppose these kidnappers leave Cuba for Spain or for the United States? It would then be very valuable if the Spaniards or the Americans arrested them and either brought them to trial on the spot or else handle them over to the Canadians for trial. Moreover, when this had happened once or twice, it would become obvious to potential kidnappers that, although they might purchase their escape from the territory of the host government, they would then have to spend the rest of their lives either in the country of first asylum or as fugitive in perpetual fear and danger”[44].

Justice devra donc être faite et cela arrivera lorsque les felquistes décideront de regagner le Canada entre 1978 et 1984. Mais les conséquences de la crise d’octobre se feront sentir encore longtemps pour la diplomatie britannique. Car au-delà de leur appui spontané à la loi et l’ordre, ainsi que de leurs réflexions sur la façon de mener la lutte au terrorisme, les Anglais s’interrogent aussi sur les raisons qui ont amené la violence felquiste. La situation du Québec est longuement réévaluée au Foreign Office dans les mois qui suivent la fin des événements d’octobre. Et l’une des conclusions les plus évidentes de cet épisode est que les Québécois constituent un peuple distinct , comme l’écrit le Haut-Commissaire Peter Haymen,: 

The dimensions of the problem

The French Canadian possess most, if not all, the attribute of nationhood. They have their distinctive language, culture, history, geography and substantial economic resources. The have too, an external enemy of sorts in the English Canadians (quite apart from the pressure on their language and culture from the United States) and even a ready made territorial dispute over Labrador. They lack only political independence”[45]

Haymen poursuit en rappelant le score des élections d’avril 1970, où une majorité de Québécois ont appuyé le fédéralisme en votant pour le Parti libéral de Robert Bourassa. Mais cette consultation électorale “also showed that a substantial number of those who voted for the separatist Parti québécois saw an independent Quebec as the only means of ensuring their language, culture and distinctive way of life”[46].

Aux yeux des Britanniques, cette situation place le gouvernement libéral dans une position difficile. Bourassa a promis 100 000 emplois pour sortir le Québec de son marasme économique. Une tâche colossale à laquelle s’ajoute la défense des compétences québécoises devant le gouvernement fédéral de Trudeau, car Bourassa doit éviter à tout prix d’avoir l’air d’être une marionnette aux mains de ce dernier. Cette situation, potentiellement explosive, permettrait au Parti québécois ou aux nationalistes radicaux de marquer des points dans l’opinion. Le problème, comme le note le Haut-Commissaire, est que la Crise d’octobre a consumé toutes les énergies. Du temps précieux a été gaspillé alors que l’atteinte des objectifs que Bourassa s’est fixés n’aurait déjà pas été facile en des circonstances normales. 

Toute cette dynamique ne sera pas sans influence sur la bataille constitutionnelle qui se poursuit. Comme l’écrit Haymen :

“As regards to Federal/Provincial negotiations on constitutional reform, there seemed to have been at the latest conference in February a determined effort by Quebec and Ottawa to make a dramatic break-through which would show, inter alia, that the more business like Mr. Bourassa was able to obtain a new deal for Quebec in fields where the histrionics of his predecessors had failed. Whether this effort succeeds will depend on Mr. Bourassa’s handling of matters within Quebec itself. It will also depend on political calculation in the rest of Canada. The agreement on proposition for constitutional reform reached in February was tentative and fragile: it could easily disintegrate. One of the dangers is that other provinces may feel that Quebec and the French Canadian problem receive too much attention. There are already signs of exasperation with Quebec, particularly in the prairie provinces, where French Canadian intransigence is compared unfavourably with the affectionate acceptance of Federal Canada by the many other ethnic groups—Germans, Poles, Ukrainians and the rest. The next constitutional conference in June in Victoria, BC, should tell us more about the mood of the other provinces and Mr. Bourassa’s standing in Quebec”[47]

C’est dans ce contexte que les Britanniques devront naviguer. Les vagues et le courant promettent déjà de faire tanguer à nouveau leur navire lorsqu’il sera en eaux canadiennes. Et s’il ne saurait être question d’encourager le nationalisme québécois, les Anglais n’ont pas davantage l’intention d’ignorer celui-ci comme le gouvernement fédéral les incite souvent à le faire :

Britain’s interest

What are Britain’s interest in this complex situation? I am sure my predecessor was right to say that it was greatly in Britain’s political and commercial interest that Canada should remain united, strong and capable of remaining independent of the United States(...)

We should not of course involve ourselves directly in the Quebec problem; nor, on the other hand, should we deal only with the Anglophones provinces. (We sometimes need to remind Canadians that we are basically a Norman country and that there are strong historical ties between French Canada and the soldiers and administrators who came to Canada from England!) In fact, while strictly observing the Federal proprieties, we should treat Quebec exactly as we do other provinces—solely in accordance with our assessment of its importance to us commercially or in any other way. But we must continue to keep a very wary eye on developments there”[48].

