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Une aventure aurifère

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De tout temps, les hommes ont été attirés par le métal précieux et brillant appelé or. Les Espagnols se sont lancés à la conquête de l’Amérique du Sud pour s’emparer, entre autres, des mines d’or, n’hésitant pas à commettre les pires massacres parmi les populations autochtones. Les Français aussi ont mis pied sur cette terre que nous habitons en croyant y trouver l’or tant convoité. 

<b><i>Éléonore</i></b><br/>
Hugo Fontaine et Marc Tison<br/>
Éditions Québec Amérique<br/>
Photo courtoisie
Éléonore
Hugo Fontaine et Marc Tison
Éditions Québec Amérique

Encore aujourd’hui la chasse au trésor se poursuit, mais elle n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était au XIXe siècle, à l’époque de la ruée vers « l’or des ruisseaux ». Aujourd’hui, des gens meurent par dizaines dans cette quête aurifère, comme nous le rapportait cette semaine un fil de presse en provenance de la République démocratique du Congo.

Ici, l’histoire fabuleuse racontée par les deux journalistes n’a rien à voir avec les récits d’horreurs de mineurs fouillant les entrailles de la Terre dans des conditions extrêmes et pour des salaires de misère. Elle se déroule chez nous, dans le Nord québécois, au cœur du territoire de la Baie-James et de la taïga. C’est une histoire faite d’heureux hasards, bien sûr, mais aussi de persévérance et de recherches.

L’or québécois

La ville de Noranda, en Abitibi, est le point de départ de ce récit palpitant. Installée autour de la faille géologique Cadillac, « l’une des zones aurifères les plus riches au monde », la ville devait s’appeler au départ Norcanda, pour Northern Canada, mais une heureuse erreur typographique a fait que le nom Noranda, plus mélodieux, est apparu sur le papier officiel. Entre 1927 et 1950, la région de l’Abitibi-Témiscamingue connaîtra son heure de gloire. Les chercheurs d’or affluent et on y brasse de grosses affaires. C’est alors qu’entrent en jeu les grandes entreprises industrielles, chassant les petits prospecteurs traditionnels.

Les gisements n’étant pas éternels, on doit pousser encore plus au nord les prospections. Les géologues cartographient alors ce nouveau Québec et en étudient les structures géologiques. « C’est un territoire vierge : aucune carte scientifique n’existe encore pour ce secteur. » Deux prospecteurs, Michel Gauthier et Jean-François Ouellette, vont s’intéresser à un site déjà exploré, analysé puis abandonné faute d’intérêt par les géologues de la Noranda, trente ans plus tôt, aux abords du lac Ell, à 350 kilomètres au nord-ouest de Chibougamau. Ils baptiseront le site du nom d’Éléonore, en hommage à la chanson Fernande de Georges Brassens.

Dangers omniprésents

En pleine nature sauvage, l’attaque de l’ours noir fait partie des risques du métier, nous disent les auteurs. Un prospecteur a eu la frousse de sa vie lorsqu’une mère ourse a voulu venger la mort par inadvertance de son petit. Il est passé à deux griffes de la mort. « Il sentait le souffle du passage de la patte, décrit un témoin. Il était à six pouces d’un coup de patte et de la mort. »  

Mais il y a pire que les ours noirs : la dégringolade en bourse, comme cela s’est produit en mars 1997, avec le scandale de Bre-X. Des arnaqueurs ont inventé de faux gisements aurifères en Indonésie. Tout le petit milieu y a cru, y compris notre Caisse de dépôt et placement qui a perdu 70 millions $. Cette immense fraude sera l’occasion, pour Gauthier et Ouellette, de rappeler aux investisseurs qu’une telle escroquerie ne risque pas de se produire au Québec, où l’industrie minière est bien encadrée.

Bref, si les roches, les risques, les intrigues, les secrets vraiment secrets, la marche en forêt, le contact avec la nature, y compris les mouches, la découverte de nouveaux horizons, l’aventure au milieu de territoires inconnus et les origines de la planète Terre vous fascinent, devenez géologue et chercheur d’or. Peut-être rencontrez-vous Éléonore en cours de route. 

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L’URGENCE DE VIVRE

Ma vie avec l’Alzheimer précoce

Sandra Demontigny<br/>
Les éditions La Presse
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Sandra Demontigny
Les éditions La Presse

Sage-femme pendant seize ans, elle apprend à 39 ans qu’elle souffre d’Alzheimer précoce, maladie qu’elle a héritée de son père. Elle a donc connu ce qu’est la déchéance puisqu’elle a vu son père mourir à petit feu devant toute sa famille. Elle ne veut pas connaître le même sort ni faire vivre à sa famille les mêmes affres, et elle revendique le droit de pouvoir bénéficier de l’aide médicale à mourir lorsqu’elle sera encore assez consciente pour la réclamer. Cette aide n’est pas consentie à ceux, très nombreux, qui souffrent de cette maladie incurable. Car Sandra veut partir dans la dignité. Un témoignage touchant. 


UN PEUPLE LIBRE

Indépendance, laïcité et inclusion

Benoît Renaud<br/>
Éditions Écosociété
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Benoît Renaud
Éditions Écosociété

L’auteur, qui « a été candidat pour Québec solidaire à plusieurs reprises », « s’attaque courageusement, avec une tête droite et conséquente, affirme tout aussi “courageusement” la députée QS Catherine Dorion en préface, à ces principaux nœuds qui ont divisé le Québec et servi la droite nationaliste et fédéraliste ». Cette inflation verbale donne le ton au livre. Et puis cette première phrase du livre : « Soyons francs : l’indépendantisme est une affaire démodée. » Renaud, lui, il l’a l’affaire. Il va nous donner sa recette pour nous débarrasser une fois pour toutes de nos « obsessions identitaires qui frisent le racisme ». Je lui suggère de lire la récente chronique de Marie-France Bazzo, dans L’Actualité, « Plaidoyer pour une gauche normale ». C’est clair et précis, et ce n’est surtout pas moralisateur. Y’a de l’espoir ! 


L’IRRATIONALITÉ NÉCESSAIRE

De Platon à Einstein : les poètes

Jean Désy<br/>
Édition XYZ
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Jean Désy
Édition XYZ

« Je pense donc je suis », a proclamé Descartes. Cette logique a façonné nos vies, nos façons de faire. Jean Désy, le médecin romancier, plaide ici en faveur d’un intermède irrationnel, pour marquer une pause dans la rigueur de nos vies afin de laisser place à un peu de poésie et de sentiment, un peu de folie aussi. À l’instar de Carl Jung, il croit lui aussi que le monde est divisé entre les rationnels et les irrationnels, entre celui qui fait d’abord appel à la raison avant d’agir, et l’intuitif, « qui passe à l’acte puis réfléchit, si besoin est ». Avec ses récits de vie, Jean Désy a le grand mérite de nous ramener aux choses essentielles. Apaisant.