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Politique et chasse à l’homme

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L’automne 2002, c’est celui de la vengeance pour Philippe et son ami Mora. Ils ont une traque à mener à terme : celle aux néonazis, commencée 15 ans plus tôt.

Le roman Brasiers de Marc Ménard fait bande à part dans l’univers actuel du roman québécois.

Il s’agit d’un thriller, mais qui n’a rien à voir avec les toujours populaires romans policiers. Il est question de politique, mais celle des extrêmes dont on trouve peu d’échos au Québec.

Et on est loin de la veine intimiste exploitée jusqu’à plus soif chez les écrivains d’ici. La lectrice, le lecteur ne saura pas vraiment ce qui motive le héros, Philippe Bordeleau, à recourir si facilement à la violence sous couvert de bonnes intentions. Tout ce qui compte, c’est l’action. Et ici, elle est bien servie. 

Le récit se déroule en parallèle : d’une part Paris et Berlin en 1986 et 1987, d’autre part Montréal et une forêt de Lanaudière à l’automne 2002. 

L’auteur a eu la bonne idée de s’inspirer des attentats désormais oubliés qui ont ébranlé Paris au milieu des années 1980 : bombes dans le métro, sur la rue, dans les grands magasins... Au total 13 morts et plus de 300 blessés.

Philippe est alors un étudiant montréalais fraîchement débarqué à Paris pour y poursuivre un doctorat en économie politique. Rapidement, il côtoie un groupe de jeunes très politisés. L’un, plus âgé, est un vrai activiste, si charismatique qu’il en fait presque figure de gourou.

Robert Moranowitz, dit Mora, s’est en fait donné une mission : chasser les néonazis qui, dit-il, ont assassiné ses parents et qui seraient derrière les attentats qui ont cours. Avec la bande qu’il a constituée, il veut combler les lacunes des enquêtes policières. 

Philippe a à la fois la sensibilité politique et la force physique pour se laisser entraîner, ce qui le mènera jusqu’à Berlin, dans une traque sanglante où il perdra la trace de son ami.

Laissé seul, il rentre à Montréal et passe à autre chose : boulot, famille, implication citoyenne bien balisée... 

Et voilà que Mora réapparaît, lui dit que le chef néonazi qu’ils ont tant recherché est au Québec, qu’il sait où il se cache, et qu’il leur reste du travail à finir car l’extrême droite reprend des forces.

Philippe doute, mais comment résister à l’implacable argumentaire de Mora... Alors ils partent faire le guet dans les bois.

Idéalisme

L’intérêt du roman tient au mélange de réalisme et de naïveté qui en émane.

A priori, l’idéalisme des personnages est à la limite d’être crédible. Pourtant, les tactiques du réseau mis en place par Mora sont sans doute plus près de la réalité que celles d’un James Bond.

Les tentatives de déstabilisation extrémistes ont aussi l’air exagérées. Mais elles existent, l’Europe le sait de première main. En les intégrant à la vie d’un Québécois sans histoire, l’auteur permet d’ouvrir les yeux sur un univers aussi exalté que méconnu. Oui, vraiment à part.