Les Anglais n’auront pas à attendre longtemps avant de mettre en application ces préceptes. Le gouvernement Trudeau a convoqué une rencontre constitutionnelle à Victoria en Colombie-Britannique pour juin 1971. Les négociations avec les provinces, particulièrement le Québec, seront ardues. Pour la première fois, le gouvernement fédéral demandera aux Anglais quelle serait leur attitude s’il se présentait à eux pour rapatrier la constitution sans l’appui d’une ou plusieurs provinces. Une proposition qui surprendra le gouvernement de Sa Majesté, appelé une nouvelle fois à trancher le nœud gordien... 

[1] Archives du Foreign and Commonwealth Office, FCO 63/18. Ottawa, 5 march 1969, British High Commission to Foreign and Commonwealth Office, classification: secret. By W.N. Hugh Jones, CC B. Russel-Jones, Esq., c.c. Washington. 

[2] Ibid

[3] Ibid

[4] FCO 7/1767. Draft note non-datée mais écrite après la libération de James Cross par Charles Wiggin.,

[5] Tiré de, Black October, documentaire de la CBC produit Terence McKenna, 2000. 

[6] Ibid.

[7] Ibid.

[8] Louis Fournier, FLQ histoire d’un mouvement clandestine, Montréal, Lanctôt Éditeur, 1998, p.285

[9] Ibid

[10] Ibid

[11] FCO 7/1770. FCO, diplomatic report no. 560/70, Canada, 10/12/70. The kidnapping of Mr. J.R. Cross: record of an account given by him at the Foreign and Commonwealth office 9-10 December, 1970. Classification: confidential.

[12] Ibid p.292

[13] Terence McKenna, op.cit.

[14] Louis Fournier, op.cit., p.292

[15] FCO 7/1770. FCO, diplomatic report no. 560/70, Canada, 10/12/70. The kidnapping of Mr. J.R. Cross: record of an account given by him at the Foreign and Commonwealth office 9-10 December, 1970. Classification: confidential.

[16] FCO 7/1763, notes from the prime minister’s office. 

[17] FCO 7/1763, ces réflexions sont contenues dans une note interne datée du 06/10/70 et classée confidentielle. 

[18] Cité par Louis Fournier, op.cit., p. p.294-295

[19] FCO 7/1763, message from Pierre Elliot Trudeau to Edward Heath, High Commissioner for Canada, Canada House, 06/10/70.

[20] FCO 7/1763. Minutes from cabinet meeting, 06/10/70. Classification: secret.

[21] Ibid

[22] FCO 7/1764, Note confidentielle datée du 11/10/70.

[23] Louis Fournier, op.cit., p.308 

[24] Ibid

[25] Ibid p.313

[26] Ibid p.314-315

[27] FCO 7/ 1765, Ottawa to FCO, 15/10/70, confidential, from Whitehead.

[28] FCO 7/1765, Letter from Pierre Trudeau to Edward Heath, 15/10/70, classification: secret.

[29] Louis Fournier, op.cit., p.323 et 487.

[30] Ibid, p.341

[31] FCO 82/9, From Ottawa to FCO, Haymen to Douglas-Home.

[32] FCO 7/1766. Note confidentielle datée du 22/10/70.

[33] FCO 7/1767, to Mr. Wiggin, from Miss R.A. Vining, 26 October, 1970. Classification: confidential.

[34] Terence McKenna, op.cit.

[35] FCO 7/1770. FCO, diplomatic report no. 560/70, Canada, 10/12/70. The kidnapping of Mr. J.R. Cross: record of an account given by him at the Foreign and Commonwealth office 9-10 December, 1970. Classification: confidential.

[36] FCO, diplomatic report no. 560/70, Canada, 10/12/70. The kidnapping of Mr. J.R. Cross: record of an account given by him at the Foreign and Commonwealth office 9-10 December, 1970.

[37] Ibid

[38] FCO 1768, Ottawa to FCO, 24/11/70, about Mitchell Sharp’s visit to Britain, from Haymen. Classification: confidential.

[39] FCO 7/1770. Rome to FCO, 20/10/70. Confidential, telegram no. 823, from Sir P.Hancock.

[40] FCO 7/1770. Ottawa to FCO, 20/10/70, confidential. From Hayman, to be passed to Dublin and Rome.

[41] Louis Fournier, op.cit., p.363

[42] Ibid, p.364

[43] Terence McKenna, op.cit.

[44] FCO 7/1770. Telegram from J.E. Cable, 12 December 1970, copied to Mr. Wiggin (American department and Mr. Holmer, (security department), referring to telegram no.28

[45] FCO 82/9, note de Peter Hayman au secrétaire au Foreign Office Douglas-Home, 17/03/71. Confidential.

[46] Ibid

[47] Ibid

[48] Ibid